Intérim : "Il me semble hasardeux de mesurer avec un algorithme le savoir-être d'un candidat"

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Depuis 2008, Catherine Jouin est la directrice régionale sud-ouest de Supplay. Cette entreprise d'intérim fête ses 50 ans en 2018.
Depuis 2008, Catherine Jouin est la directrice régionale sud-ouest de Supplay. Cette entreprise d'intérim fête ses 50 ans en 2018. (Crédits : Supplay)
Secteurs en tension dans le bassin d'emploi bordelais, concurrents 100 % numérique, féminisation, CDI intérimaire : à 48h du "Black Friday", tour d'horizon du marché de l'emploi intérimaire local avec Catherine Jouin, directrice régionale Sud-Ouest de Supplay. Cette société d'intérim, qui fête ses 50 ans en 2018, compte neuf agences en Nouvelle-Aquitaine, dont trois à Bordeaux, et en ouvrira une 10e à Agen dans les prochaines semaines. Son credo : privilégier le contact humain à l'heure du tout numérique.

La Tribune : Supplay a 50 ans cette année, pouvez-vous nous présenter l'activité de l'entreprise dans la région ?

Catherine Jouin : Supplay était à l'origine implantée dans le Nord et le Nord-Est de la France avec une dominante plutôt industrielle. Aujourd'hui, elle compte trois agences d'intérim à Bordeaux Métropole et des agences à Limoges, Pau, Bayonne, La Rochelle, Niort et La Roche-sur-Yon. Nous comptons environ 300 entreprises clientes actives sur l'agglomération bordelaise et entre 100 et 150 intérimaires par agence. Entre 2017 et 2018, nous avons doublé notre chiffre d'affaires local qui atteint quelques dizaines de milliers d'euros. Nous ouvrirons une nouvelle agence avec trois salariés à Agen, en décembre ou en janvier, pour adresser notamment les métiers de l'agroalimentaire, de la logistique et du transport.

Comment analysez-vous le marché de l'intérim sur l'agglomération bordelaise et quel est votre positionnement ?

C'est un bassin d'emploi marqué par une activité industrielle importante avec une forte coloration aéronautique, mécanique et métallurgie. Nous avons structuré nos trois agences sur des spécialisations thématiques : à Mérignac nous adressons l'ensemble des services aux entreprises, en particulier celles relevant du secteur aéronautique ; à Pessac il y a une dominante logistique et transport notamment de part la proximité avec le pôle logistique de Cestas et, enfin, notre agence de Cenon se concentre sur les métiers du BTP liés aux nombreux chantiers de l'agglomération. Cette organisation répond aussi à notre volonté de ne pas être installés à Bordeaux intramuros pour des raisons de proximité et d'accessibilité.

En France, Supplay c'est 147 agences et 448 salariés pour 567 M€ de chiffre d'affaires et 2,8 % de part de marché.

Quels sont les secteurs en tension dans l'agglomération bordelaise ?

Aujourd'hui, les métiers de la logistique constituent le principal sujet de tensions compte tenu de la forte activité des acteurs du e-commerce en novembre et en décembre liée aux fêtes de fin d'année et, en ce moment, au "Black Friday". Pour répondre à cette demande, on évalue les compétences et le savoir-être de nos candidats et on leur propose des formations sur des formats courts, de trois jours à une semaine. Ces tensions s'expliquent par les forts besoins et par le fait que ces métiers ne font pas rêver même s'ils constituent bien souvent une première expérience professionnelle.

Les tensions se trouvent aussi dans l'aéronautique et la mécanique, deux secteurs qui nécessitent des besoins de formation plus costauds avec des certificat de qualification professionnelle, notamment dans la métallurgie. On pousse aussi des contrats de professionnalisation de 6 à 12 mois.

Enfin, compte tenu des nombreux chantiers de la métropole, le bâtiment a aussi son lot de métiers pénuriques tandis que du côté du téléconseil et des plateformes d'appel il y a aussi un problème d'offres et de demande. Il y a de très nombreuses offres d'embauche et très peu de candidats parce que c'est un métier pénible et répétitif marqué par de forts turnovers.

La plupart de ces secteurs restent très majoritairement masculins, constatez-vous malgré tout une féminisation des candidats ?

Oui, progressivement, notamment dans le BTP. Nos offres sont bien entendu mixtes et on a de plus en plus de femmes qui sont conductrices d'engin, chauffeuses, peintres, conductrices de travaux, etc. La logistique se féminise aussi dans les entrepôts sur des fonctions d'opérateurs logistiques avec une manutention automatisée. Mais ce n'est pas non plus une évolution spectaculaire !

S'agissant des métiers en tension, vous n'avez pas mentionné le secteur des services numériques, pourquoi ?

Parce que c'est un secteur où nous sommes traditionnellement peu présents. Mais il y a une vraie interrogation chez Supplay pour investir ce segment qui connaît des tensions évidentes à Bordeaux mais aussi à Toulouse et Montpellier, par exemple. On envisage de créer une 4e agence dédiée à ces métiers à Bordeaux probablement en 2020.

L'emploi intérimaire s'est ralenti en France et dans la région ces derniers mois. Constatez-vous cette tendance dans votre activité ?

Tout au long du premier semestre 2018, l'Aquitaine était sur un taux de progression de l'emploi intérimaire supérieur à 2017. La tendance s'est tassée à partir du mois de juin et pendant l'été à l'instar de ce qui est constaté au niveau national. C'est en effet plus compliqué ces derniers mois, notamment en Limousin, mais l'Aquitaine reste dynamique, on ne peut pas parler de décrochage. Dans ce contexte, Supplay s'en tire plutôt bien car nos clients cherchent des partenaires d'emplois dans la durée et on accorde de l'importance à cet aspect relationnel, à la proximité et aux rencontres en face-à-face. Depuis notre création, nous avons toujours enregistré une croissance supérieure à celle du marché car on garde une obsession de la qualité.

Vous insistez sur le contact humain avec vos candidats et vos clients tandis que des concurrents mais aussi des nouveaux entrants sur le marché de l'intérim misent sur le 100 % numérique...

Nous sommes tous conscients que le digital est important et Supplay dispose d'une application web et mobile sur Android depuis 2014. Et on propose un espace web personnalisé à nos intérimaires depuis 2002 ! Nos clients attendent de nous les bons candidats et je suis persuadé qu'il est difficile de se limiter à des algorithmes ou une application web pour sélectionner ces candidats. Le face-à-face reste donc incontournable chez Supplay même si la gestion quotidienne des plannings et des aspects administratifs se fait tout en digital. Avec ce modèle auquel on tient, on n'a pas le sentiment de perdre des parts de marché, au contraire... Et j'ajoute qu'il me semble hasardeux de mesurer avec un algorithme le savoir-être d'un candidat alors même que c'est devenu un facteur clef pour les recruteurs.

Un mot sur le CDI intérimaire. Est-ce que ce dispositif prend de l'ampleur ?

Des confrères se sont positionnés là-dessus mais ce n'est pas un sujet évident. Nous faisons le choix de rester vraiment à l'écoute des entreprises et des intérimaires et on le propose si cela répond à la demande de nos clients. D'autant qu'on constate en général que lorsque nous proposons un CDI intérimaire, on essuie plus d'un refus sur deux de la part de l'intérimaire, notamment s'il connaît déjà une continuité de ses missions. Et c'est légitime puisque quand ils font leurs comptes, avec la prime de précarité et les congés monétaires, il est plus rentable de rester intérimaire ! Au total, nous avons dû signer seulement une centaine de CDI intérimaires en France l'an dernier.

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