Valoregen investit 17,6 millions d'euros dans son usine de recyclage de plastique en Lot-et-Garonne

Avec 3,9 millions d'euros, c'est la plus importante avance remboursable consentie par la Région Nouvelle-Aquitaine à ce jour. De quoi permettre à Valoregen de boucler son investissement de 17,6 millions d'euros dans son usine en Lot-et-Garonne. Objectif : collecter, recycler et revendre des dizaines de milliers de tonnes de films plastiques dès l'an prochain. Le tout en adoptant une approche résolument locale et circulaire. 45 recrutements sont annoncés par son fondateur Thierry Perez qui vient de décrocher l'autorisation ICPE.

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Visuel de la future usine de recyclage de films plastiques souples de Valoregen à Damazan, en Lot-et-Garonne.
Visuel de la future usine de recyclage de films plastiques souples de Valoregen à Damazan, en Lot-et-Garonne. (Crédits : Archi Conseil Agen (47).)

Le polyéthylène. Derrière ce terme chimique se cache le plastique qui nous entoure le plus couramment dans notre vie quotidienne : flacons, bouteilles, boîtes, tuyaux, câbles électrique, jouets, etc. Dans sa version souple, le polyéthylène désigne aussi les films plastiques alimentaires ou utilisés pour emballer les palettes de marchandises. Ce sont ces films qui sont ciblés par l'entreprise Valoregen, créée en 2019 avec l'ambition d'en recycler et d'en revaloriser 28.000 tonnes par an dès 2023 à Damazan, en Lot-et-Garonne. "Actuellement, l'Union européenne consomme chaque année neuf millions de tonnes de matière vierge de polyéthylène flexible, dont un million de tonnes pour la France. Moins de 8 % de ce total est recyclé en France !", pointe Thierry Perez, le fondateur de Valoregen.

Approvisionnement local

Cet ancien ingénieur du secteur des déchets classiques (Cycléa et Derichebourg) et nucléaires (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) est donc convaincu qu'un marché potentiel lui tend les bras, notamment grâce au renforcement des obligations en matière de tri s'imposant aux entreprises d'ici à 2025 (100 % de recyclage plastique) puis 2030 (30% de plastique recyclé dans les produits plastiques neufs).

"Nous allons nous approvisionner en achetant la matière plastique soit directement auprès des producteurs de déchets que sont, par exemple, les plateformes logistiques de la grande distribution ou du e-commerce, soit auprès des gestionnaires de déchets. Dans un premier temps, l'idée est de s'approvisionner dans un rayon de 250 km autour de l'usine", poursuit-il.

La future usine étant à Damazan, à 35 km d'Agen en Lot-et-Garonne, l'entreprise vise donc la Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie, notamment grâce à l'autoroute A62 toute proche.

Thierry Perez

Thierry Perez, le dirigeant et fondateur de Valoregen (crédits : Daniel Simonet)

Encore faudra-t-il réussir à faire la différence sur un marché qui attirera nécessairement d'autres acteurs, sans même compter la concurrence de la matière première vierge. Mais Thierry Perez estime avoir mis toutes les chances de son côté en brevetant un double procédé chimique et mécanique de recyclage.

"On va combiner sous le même toit le recyclage mécanique, qui est assez maîtrisé sur le marché et qui consiste à transformer le film plastique en granulés réutilisables par l'industrie plasturgique, et un procédé de recyclage chimique. Ce dernier consiste à chauffer, gazifier puis condenser la matière plastique pour la transformer en huile pyrolitique utilisable par le secteur de la pétrochimie comme un substitut au naphta", détaille le dirigeant originaire des Landes.

Créer un cercle vertueux

Mais ce n'est que le premier étage de cette fusée circulaire puisque Valoregen articulera ces deux procédés de manière vertueuse. "Non seulement, ces deux procédés nous permettront de valoriser plus de matière mais on utilisera l'énergie fatale indispensable au processus chimique pour alimenter le processus mécanique et donc diminuer notre consommation énergétique. Au bout du compte, l'ambition du projet est de proposer à nos clients un prix inférieur à de la matière plastique vierge parce que, soyons clair, le prix reste le premier critère de différenciation", assure Thierry Perez.

