Bonne nouvelle ! C'est beaucoup plus difficile de lever des fonds

OPINION. Après deux années euphoriques en termes de montants levés et de valorisation, le marché se tend à nouveau et les startups vont devoir travailler plus dur pour lever. Ou encore mieux, ne pas avoir besoin de lever... Quelle est la situation actuelle, pourquoi c'est une bonne nouvelle, et ce que les startups doivent faire pour passer 2022, année de tous les dangers.

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Laura Bokobza, conseille des dirigeants dans le développement de leurs entreprises. Elle est membre du conseil d'administration de Finaqui.
Laura Bokobza, conseille des dirigeants dans le développement de leurs entreprises. Elle est membre du conseil d'administration de Finaqui. (Crédits : Laura Bokobza)

Un mini-krach ?

Les observateurs et analystes attendent l'explosion de la bulle tech sur les marchés depuis 20 ans. Que quelques bullettes explosent en vol n'est donc pas étonnant, encore moins après les deux ans de pandémie où les sociétés tout-digital, portées par les confinements, ont surfé sur la vague des changements de comportement des consommateurs.

Le secteur des dark stores et autres livraisons à domicile se consolide à grande vitesse sur fonds de pertes abyssales. Les grands gagnants de la pandémie comme Zoom ou Peloton déchantent. Et le grand argentier de l'innovation, SoftBank, a perdu plus de 15 milliards et annoncé une coupe de 50% de ses investissements à venir.

Craft Ventures conseille aux startups de réduire leur burn rate pour tenir 24 mois avec leur cash disponible. YC a écrit à tous les fondateurs de son portefeuille en leur conseillant de faire leurs calculs pour tenir la même durée. Le message est donc : "On ne sait pas ce qui va se passer, donc préparons-nous au pire !"

Cet effet de balancier après des années record, tant outre-Atlantique que dans la French Tech est pourtant bienvenu : à force de parler argent frais et valorisation record, dans la presse comme dans les afterwork de la French Tech, les acteurs de l'écosystème passaient à côté des vrais sujets.

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La bonne nouvelle

C'est une bonne nouvelle, donc. Parce que l'argent qui coule à flots n'incite pas à l'inventivité, l'innovation, la créativité, la disruption, au regard oblique...

De recrutements senior en dépenses marketing, de croissance parfois non structurée aux remises de pricing, l'argent disponible ne poussait pas aux choix drastiques qui sont, qui doivent être le quotidien d'un ou d'une chef(fe) d'entreprise.

Au lieu de parler levée de fonds et valorisation, qui sont des concepts de financiers pour les financiers, on va devoir parler chiffres d'affaires, nombre de clients, taux de rétention ou rentabilité. Des notions qui avaient presque disparu des informations mises à disposition par les licornes, qui ne communiquaient plus qu'en millions levés, milliards valorisés, et nombre de salariés. Enfin, nous allons à nouveau parler business, le vrai, de prestataire à client, de fournisseur à industriel, de partenaire à partenaire.

Bien sûr, lever des fonds peut être indispensable, surtout dans le cas de fort besoin d'innovation technologique qui nécessite des capitaux. Mais ces derniers temps, les levées étaient souvent dépensées en efforts marketing pour être le premier, puis le seul, sur une niche ou une catégorie de marché sous-servie par les opérateurs existants.

Le gagnant d'une catégorie ne sera plus forcément la startup avec les fondateurs les plus charismatiques ou les mieux connectés à l'écosystème, mais celle qui répondra vraiment aux besoins du marché. C'est aussi une bonne nouvelle, parce que les startups qu'on appelle "bootstrappées", donc rentables, vont enfin pouvoir venir sur le devant de la scène. Et elles le méritent tout autant que les licornes.

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Ça va tanguer

Les investisseurs l'ont dit : si on prévoit le pire - et il le faut - il faut pouvoir tenir 24 mois avec la trésorerie actuelle et le chiffre d'affaires. Il y a donc des business plans à faire tourner, avec moult hypothèses de dépenses - et de revenus associés - qui ne feront pas entrer d'argent frais. Pour certaines startups déjà financées, un tour complémentaire avec leurs investisseurs existants peut être envisagé (mais probablement aux mêmes conditions que le tour précédent, ce qui entraînera une dilution plus importante).

Il va falloir accepter de croître moins vite mais en dépensant moins d'argent - que ce soit en marketing, en développement, en expansion géographique, en recrutement... Des choix vont devoir être faits. Des plans d'actions vont devoir être écrits, puis ré-écrits régulièrement. Les fondateurs et fondatrices vont surveiller avec encore plus d'attention leur burn rate, leur trésorerie, leurs entrées et sorties...

Un dernier conseil

Si les deux dernières années nous ont appris quelque chose, c'est que de toute crise naissent des opportunités. C'est le bon moment pour écouter à nouveau son marché, parler à ses clients, vérifier la pertinence de telle ou telle direction de développement... voire pivoter intelligemment à moindre frais. En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées !

Laura Bokobza conseille des dirigeants dans le développement de leurs entreprises. Elle est membre du conseil d'administration de Finaqui, l'association des business angels de Nouvelle Aquitaine.

Les instances de Finaqui ont été renouvelées le 1er mars dernier. Présidé par Guillaume-Olivier Doré, le conseil d'administration compte treize autres membres : Laura Bokobza, Lucie Corvisier, Shirley Jagle, Stéphanie Griffiths, Laurent Galinier, Grégoire Baggio, Axel Champeil, Sylvain Baret, Matthew Stolz, Stéphane Baleston et Peyo Boursier-Longy.

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