Aquitains d'ailleurs : Présidentielle américaine, une population à cran

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Denis Coubronne, à New York.
Denis Coubronne, à New York. (Crédits : DR)
AQUITAINS D'AILLEURS. L'hospitalisation de Donald Trump la semaine dernière n'est qu'un épisode d'une campagne inédite aux États-Unis, marquée par une pandémie dont personne ne voit l'issue. Originaire de Châtellerault, dans la Vienne, Denis Coubronne dirige une société de vins et spiritueux près de New York. Le Français reconnaît n'avoir jamais connu une telle période de tension aux États-Unis.

De Jersey City, où il habite avec son épouse, la vue embrasse tous les gratte-ciel de Manhattan, sur l'autre rive de l'Hudson river. Arrivé il y a sept ans aux États-Unis, le Français a déjà vécu de l'intérieur la campagne de la présidentielle de 2016, mais celle-ci, dit-il, n'a vraiment rien à voir :

"Les gens sont très inquiets de ce que Donald Trump va faire au soir de l'élection du 3 novembre, témoigne-t-il. Il a déjà dit plusieurs fois que s'il perdait, il ne laisserait pas le pouvoir comme ça, tranquillement. On craint que ses partisans, qui sont tous armés, aillent manifester dans la rue dans un climat d'insurrection, voire de guerre civile, tant qu'on ne saura pas qui a vraiment gagné. Beaucoup d'Américains sont à cran."

Et cela est pris très au sérieux d'autant qu'à longueur de tweets, le président américain a presque toujours appliqué ce qu'il avait annoncé : "Ce ne sont pas des paroles en l'air !", constate le Français. "Quand il a promis que les États-Unis allaient quitter l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, il l'a fait alors que personne n'y croyait. De toutes façons, ses supporters apprécient plus son franc parler que la véracité de ses dires." L'une des clés du scrutin, explique Denis Coubronne, sera aussi le vote par correspondance, qui pourrait apporter des voix au camp démocrate, mais "la Poste fonctionnait déjà très mal ici, constate-t-il, et Trump a mis à sa tête un de ses amis qui s'est empressé de retirer et démanteler 7.000 machines pour que le courrier marche encore moins bien."

Du Portugal aux États-Unis

Né dans l'Oise et grandi à Châtellerault, où il a passé toute son enfance et son adolescence, Denis Coubronne passe brillamment son bac au lycée Berthelot avant de quitter la Vienne pour intégrer l'Essec, la prestigieuse école de commerce parisienne. Suivra un début de carrière au Portugal, déjà dans les vins et spiritueux (BSN Danone), où il rencontre son épouse, avocate. On le retrouve ensuite à Genève, chez Bacardi. Aux États-Unis, le Français est vice-président de l'un des plus gros importateurs américains de vins du Portugal, avec un chiffre d'affaires de 20 millions de dollars par an. Il distribue ses produits, vins portugais mais aussi espagnols, italiens, français et sud-américains, chez les cavistes et les restaurants de six États de la côte Est.

Jusqu'à l'arrivée du Covid-19, le Français n'avait pas à se plaindre de l'administration Trump pour ses affaires : "Certes, il a augmenté de 25 % les taxes sur les vins européens en représailles à un conflit autour d'aides européennes versées à Airbus, mais c'est tout ce qui nous a touchés. La croissance et le climat économiques étaient bons jusqu'à la pandémie. L'importance du président est d'ailleurs à relativiser dans un pays fédéral comme les États-Unis, ce sont surtout les gouverneurs qui ont la main sur les Etats."

Lire aussi : Affaiblis, les vins de Bordeaux doivent survivre à un fléau inédit : le Covid-19 (1/5)

Écrivain à ses heures

Mais depuis le mois de mars, New York est devenue une ville fantôme et exsangue : "La plupart des magasins sont fermés par des plaques de contreplaqué graffités, observe-t-il. Les plus riches sont partis et ceux qui travaillaient à Manhattan ne sont pas revenus parce qu'ils sont en télétravail. Il n'y a plus de touristes non plus. La ville est uniquement habitée par ceux qui n'ont pas d'autre solution."

Fils d'un père médecin rhumatologue, à 57 ans, Denis Coubronne est aussi écrivain à ses heures. Après deux polars publiés, il vient de terminer un roman inspiré par New York et le Covid-19 : "J'ai voulu mettre en scène des habitants extrêmement résilients, des couples typiques de New York, gays, transgenres... C'est une ville extrêmement diverse qui se bat pour que cette tolérance existe et que les gens puissent s'exprimer. J'avais commencé avant le coronavirus et je l'ai introduit dans l'histoire." L'ouvrage s'intitule "Love&Co(vid)". L'auteur cherche un éditeur. Et s'il rentre régulièrement à Châtellerault où vivent sa mère, ses sœurs et ses neveux, ce n'est pas dans la Vienne mais au Portugal que Denis Coubronne envisage de prendre un jour sa retraite.

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