Comment votre frigo et votre voiture sont broyés, recyclés puis revendus à Bassens

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C'est à Bassens sur un site de 7,5 hectares flambant neuf que l'entreprise Derichebourg procède au tri, au broyage et au cisaillage de biens de consommation courante tels que des voitures, des réfrigérateurs et des ballons chaudes.
C'est à Bassens sur un site de 7,5 hectares flambant neuf que l'entreprise Derichebourg procède au tri, au broyage et au cisaillage de biens de consommation courante tels que des voitures, des réfrigérateurs et des ballons chaudes. (Crédits : Agence APPA)
Réfrigérateurs, ballons d'eau chaude, voitures, ferrailles enchevêtrées : l'entreprise Derichebourg a déployé à Bassens (Bordeaux Métropole) un site de recyclage et de valorisation des déchets répondant aux dernières normes techniques et environnementales. Le géant français du recyclage en a fait une vitrine de son plan de modernisation de 270 M€ co-financé par la Banque européenne d'investissement dans le cadre de son soutien à l'économie circulaire.

Ce n'est pas un petit poisson qui s'est installé ces dernières années au sein de la zone logistique et portuaire de Bassens. Derichebourg pèse la bagatelle de 3 Md€ de chiffre d'affaires et emploie près de 40.000 salariés dans quinze pays. Depuis 2014, le géant français du recyclage, de l'environnement et de la propreté s'est progressivement installé sur un site de 7,5 hectares destiné à la réception, au tri et au démantèlement de déchets complexes en vue de leur valorisation. 41 salariés y manœuvrent des broyeurs et cisailleurs titanesques pour dépecer, pièce à pièce, des réfrigérateurs, congélateurs, véhicules et autres ballons d'eau chaude fluorés récupérés dans toute la région en vue d'en récupérer la matière première puis de la valoriser auprès des aciéries, des plasturgistes et cimentiers.

Derichebourg

La ferraille est cisaillée avant d'être revendue (crédits : Agence APPA)

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L'usine est approvisionnée par les déchetteries publiques et privées ainsi que par des particuliers et par le réseau Envie spécialisé dans la récupération et le reconditionnement des équipements électroménagers. Au sein du site de Bassens, Envie compte d'ailleurs 25 salariés sur le site de Derichebourg dédiés au traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques (D3E).

Un site vitrine pour Derichebourg

Derichebourg a lancé au premier semestre un plan national de 270 M€ pour moderniser ses équipements de broyage et de recyclage d'ici juin 2023, notamment pour répondre aux critères de la nouvelle règlementation européenne relative aux émissions industrielles. A Bassens, cela a représenté un investissement de 41 M€ permettant des broyeurs mis en service fin 2018 et début 2019 des vitrines du savoir-faire au niveau du groupe. C'est donc ici que Derichebourg a souhaité concrétiser, le 1er octobre dernier, le prêt de 130 M€ sur douze ans contracté auprès de la Banque européenne d'investissement (BEI) dans le cadre du Fonds européen pour les investissements stratégiques, dit plan Juncker, qui doit mobiliser 500 Md€ de 2015 à 2020.

Ambroise Fayolle BEI

Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, le 1er octobre à Bassens (crédits : Agence APPA)

"L'économie circulaire est une grande priorité de l'Union européenne et c'est le premier projet financé en direct par la BEI dans le secteur du recyclage. Nous sommes heureux de soutenir un champion français et européen dans ce domaine", a ainsi salué Ambroise Fayolle, le vice-président de la BEI.

100.000 tonnes expédiés par le fleuve

"Il était quasiment impossible de trouver un équivalent à la proposition de la BEI sur le marché bancaire classique en termes de durée et de conditions financières", sourit, de son côté, Pierre Candelier, le directeur financier de Derichebourg, qui explique que ces fonds "serviront à investir pour mieux trier les résidus de broyage et augmenter la valorisation énergétique tout en diminuant les différentes émissions et le bruit."

A Bassens, le broyeur qui tourne actuellement à près de 100.000 tonnes par an est calibré pour en traiter jusqu'à 120.000 tonnes, le cisailleur 60.000 tonnes par an et l'unité D3E environ 1.500 tonnes par an. Chaque année, 100.000 tonnes de résidus de broyage sont expédiées par bateau depuis le port de Bassens. "Ce site est aujourd'hui le premier en France et en Europe à assurer le traitement et la valorisation des ballons d'eau chaude fluorés qui contiennent des gaz très nocifs pour la couche d'ozone", précise Vincent Laval, le directeur de l'activité D3E à Bassens.

