Les pistes pour renflouer le stade Matmut Atlantique et éviter le dépôt de bilan

DÉCRYPTAGE. Vente, synergies avec les Girondins, diversification... ou dépôt de bilan ? L'avenir du stade Matmut Atlantique, structurellement déficitaire depuis 2015, était au cœur d'un déjeuner entre toutes les parties prenantes ce 17 janvier : élus, gestionnaires et clubs sportifs. L'enjeu ? Trouver un terrain d'entente alors que la situation actuelle ne convient à personne mais qu'une cessation de paiement serait encore pire. Les marges de manœuvre sont ténues. Explications.
Même en année pleine comme 2023 avec cinq concerts et la Coupe du monde de rugby, l'exploitant du stade Matmut Atlantique perd deux millions d'euros.
Même en année pleine comme 2023 avec cinq concerts et la Coupe du monde de rugby, l'exploitant du stade Matmut Atlantique perd deux millions d'euros. (Crédits : Thomas Sanson / Ville de Bordeaux)

Dans cette affaire, il y a ce que l'on sait de manière certaine, ce que l'on peut déduire des intentions des uns et des autres et les bornes fixées par le contrat de partenariat public privé (PPP) qui lie Bordeaux Métropole et SBA (Stade Bordeaux Atlantique), la filiale de Vinci et Fayat, jusqu'en 2045. Du côté de ce qui est établi : le stade Matmut Atlantique, conçu, construit et exploité par SBA, est structurellement déficitaire depuis son ouverture en 2015.

En cumulé, le déficit d'exploitation de l'enceinte de 42.000 places a atteint 18,8 millions d'euros en 2021 et dû franchir les 20 millions d'euros en 2022. C'est plus du double du modèle prévisionnel qui tablait sur environ 8 millions d'euros de pertes cumulées jusqu'en 2023 avant de passer dans le vert en 2024/2025 puis de devenir rentable. Un schéma depuis longtemps tombé aux oubliettes entraînant une partie de poker menteur.

Le spectre de la cessation de paiement

À partir de quel niveau de pertes SBA et ses actionnaires jugeront la somme trop importante ? Pourraient-ils aller jusqu'à un dépôt de bilan ? Seule certitude, l'exploitant agite bel et bien le spectre de la cessation de paiement :

"Ce stade est un succès puisque, sans lui, Bordeaux aurait été rayée de la carte des grandes tournées et grands évènements sportifs. Mais, même avec une très belle année, nous perdons deux millions d'euros par an... La cessation de paiement est donc toujours d'actualité en 2023 et il faut trouver une solution avant l'été si on veut pouvoir passer sereinement les échéances à venir", réaffirme auprès de La Tribune Loïc Duroselle, le président de SBA, ce 17 janvier.

Ces échéances ce sont les cinq concerts de l'été 2023, les rencontres de la Coupe du monde de rugby de l'automne puis des Jeux olympiques de Paris 2024. Mais aussi, la renégociation du contrat de naming avec Matmut (deux millions d'euros de recettes par an) qui arrivera à échéance en 2025.

« La vente n'est plus d'actualité »

L'équation financière et le calendrier sont donc très serrés. Et c'est pour « avoir les idées claires sur les intentions des uns et des autres » qu'Alain Anziani, le président (PS) de la Métropole, propriétaire du stade via le PPP, a réuni toutes les parties prenantes ce mardi 17 janvier : Loïc Duroselle, le président de SBA, Laurent Fayat, le directeur général de Fayat, Pierre Coppey, directeur général adjoint de Vinci et président de Vinci Stadium, Thomas Jacquemier, directeur général des Girondins de Bordeaux, le club résident, Laurent Marti, le président de l'Union Bordeaux Bègles, et Pierre Hurmic, le maire (EELV) de Bordeaux.

« SBA et ses actionnaires ont reparlé du dépôt de bilan. Ils ne peuvent pas faire autrement mais je crois qu'il n'y aura pas de dépôt de bilan en 2023. Pour être franc, cela ne m'effraie pas ! On a tous intérêt à ne pas déposer le bilan parce que cela frapperait de discrédit tout le monde à commencer par le stade lui-même ! », a jugé Alain Anziani, à l'issue de la réunion.

Un tel scénario serait une catastrophe pour la Métropole qui devrait assumer seule la dette restante de près de 100 millions d'euros ainsi que la gestion directe du stade, au moins temporairement avant de trouver un potentiel nouveau délégataire. Mais ce scénario reste peu probable au regard de la surface financière de Vinci et Fayat mais chacun cherche à trouver des solutions pour sortir de l'ornière alors que la vente de l'enceinte, un temps évoquée, n'est plus vraiment sur la table... faute d'acheteur. « Ce stade est une catastrophe économique, financière et sportive. La vente est la meilleure des solutions parce que l'argent public n'a rien à faire dans le stade d'un club de football professionnel », juge Pierre Hurmic, qui défend avec constance cette position depuis 2010. « Oui, tout le monde est vendeur mais il n'y a pas d'acquéreur ! Ce sujet n'est plus d'actualité ! », résume le patron de la Métropole, fermant donc la porte à cette hypothèse dans l'immédiat.

