Aquitaine, la croissance est de retour

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L'industrie devrait se redresser avec une activité à + 3 % l'an prochain dans la grande région ALPC.
L'industrie devrait se redresser avec une activité à + 3 % l'an prochain dans la grande région ALPC. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Les prévisions de croissance économique n’ont jamais été aussi bonnes depuis des années, aussi bien en Aquitaine que dans la grande région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (ALPC). Ce qui ne veut pas dire non plus que tout risque ait disparu.

La conférence organisée hier soir par le bureau régional de la Banque de France au Pôle juridique et judiciaire universitaire de la place Pey Berland, à Bordeaux, a montré, en évitant l'optimisme béat, que depuis au moins six ans jamais autant d'indicateurs de l'économie régionale n'étaient passés au vert.

Intitulée "Les entreprises en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes / 2016 : un relais interne nécessaire à un rebond durable ?", cette étude n'a pas effacé les anciennes régions. Histoire au moins de ne pas perdre en route le public aquitain et plus sûrement bordelais, qui avait fait le déplacement. Jean-Claude Bach, directeur régional de la Banque de France, en partance pour la retraite, dirigeait là sa dernière conférence de conjoncture, en compagnie d'Eric Villeneuve, adjoint au directeur régional, et Yannick Portejoie, de la direction des affaires régionales.

L'Inde se redresse

Après avoir résumé les tendances mondiale ( "elle a fléchi en 2015" ) et nationale ("amélioration en œuvre mais insuffisante"), Jean-Claude Bach a observé que la Chine "change de modèle économique, elle se tourne vers sa demande intérieure". Et un énorme mouvement de bascule s'esquisse en Asie. Tandis que, relève Jean-Claude Bach, la croissance du produit intérieur brut (PIB) de la Chine est en repli, de plus de 10 % en 2010 à + 6,9 % en 2015, celui de l'Inde a presque augmenté dans la même proportion, passant de + 4,5 % en 2012 à + 7,3 % en 2015.

La baisse du cours du pétrole, "un mouvement tellement puissant qu'il prend une allure systémique et oblige de nombreux pays producteurs à trouver de nouveaux revenus", fait parti des aléas qui risquent de peser lourd en 2016.

L'investissement au centre

De son côté, la France commence à sortir "d'un interminable faux plat, avec une croissance de + 1,1 % du PIB, dans l'épaisseur du trait et ce sera le maximum", juge le patron de la direction régionale de la Banque de France. Le niveau insuffisant de l'investissement traduit un manque de confiance. L'estimation de + 1,1 % de croissance en 2015, laisse augurer une hausse du PIB de + 1,4 % en 2016 et de + 1,6 % en 2017. S'il n'y pas là de quoi se relever la nuit, la tendance est quand même mieux orientée qu'auparavant.

Malgré tout "l'investissement reste la clé du redressement de la croissance", a souligné Jean-Claude Bach. L'étude régionale proprement dite, qui porte sur des soldes d'opinion, s'est appuyée sur les 3.952 réponses de chefs d'entreprise et responsables d'établissements secondaires et consolide les informations sur une période de trois ans. Cet ensemble représentant un chiffre d'affaires global de 59 Md€ et 255.000 salariés.

"Ce qui représente un taux de couverture fiable", a relevé Yann Portejoie, soit 67 % des entreprises ou établissements industriels, 27,9 % des services marchands, 36,8 % de la construction et 62,2 % du commerce de gros.

Bassins à flot

Même s'il résistait encore un peu en Gironde (ici les Bassins à flot à Bordeaux), le BTP devrait sortir de l'ornière : la nouvelle est d'importance (photo ML)

Retournement en cours

En Aquitaine, l'écart entre le bilan 2015 et les prévisions de 2016 est parfois très marqué. L'industrie a ainsi vu son chiffre d'affaires évoluer dans l'épaisseur du trait l'an dernier, à + 0,1 %, mais les dirigeants misent sur une croissance de + 3,5 % l'an prochain. D'une façon encore plus franche, ils anticipent un retournement de situation dans la construction.

Alors que l'ensemble du BTP a vu son chiffre d'affaires régresser de 5,1 % l'an dernier, les patrons du secteurs le voient se redresser à + 2,1 % en 2016. La situation est différente dans le commerce de gros, un des rares secteurs qui soit passé entre les balles en 2015 : de + 1,6 % l'an dernier, son chiffre d'affaires passerait à une progression de + 1,3 % en 2016. Dans les services marchands, le feu est également vert pour le chiffre d'affaires puisque les dirigeants, après une hausse de + 1 % en 2015 voient l'activité de ce secteur progresser de + 2,8 % en 2016.

Du jamais vu

L'étude régionale de la Banque de France s'est également penchée sur le bilan consolidé de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (ALPC). Dans la grande région, le chiffre d'affaires de l'industrie a progressé de + 0,4 % en 2015 sur un an, avec une prévision à + 3 % en 2016. L'activité dans les services marchands a de son côté progressé de + 1,6 % l'an dernier, avec une prévision à + 2,6 % l'an prochain. Tandis que la construction en finirait avec un recul de 5,4 % en 2015, pour une croissance de + 1,6 % en 2016.

"Je suis ici depuis plus de six ans et c'est bien la première fois que je vois tous les indicateurs virer au vert", a déclaré Jean-Claude Bach, à la fin de la présentation des résultats.

Le professeur Henri Bourguinat, spécialiste en économie monétaire et finances internationales, théoricien de la globalisation financière, co-créateur, avec le Larefi (Laboratoire d'analyse et de recherches en économie et finance internationales) de ces conférences, participait à la soirée. Et à ceux qui auraient osé en douter, il a fait la démonstration qu'il n'était pas venu pour beurrer les sandwichs.

Retour sur la dernière déclaration de la BCE

Une politique monétaire en voie d'épuisement ? (DR)

Inquiétude monétaire

"C'est très Banque de France, c'est très bien fait, c'est très prudent, mais ça ne tient pas compte des risques. Nous vivons sur une poudrière économique, a ainsi répondu Henri Bourguinat à Jean-Claude Bach. Tout ce que vous avez dit, a-t-il poursuivi, est recevable mais attention, ça peut-être balayé par ce qui peut arriver au plan mondial, avec par exemple la situation en Allemagne de la Deutsche Bank, dont l'action a perdu 35 %", a averti Henri Bourguinat.

Le professeur a manifesté son inquiétude au sujet d'une politique monétaire mobilisée intensément depuis la crise de 2008 et, selon lui, en voie d'épuisement.

Ce à quoi Jean-Claude Bach a tout d'abord fait valoir qu'il était plutôt là "pour rassurer le peuple" et que, d'autre part, les banques françaises étaient solides. Reprenant la déclaration faite à Bordeaux par le nouveau gouverneur de la Banque de France, selon laquelle "2016 ne sera pas 2008", Jean-Claude Bach a défendu l'idée de la création d'un Trésor public européen, d'une politique budgétaire commune. Les indicateurs ne font peut-être pas le bonheur mais le verdissement de ceux-là mérite toutefois qu'on y prête attention.

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