Voitures et frigos désossés

Avant de passer sur le broyeur de métaux, les véhicules en fin de vie sont dépollués et désossés. Les fluides, le réservoir, les pare-chocs et les éléments plastiques sont retirés et traités à part. Le broyeur fait ensuite son office tout en assurant le tri entre les résidus ferreux et non ferreux pour qu'ils soient ensuite revendus à des fonderies spécialisées.

Derichebourg

Une voiture en passe d'être démontée puis broyée (crédits : Agence APPA)

Les frigos sont soumis à un manège similaire mais encore plus complexe à cause de la présence de gaz fluorés. "Un tiers des gaz polluants se trouve dans le circuit de réfrigération et les deux tiers dans les mousses de polyuréthanes qui font office d'isolant. C'est donc tout le frigo qui doit être dépollué et ces substances qui doivent être récupérées avant le broyage", précise Vincent Laval, qui assure que les 150.000 réfrigérateurs et congélateurs traités chaque année à Bassens sont valorisés à hauteur de 97 %, soit un taux supérieur à l'obligation légale de 85 %. Une activité coûteuse dont l'équilibre économique est partiellement assuré par l'éco-contribution D3E dont il faut s'acquitter à l'achat d'un appareil électrique, électronique ou électro-ménager.

Derichebourg

Les frigos sont soumis à plusieurs étapes pour être vidés, démontés puis broyés sous confinement (crédits : Agence APPA).

Les gaz présents dans le circuit sont récupérés facilement en début de chaîne mais ceux présents dans les mousses font l'objet d'un processus plus complexe placé sous confinement pour éviter tout risque de pollution et ou d'explosion. Les mousses y sont soumises à des étapes de séparation aéraulique puis de dissociation et de captation des éléments plastiques, métalliques ferreux et métalliques non ferreux avant d'être compressées et condensées. A la sortie, le reliquat prend la forme de granulés qui sont revendus notamment aux cimentiers.

En moyenne, un réfrigérateur/congélateur traité à Bassens correspond à la fin du processus :

  • à 56,6 % de métaux ferreux recyclés à 100 % ;
  • à 27,9 % de plastiques et mousses (pour moitié recyclés et pour moitié transformés en granulés) ;
  • 9,5 % de métaux non ferreux (aluminium, cuivre, laiton, etc.) recyclés à 100 % ;
  • à 3,3 % de déchets d'emballage et de bois pour de la valorisation énergétique ;
  • à 1,5 % de verre (recyclé à 100 %);
  • à 1,2 % de substances dangereuses (dont les gaz fluorés réfrigérants, huiles, condensateurs, etc.) qui sont détruites dans les filières agréées.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2019 à 9:22 :
L'économie du recyclage devrait prendre exemple sur le fonctionnement automobile et ses si précieuses casses auto permettant à un bon nombre de pièces automobiles d'avoir une seconde voir troisième vie.

Dommage que l'Etat subventionne l'achat des voitures neuves si déjà on maximisait ce mode de fonctionnement on ferait beaucoup moins de dégâts sur notre environnement. Bien plus écologique que de vouloir remplacer le parc automobile actuel par de l'életrique en tout cas...

J'ai vu que la maif se mettait à proposer l'achat de pièces d'occasions, c'est très malin puisque cela ne peut que faire du bien aux revenus des assurances auto d'une part tout en incitant et banalisant l'économie circulaire.

Alors que les assureurs font tout pour nous exclure des conditions de garanties ils devraient plutôt se tourner vers des solutions alternatives et économiques de ce genre mais on voit bien qu'ils ne sont pas habitués à cela et pour cause il faut produire en masse afin de générer de la marge bénéficiaire en masse.

Cependant si les assurances se mettent toutes à proposer ce genre de service il est bien évident que les prix des pièces auto vont monter c'est l'aberration majeur dont l'économie réelle est la victime comme on le voit dans le commerce du bio dans lequel les marges sur le bio sont plus grandes que sur le non bio et de ce fait on peut vraiment se demander à quoi ça sert.

Plus on possède et plus on est possédé.

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