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Mutualiser les coûts avec les Girondins ?

L'objectif à court terme de SBA, qui emploie 14 personnes, est en réalité de maximiser ses marges de manœuvre en vue de la clause de revoyure qui permet tous les cinq ans « d'examiner ensemble les conditions d'exploitation et adapter, si nécessaire, le contrat aux évolutions constatées ». Prévues initialement dès 2020, ces négociations ont été ajournées par la crise sanitaire et les élections municipales de 2020 avant d'être réactivées l'an dernier. En jeu, « l'application du contrat et de tout le contrat », réclame SBA qui en demande « le rééquilibrage ».

L'exploitant cite en particulier l'inflation du coût des normes demandées par la Ligue de football professionnel (un million d'euros par an) ainsi que « deux points prévus au contrat mais non réalisés ». Il s'agit des mutualisations avec les Girondins de Bordeaux et de l'accueil de trois à quatre matchs de rugby de l'Union Bordeaux Bègles. Sur ce dernier point, Laurent Marti a, à nouveau, adressé ce mercredi une fin de non-recevoir, pointant le prix prohibitif au regard des conditions dont il bénéficie à Chaban-Delmas.

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En ce qui concerne les Girondins, l'idée serait d'aller vers une exploitation mutualisée entre SBA et le club résident en fusionnant, par exemple, les équipes commerciales, administratives ou de la communication par le biais d'une sous-traitance ou d'un rachat de parts. Les Girondins de Bordeaux ne sont pas fondamentalement opposés à s'impliquer davantage dans la gestion du stade, qu'ils n'utilisent qu'en jauge réduite de 24.000 places depuis leur descente en Ligue 2. Mais il est établi qu'ils ne prendront aucune décision engageante avant d'être certain de remonter en Ligue 1, c'est-à-dire au plus tôt l'été prochain puisqu'ils sont actuellement 2e.

« Un contrat signé est fait pour être respecté »

Pourtant le temps presse ! Le patron de la Métropole entend accélérer le tempo des discussions pour aboutir dès le printemps 2023 tout en fixant des lignes rouges :

« Nous sommes prêts à faire des gestes pour trouver une solution mais pas n'importe lesquels. Un contrat signé est fait pour être respecté, il y a donc deux préoccupations pour nous : d'une part, ça ne peut devenir un nouveau contrat puisque cela porterait des risques juridiques importants et évidents qui seraient soulevés par les concurrents de SBA à l'époque ; d'autre part, l'argent public n'est pas là pour renflouer les caisses de l'exploitant », cadre Alain Anziani. Assurant être « optimiste », il reconnaît toutefois que « pour l'instant, nous ne sommes pas du tout d'accord sur le niveau d'investissement de chacun malgré une grande transparence dans nos discussions ! »

La clause de revoyure permet en effet de « toucher à tous les paramètres du contrat, y compris le montant des redevances, dans la limite de l'objet du contrat en lui-même qui ne peut être modifié et du bouleversement de l'économie générale du contrat », expliquait ainsi en 2018 l'avocate en droit public Gaëlle Gaële Chamming's.

De son côté, Loïc Duroselle, de SBA, assure être en ligne avec les bornes fixées par Alain Anziani : « Nous ne demandons pas un bouleversement mais un rééquilibrage qui est non substantiel et qui pourrait concerner le montant des recettes nettes garanties (1). L'idée d'aboutir au printemps me paraît raisonnable, le contraire sera inquiétant... »

Pousser la diversification du stade et du quartier

À moyen terme, la Métropole et SBA s'accordent sur la nécessité de densifier et améliorer les services proposés autour du stade dans le quartier de la Jallère, notamment en matière de restauration et d'hôtellerie, pour générer de nouvelles recettes. Une stratégie de diversification déjà initiée à l'intérieur du stade avec l'accueil de l'école ESG Sports depuis 2020 et de séminaires d'entreprises. Mais ces activités restent marginales et ont eu du mal à redémarrer en 2021, restant à un niveau très inférieur à celui d'avant Covid qui était déjà insuffisant pour équilibrer le modèle. 63 séminaires et salons se sont tenus au Matmut en 2021 contre 95 en 2019. Par ailleurs, plus les Girondins jouent, plus les créneaux pour l'évènementiel se réduisent.

(1) SBA verse à Bordeaux Métropole une redevance annuelle de 4,6 millions d'euros provenant de ses recettes commerciales. Des montants réduits de moitié en 2020 et 2021 compte tenu de la crise sanitaire.

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Commentaires 3
à écrit le 18/01/2023 à 13:03
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la mat mut doit eponger

à écrit le 18/01/2023 à 13:01
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Ah les ppp le moyen pour les politiques de laisser l'ardoise (élevée) aux successeurs et le moyen pour le btp de privatiser les profits et mutualiser les risques

à écrit le 18/01/2023 à 12:09
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"Stade Matmut" Bientôt les biscuits "Jaurès", quoi q'il existe bien le camembert "Président" déjà... ou les laves linges "République". N'importe quoi ils sont complètement aliénés.

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