Libération de l’Anita Conti : le port de Bordeaux (GPMB) est-il vraiment en phase terminale ?

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Anita Conti, la drague du Grand port maritime de Bordeaux.
Anita Conti, la drague du Grand port maritime de Bordeaux. (Crédits : GPMB)
Le blocage de la drague de l’estuaire de la Gironde, l’Anita Conti, qui vient de s’achever, témoigne-t-il d’une situation catastrophique au port de Bordeaux ou bien d’un conflit plus limité qu’il n’y paraît ? Depuis l’arrêt des escales navales de MSC, il semble que la direction du Grand port maritime de Bordeaux fasse une quasi unanimité contre elle.

Bloquée en cale sèche depuis le 24 août, la drague Anita Conti a été libérée ce 25 septembre par le syndicat CGT du Grand port maritime de Bordeaux (GPMB), qui a déclenché contre sa direction un conflit à la fois feutré et très dur. Mise en service au port de Bordeaux en 2013, la drague Anita Conti, avec ses presque 90 mètres de long et sa capacité d'aspiration de 7,5 millions de mètres cubes de matériaux par an, joue un rôle clé en gardant ouvertes les voies de navigation dans l'estuaire de la Gironde, grâce auxquelles les bateaux peuvent rallier Bordeaux depuis l'océan Atlantique.

"Nous avons suspendu le mouvement et permis à la drague de reprendre du service pour empêcher la remontée des fonds marins, pour ne pas bloquer l'arrivée du pétrole ou encore des graines. Mais nos revendications sont toujours d'actualité" prévient Cyril Mauran, secrétaire général du syndicat CGT du port.

Ce blocage de l'Anita Conti, qui a choqué les professionnels de la place portuaire, n'est pas pour autant un baroud d'honneur ou une opération réellement marginale. Parce que si les syndiqués à la manœuvre réclament la création de trois nouveaux postes de travail, sur un total actuel de 330 agents portuaires - alors que l'idée de sureffectif est sur toutes les lèvres - au-delà de cela leurs revendications semblent recouper certaines des attentes des acteurs économiques de la place portuaire.

Violente attaque politique contre la direction du port

"Ces trois recrutements sont nécessaires pour assurer la relance de l'activité de réparation et de refit des yachts sur les formes de radoub 1, 2 (aux Bassins à flot - NDLR) et 3. Ces projets, dont on parle depuis 2014, n'avancent pas. Pour le refit il faut aménager les formes de radoub, l'argent des collectivités et de l'Etat est sur la table, mais les investissements ne suivent pas ! Et ça, c'était marqué dans notre préavis de grève", prévient Cyril Mauran, qui ne tient pas à en rester là.

Il estime ainsi qu'en plus d'être tronquées, les revendications de la CGT sont également déformées.

"L'idée d'un sureffectif ne tient pas. On ne peut pas nous comparer au port de La Rochelle, qui n'a pas à assurer de dragage d'estuaire, qui n'a pas d'ateliers comme nous, etc. Quand on intègre tous ces éléments, on voit que nous sommes proportionnellement en sous-effectif par rapport à La Rochelle" défend Cyril Mauran.

Ce dernier mouvement chez les agents du port a eu d'autant plus d'effet psychologique que le port est au centre de toutes les attentions depuis que la compagnie MSC a annoncé qu'elle supprimait ses escales navales à Bordeaux. Au point que le 20 septembre dernier Nathalie Delattre, élue à la mairie de Bordeaux et sénatrice (Mouvement Radical - social libéral) de la Gironde a cosigné avec Benoît Simian, député (LREM) de la Gironde, une lettre ouverte adressée à Elisabeth Borne, ministre en charge des Transports, dans laquelle la direction du Grand port maritime de Bordeaux a été attaquée sans ménagement.