Pour l'heure, Valoregen a posé ses valises dans les anciens locaux de Xylofuture sur la zone d'activité Valorizon, dédiée à l'économie circulaire, à Damazan. La PME vient de signer un bail pour occuper 8.900 m2 de bâtiments et a décroché le 19 juin dernier l'autorisation environnementale d'exploitation pour l'usine ICPE (installation classée protection de l'environnement). Les réaménagements sont en cours en vue d'une mise en service début 2022.

Objectif de 15 millions d'euros de chiffre d'affaires dès 2023

Valoregen, qui défend "un modèle économique robuste et rentable", a néanmoins eu besoin d'un investissement conséquent pour lancer son activité et démontrer la performance de sa proposition. Pour cela, Thierry Perez a réussi à réunir 17,6 millions d'euros dont 3,9 millions d'euros d'avances remboursables du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, la plus grosse avance consentie à ce jour par la collectivité. "Valoregen fait partie de ces pépites du territoire, ces entreprises créatives, prometteuses et tournées vers l'avenir que la Région a à cœur de soutenir", expliquait Alain Rousset à La Tribune début juin. S'y ajoutent 7,3 millions d'euros de financement bancaires en crédit bail, 2,2 millions d'euros de France Relance et 2,1 millions d'euros de fonds propres apportés par Thierry Perez et la société Valevic GMBH, co-actionnaire de l'entreprise à 49 %. Enfin, 2,1 millions d'euros proviennent de futurs clients  de la plasturgie et de la pétrochimie intéressés à structurer une filière pour leur permettre de respecter leurs obligations environnementales. "Leur nom reste confidentiel pour l'instant mais nous travaillons avec plusieurs d'entre eux sur des prix garantis en fonction de la qualité dans une logique gagnant-gagnant", précise Thierry Perez, qui dispose donc d'ores-et-déjà de promesses d'achat pour plusieurs dizaines de milliers de tonnes de plastique recyclé.

L'usine de Damazan sera capable de traiter 15.000 tonnes de plastiques en mécanique et 13.000 tonnes en chimique. Mais le doublement de cette capacité est déjà prévu et autorisé et l'objectif est d'atteindre un total de 70.000 tonnes par an à terme, en investissant 10 millions d'euros de plus. Dans l'immédiat, la rentabilité économique est attendue dès 2022 tandis que l'objectif d'activité pour 2023 se situe autour de 15 millions d'euros de chiffre d'affaires.

45 recrutements prévus

45 personnes seront recrutées à partir du mois de septembre 2021 à Damazan pour le lancement de l'activité en 2022. Plusieurs métiers sont concernés : conducteurs de ligne plasturgiste, opérateurs de maintenance et profils électro-techniques et électro-mécaniques, fonctions manutentionnaires tels que caristes et conducteurs d'engins, des profils autour de la thermique et de l'énergie et également des fonctions supports telles qu'assistants logistiques, responsables de la supply chain, comptables et RH, et responsables de la qualité produit et qualité système (QSH/QSE).

La fonction commerciale n'est pas priorisée dans l'immédiat tant la demande est déjà forte. "Le marché et nos clients sont déjà là ! Nous avons beaucoup de demandes entrantes puisque tout le monde va être obligé d'intégrer des matières recyclées dans les emballages. Donc notre enjeu est d'abord d'adapter nos produits au plus près des besoins de nos clients", souligne le chef d'entreprise qui réfléchit déjà à dupliquer ce modèle industriel ailleurs en France :

"Au regard des règlementations européennes, il y aura besoin d'environ 500.000 tonnes de plastiques recyclé pour répondre à la demande du marché en 2030. Donc il y a clairement la place pour créer deux ou trois autres sites similaires à celui de Damazan en France. Mais on se concentre pour l'instant à 100 % sur le démarrage de notre premier site."

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Commentaire 1
à écrit le 22/07/2021 à 14:03
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J'ai toujours pensé et depuis les années 60 (les premiers plastiques d'emballage) le plastique était pétrole, il se doit de redevenir pétrole.

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