Ce que KazoArt retient de sa première vente d'oeuvres d'art en NFT

Depuis son lancement sur le marché de l'art en ligne en 2015, KAZoArt cultive l'innovation. Dernier ballon d'essai en date : l'expérimentation d'une vente d'art virtuel en NFT (jetons non fongible) via la blockchain. Un premier pas source d'enseignements à défaut d'être concluant. En parallèle, l'entreprise bordelaise enregistre une forte croissance en France et veut désormais se positionner sur des marchés clefs à l'international.

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Mathilde Le Roy (en haut à gauche) et l'équipe de KAZoArt à Bordeaux.
Mathilde Le Roy (en haut à gauche) et l'équipe de KAZoArt à Bordeaux. (Crédits : KAZoART)

Tous les secteurs d'activité n'ont pas été paralysés par la pandémie et la crise économique mondiale. Le e-commerce dans son ensemble a bénéficié de la migration accélérée des consommateurs vers les outils numériques. Et le commerce en ligne d'œuvres d'art s'inscrit pleinement dans cette tendance, surfant sur la fermeture des musées et autres expositions et sur l'effet cocon lié aux confinements.

"Cette période particulière a vraiment accéléré la digitalisation du marché de l'art puisque 25 % des 12,7 milliards de dollars de transactions ont été faites en lignes en 2020 contre 9 % un an plus tôt ! Ce qui représente un doublement en valeur absolue compte tenu de la baisse du volume total", résume Mathilde Le Roy, la fondatrice et dirigeante de KAZoART.

10 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023 ?

Pour cette place de marché en ligne fondée en 2015, cette tendance s'est concrétisée "non seulement par une hausse de l'audience pendant le confinement et par la suite mais aussi par une hausse du taux de conversion et du panier moyen qui tourne autour de 1.000 euros aujourd'hui contre 350 euros en 2017", témoigne la dirigeante qui évoque "une vraie prise de confiance dans le marché de l'art en ligne conjuguée à une montée en gamme de l'offre."

Résultat, KAZoART, qui se finance par une commission sur chaque transaction de l'ordre de 30 %, a enregistré une croissance de son activité de 130 % en 2020 et vise désormais 30 millions d'euros de volume d'affaires en 2023 pour un chiffre d'affaires d'environ 10 millions d'euros.

Mathilde Le Roy KAZoART

Mathilde Le Roy (crédits : KAZoART).

L'équipe de 15 personnes installée dans les locaux de la CCI Bordeaux Gironde prépare une 3e levée de fonds pour la fin de l'année. Elle devrait être plus importante que la précédente de 600.000 euros réalisée en 2017 puisque Mathilde Le Roy chercher à réunir entre 3 et 5 millions d'euros. Et face à la concurrence assez dense notamment sur le marché anglo-saxon avec le leader Saatchi Art mais aussi Artsy, Rise Art, Artfinder, Artpiq, Artsy ou encore le Français Singulart, Mathilde Le Roy, qui revendique le 5e rang mondial avec 50.000 œuvres en catalogue, entend se différencier par l'offre proposée mais pas seulement.

La vente d'art en NFT : un premier pas à confirmer

En avril dernier, la place de marché bordelaise a été la première galerie d'art en ligne à organiser une vente d'œuvres d'art numériques avec le concours d'Opensea, une plateforme de NFT (non fongible token). Une expérimentation, mêlant œuvres numériques et blockchain, dans le sillage de celles menées notamment par Christie's qui avait vendu une œuvre d'art numérique pour 69 millions de dollars quelques jours plus tôt. "On a regardé ça de plus près et on a organisé un évènement test avec cinq de nos artistes tandis que la plateforme Opensea a géré l'aspect blockchain lié à l'utilisation de l'Ethereum pour le paiement", raconte Mathilde Le Roy qui ne cache pas que cette expérimentation n'a pas connu le succès escompté :

"Les œuvres n'ont pas été vendues ! Nous avions fixé le prix de réserve à un Ethereum, soit environ 2.500 dollars. Il y a eu des offres mais à pas ce niveau là. Mais cela nous a permis de vraiment découvrir ce qu'est ce marché des œuvres en NFT qui réunit beaucoup de spéculateurs mais finalement assez peu d'amateurs d'art. D'autant que l'expérience utilisateur n'est pas optimale pour quelqu'un qui souhaite juste réaliser une transaction puisqu'il y a des frais très élevés pour les achats avec cette devise. Mais cela nous ouvre des perspectives à l'avenir notamment pour nous servir de la blockchain pour ajouter des options de paiement ou des certificats d'authenticité à notre offre. On est en pleine réflexion là dessus avec l'impératif de rester simple et accessible pour nos clients puisque ce ne sont pas encore des outils grand public."

Sur ce marché encore émergent et largement spéculatif, la prime semble en effet aller aux pionniers tels que les œuvres de la collection CryptoPunks qui auraient déjà généré plus de 26 millions de dollars de vente. Et KAZoART a raison de réfléchir à ces nouveaux outils si l'on en croit Sebastian Fahey, le directeur général de Sotheby's Europe, Moyen-Orient et Afrique qui estime, selon Le Monde, que "les NFT constituent l'innovation la plus influente et excitante qu'ait connu le monde de l'art ces dix dernières années".

En parallèle, KAZoART, qui dépend encore très largement du marché français et francophone (75 % des 300.000 acheteurs et 90 % des 1.000 artistes de la plateforme), veut se positionner sur les marchés anglais, allemand et américain et peaufiner son expérience client. Signe encourageant, en 2020, 38 % des acheteurs sur la plateforme y avait déjà acheté par le passé.

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