Marketplaces locales : un an après, chacun cherche son modèle économique (2/4)

Effondrement du trafic et des ventes en ligne, raréfaction probable des subventions publiques... Le retour des clients dans les boutiques des commerçants oblige aujourd'hui les marketplaces locales à repenser leur modèle économique. Lancées pendant les confinements, ces plateformes articulent désormais étroitement visibilité en ligne et commerce physique.

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Le retour des clients dans les boutiques des commerçants oblige aujourd'hui les marketplaces locales à repenser leur modèle économique.
Le retour des clients dans les boutiques des commerçants oblige aujourd'hui les marketplaces locales à repenser leur modèle économique. (Crédits : CC Pixabay by Preis King)

La clochette de porte des commerçants locaux sonne-t-elle la fin des marketplaces territoriales ? Non, assurent les fondateurs de ces vitrines numériques et autre boutiques en ligne, qui s'attellent désormais à consolider leurs modèles, pour perdurer post périodes de confinement. Tous le concèdent sans détour : le retour "à la normale" s'est logiquement soldé par une chute vertigineuse des chiffres d'audience, tout l'enjeu étant, depuis, de redresser durablement la courbe. En se passant, qui plus est, des subventions versées par les collectivités locales pour financer la quasi-gratuité de ces plateformes.

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"Nous ne voulons pas d'un système qui repose sur de l'argent public, sinon ça ne fonctionnera pas", pose d'entrée de jeu Thierry Chardy, fondateur du site Mavillemonshopping.fr qui a posé ses valises à Bordeaux il y a quelques mois. Certes, la plateforme créée en 2017 et rachetée par La Poste fin 2018 est largement représentée parmi les bénéficiaires des subventions émises en 2020 par la Région. Mais son fondateur se défend de tout effet d'aubaine : "Ces partenariats avec les collectivités existaient dès le début, ils augmenté pendant la crise, c'est vrai, mais ils n'ont pas vocation à financer le site."

Offres premium

De fait, le groupe La Poste "investit massivement" pour structurer faciliter l'usage la plateforme, via par exemple un catalogue standardisé de fiches produits que les commerçants pourront utiliser gratuitement. Et surtout, pour basculer sur un modèle alliant gratuité et services premium payants. Depuis le 1er octobre, les commerçants peuvent ainsi souscrire à une offre d'accompagnement et d'intégration du catalogue, avec 60 photos prises par un professionnel. Facturée 500 euros, elle a d'ores et déjà séduit près de 300 boutiques, précise Thierry Chardy. "Nous travaillons aussi sur une solution permettant de connecter la marketplace au logiciel de caisse, pour que les commerçants puissent gérer leurs ventes à la fois Online et Offline", poursuit le directeur, qui espère pouvoir commercialiser ce service début 2022, mais ne peut à ce stade en préciser le tarif.

Faciliter l'usage en connectant la caisse physique et la boutique en ligne, c'est aussi le virage que s'apprête à prendre Trezam, marketplace créée à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) en septembre 2020 par Bruno Rodriguez. Un fin connaisseur du tissu commerçant, puisqu'il a fondé, il y a une dizaine d'années, la société Tacteo, qui propose justement une solution digitale d'encaissement. Lui aussi a multiplié les conventions avec les collectivités, pour assurer la gratuité de son application "le plus longtemps possible". Et lui aussi le sait : le salut ne viendra vraisemblablement pas du taux de commissionnement perçu, vu le chiffre d'affaires généré en ligne.

"L'objectif n'est pas la vente en ligne"

"L'objectif de Trézam n'est de toute façon pas la vente en ligne, il est au contraire d'augmenter le passage en magasin, qui est le véritable enjeu du commerce de proximité. Beaucoup de ventes se font en boutique parce que les clients ont vu le produit sur l'application", plaide-t-il.

La plateforme, qui compte aujourd'hui 500 commerçants actifs, de Toulouse jusqu'à Bordeaux, sera donc bientôt intégrée à l'offre Tacteo. "Je ne fermerai pas la porte à des commerçants qui ne sont pas encore équipés Tactéo, nous leurs proposerons un loyer mensuel très compétitif, pas encore défini", précise Bruno Rodiriguez. "On aura peut-être un peu moins de commerçants, mais l'offre sera sûrement plus qualitative." Et plus pratique pour les premiers intéressés, qui n'auront plus qu'une seule application à utiliser.

Aller chercher des mécènes

"Le modèle économique ne pourra pas se suffire du seul chiffre d'affaires généré par les commerçants, et des partenariats privés et publics seront nécessaires pour garder un modèle social et solidaire", acquiesce à son tour Alexandre Boussarie, fondateur de la plateforme Le Périgourdin.fr. Lui a d'ailleurs reçu avec étonnement les manifestations d'intérêt d'entreprises privées locales, séduites par l'engouement rencontré par la marketplace. "Beaucoup d'entreprises trouvent aussi un intérêt à inciter les salariés à se faire livrer en proximité", confirme Thierry Chardy. Sans s'étendre davantage, pour l'heure, sur les partenariats potentiels en question.

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