InMemori, la startup qui associe deuil et digital

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Clémentine Piazza, fondatrice d'InMemori
Clémentine Piazza, fondatrice d'InMemori (Crédits : DR)
[Aquitains d'ailleurs] Le sujet est à la fois l'un des plus tabous et des plus universels qui soit. Grâce au digital, la startup InMemori, créée par la Bordelaise Clémentine Piazza, facilite l'échange d'informations entre les familles et les proches au moment d'un décès. Diplômée d'HEC, elle vient de boucler une première levée de fonds d'1,2 million d'euros et s'attaque maintenant au marché américain.

Comme souvent, l'histoire commence autour d'une discussion avec des amis. Ces deux-là venaient de traverser un deuil difficile. "Ça avait été traumatisant pour eux, se souvient Clémentine Piazza, la logistique autour du décès, des funérailles. C'est un domaine très archaïque où il n'y a pas d'innovation. C'est un sujet qui me touche, il est chargé d'émotion et concerne tous les êtres humains."

En juillet 2016, la jeune femme lance donc InMemori, une plateforme destinée à faciliter la communication entre les proches au moment du décès, au moment où ils en ont le plus besoin. "On propose aux familles un espace sécurisé en ligne, d'une grande sobriété graphique (pas plus sexy que le Bon coin ou le site des impôts, NDLR), sans logo ni publicité, où chacun peut donner et recevoir des informations sur les obsèques, envoyer des messages de condoléances, partager des souvenirs ou participer à une collecte de dons, explique Clémentine Piazza. Notre plus, c'est vraiment l'intimité, les pages ne peuvent pas se retrouver sur les moteurs de recherche. Les familles se sentent protégées. On est les seuls à proposer cela." Son business model est sans doute la clé de sa réussite : InMemori, basée à Paris, ne s'est pas attaqué au marché grand public mais à une cible BtoB. Le service est en effet distribué par les grands acteurs déjà en contact avec les personnes endeuillées : le Crédit agricole, leader de l'assurance obsèques, Malakoff Médéric, Allianz ou le Figaro pour le carnet.

"Notre stratégie, c'est de passer par des partenaires déjà identifiés par les familles, explique la jeune entrepreneure de 33 ans. C'est un moment de perte de sens et de repères où elles n'ont pas besoin de nouveautés, mais d'être rassurées, on crée pour elles un nouveau cadre."

Un bureau à New York

A la fin mars, InMemori comptabilisait déjà plus de 62.000 utilisateurs (familles et proches) répartis dans 31 pays (essentiellement en France mais aussi au Cameroun, en Nouvelle-Zélande ou aux Philippines). Clémentine Piazza vient de boucler une première levée de fonds d'1,2 million d'euros, grâce à une dizaine d'investisseurs emblématiques comme Xavier Niel ou la Financière de l'Échiquier. "Cela devrait nous permettre de tenir deux ans et de nous développer à l'international, analyse Clémentine Piazza. Notre objectif est de passer à 500.000 utilisateurs dans les douze mois qui viennent."

InMemori lorgne en particulier sur les États-Unis. La startup a ouvert un bureau à New York en septembre dernier, tout juste après avoir passé trois mois en à San Francisco, hébergée par l'incubateur The Refiners (fondé entre autres par la Française Géraldine Le Meur). "L'acculturation était nécessaire. Cela nous a permis de rencontrer 2-300 personnes, se souvient-elle, on leur a raconté notre histoire, et vu les retours, on s'est rendu compte que cela faisait sens aussi aux États-Unis." Seules quelques familles américaines ont pour l'instant utilisé InMemori, traduit en anglais, mais Clémentine Piazza compte sur son bureau new-yorkais pour se développer là-bas. Elle fait d'ailleurs la navette toutes les semaines entre Paris et Big Apple !

Présence humaine

Née à Talence, grandie à Bordeaux jusqu'à 18 ans, brillante élève, Clémentine Piazza intègre HEC. A 27 ans seulement, elle est nommée directrice marketing d'Unibail Rodamco, le leader mondial de l'immobilier commercial. "J'étais la plus jeune à ce poste dans un groupe du Cac 40, dit-elle non sans fierté. Je dirigeais une équipe de 150 personnes dans dix pays à travers toute l'Europe. C'était fabuleux !" Mais en 2016, parce que le virus de l'entrepreneuriat ne l'avait pas lâchée, elle quitte cette vie professionnelle exceptionnelle pour lancer InMemori. L'accès est gratuit. Le site est intergénérationnel, utilisable par n'importe qui sachant ouvrir un e-mail ou un texto. Il se rémunère grâce à une commission prélevée sur les prestations annexes discrètement proposées en ligne : livraison de fleurs ou impression de recueils de condoléances. Le service est 100 % digital mais "dans le deuil, il faut toujours une présence humaine parce que rien ne remplace la voix. Alors le soir, on appelle les familles pour s'assurer qu'elles sont à l'aise sur le site ou aider une grand-mère à joindre une photo à son message." Cela va parfois à l'encontre de théories d'investisseurs, reconnaît-elle, mais Clémentine Piazza assume. La jeune femme sera présente à la Journée de la femme digitale à la Maison de la radio, à Paris, mardi 17 avril.

Lui écrire : [email protected]

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La rubrique Aquitains d'ailleurs s'intéresse aux Bordelais et Néo-Aquitains qui ont quitté la région pour lancer des entreprises ailleurs dans le monde et se frotter de près aux marchés internationaux. Dans cette rubrique, ils racontent leurs histoires. Contact : Emmanuel Langlois, langloismanu[at]yahoo.fr

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Commentaires
a écrit le 06/04/2018 à 6:49 :
Félicitations Clémentine !
Votre parcours, brièvement relaté dans un article de "La Tribune", montre vos multiples qualités et réussites. Continuez de réussir et croître, et pensez au principal : ne vous oubliez pas...

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