"Embourbé en pleine crise sociale et économique, le Grand Port Maritime de Bordeaux ne cesse de s'enfoncer dangereusement vers le fiasco industriel. La crise de gouvernance est connue. Plusieurs voix se sont élevées ces derniers mois pour dénoncer une gestion totalement repliée sur elle-même. La direction du port a rompu le dialogue avec les collectivités locales. Départ annoncé de la société MSC, incapacité à remettre en service le terminal du Verdon, mouvements sociaux quasi quotidiens... A ce stade, ce ne sont plus des vents contraires, mais un sabordage en règle !" ont notamment souligné les deux élus.

Un secrétaire général du port résolument optimiste

Quand on l'interroge sur les investissements dans les formes de radoub, Louis Leuret, le secrétaire général du port, répond que les choses n'y sont pas gelées.

"La forme de radoub numéro trois, qui se trouve au terminal de Bassens, est la plus grande du port. Jusqu'ici elle a été vouée aux opérations de démantèlement des bateaux, comme le Jeanne d'Arc, et il y a eu des investissements. Nous sommes actuellement en train d'analyser le marché pour installer une grue sur place. Quand aux formes de radoub numéros un et deux, aux Bassins à flot, il s'y passe des choses. La forme de radoub numéro 1 accueille actuellement un paquebot fluvial de plus de 100 mètres de long. Et les travaux d'aménagements de ce pôle naval se poursuivent. Nous sommes en train de finir les terre-pleins, la voirie et l'électricité entre les deux formes de radoub. Et le port de plaisance est pour ainsi dire fini. A Bacalan, c'est plutôt à une résurrection qu'à une mort du port que l'on assiste" déroule le secrétaire général.

Pour compléter le tableau, Louis Leuret souligne que le GPMB est en train de racheter, à la barre du tribunal de commerce de Bordeaux, la société BAT. Si cette opération est menée à bien, BAT sera ainsi logée dans une filiale du GPMB, pour respecter la loi. La déconfiture de BAT, société privée chargée de la manutention verticale (grues), n'a pas aidé à soigner l'image du port, tout comme l'échec retentissant du transbordement des conteneurs au terminal portuaire du Verdon, l'avant-port de haute mer du GPMB. Le tribunal de commerce devrait donner son verdict le 17 octobre.

Un port qui ne perd pas d'argent

Concernant le départ de MSC, Louis Leuret se veut rassurant. "MSC a cessé son trafic naval pour le rabattre sur le ferroviaire et personne ne peut encore dire ce que cela va donner. Et puis nous conservons CMA-CGM" étaye-t-il. L'audit en cours sur le GPMB devrait être achevé courant octobre. En novembre, le Premier ministre Edouard Philippe devrait se prononcer sur la régionalisation d'un certain nombre de ports. La Région Nouvelle-Aquitaine s'est dite intéressée à condition que l'Etat continue à assurer ses missions régaliennes et finance ainsi le dragage de l'estuaire de la Gironde, soit 14 M€ par an.

Le secrétaire général du GPMB estime que le recul du trafic commercial en 2017 a été purement conjoncturel et ne traduit aucun effondrement de l'activité. Petit détail qui a son importance, le port de Bordeaux, toujours défavorablement comparé avec celui, très dynamique, de La Rochelle, dont le chiffre d'affaires est de l'ordre de 25 M€, a réalisé un chiffre d'affaires de 46 M€ l'an dernier, et ne perd pas d'argent puisqu'il "réalise entre 1 et 3 M€ de résultat net par an", conclut Louis Leuret.

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Commentaires
a écrit le 19/10/2018 à 19:55 :
Quand on mélange la gouvernance d'un GPM sourd et aveugle, et un syndicat prêt à tout et surtout n'importe quoi pour conserver ces petits avantages, ça donne ce que l'on connait aujourd'hui.
GPM et CGT ne se sentent absolument pas concernés par les centaines d'emplois qui dépendent du port de Bordeaux.
a écrit le 29/09/2018 à 13:28 :
"Un port qui ne perd pas d'argent." Quand l'Etat se décidera à soulever la responsabilité de la drague sur la disparition de la plage de Soulac-sur-mer, pas sûr que le bénéfice soit toujours au rendez-vous. Ceci est valable pour ceux qui extraient des matériaux en amont.

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