Numérique, BTP, aéronautique : ces secteurs qui se féminisent enfin ! (2/7)

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A Bordeaux Métropole, la construction n'attire que 3 % des demandeuses d'emploi.
A Bordeaux Métropole, la construction n'attire que 3 % des demandeuses d'emploi. (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
Certains secteurs s'efforcent de rattraper leur retard sur les questions de féminisation des effectifs. A Bordeaux, Thales, Cdiscount et le groupe Cassous ont engagé des démarches volontaristes. Parallèlement, des freins psychologiques restent à lever du côté des candidates qui sont encore trop peu nombreuses.

C'était le 1er mars dernier, à Bordeaux, lors de la séance de débriefing des 40 startups régionales de retour du Consumer electronic show (CES) 2018, le salon mondial de l'électronique. Huit dirigeants de ces futures pépites technologiques ont pris la parole et le constat est sans appel : aucune femme ! La French tech Bordeaux n'échappe pas à la réalité de l'emploi dans le numérique où seulement 28 % des salariés sont des femmes. Un taux qui tombe même à 16 % dans les entreprises technologiques, selon le cabinet Urban linker. Pourtant, le public venu assister au bilan du CES dans l'hémicycle régional était, lui, quasi à parité. Preuve que les vocations sont là ! Pour Jérôme Leleu, président de la French Tech Bordeaux et patron de Sim4health qui fait figure de bon élève avec ses 50 % de salariées, les acteurs du numérique ont en effet l'obligation de faire mieux.

De La Ruche Bordeaux aux Premières Nouvelle-Aquitaine, en passant par le Rallye des Pépites, plusieurs incubateurs se saisissent du problème en favorisant l'émergence de visages féminins. Car problème il y a. En effet, comme le numérique, les importants viviers de recrutement de l'agglomération bordelaise que sont, le BTP, la logistique et l'aéronautique ont pour point commun d'être très hermétiques aux femmes à tel point que la domination des profils masculins y est écrasante à tous les niveaux. Une situation jugée contre-productive par certaines entreprises de la région qui ont décidé d'aller à marche forcée vers la mixité et la diversité sociale.

« Les femmes seront favorisées »

Dans l'aéronautique, chez Thales, qui compte 75 % d'hommes parmi les 2.600 salariés de son site de Bordeaux-Mérignac, l'objectif est d'embaucher 40 % de femmes dès 2018. « Notre critère de recrutement reste bien évidemment la compétence. Mais à profils égaux, nous assumons de dire que les femmes seront favorisées. Plus nos équipes seront mixtes, plus elles seront efficaces et créatives », affirme ainsi Miguel Brehin, le responsable RH des activités avioniques du site.

Et pour briser le plafond de verre, le géant de l'aéronautique veut également passer de 14 à 30 % de femmes aux postes à responsabilité et promouvoir trois femmes dans chaque comité de direction en 2020. A cette date, le bordelais Cdiscount, qui compte 1.600 salariés dont 44 % de femmes, s'est fixé un objectif de parité au sein de son comité de direction et entend réduire les inégalités salariales internes qui atteignent encore 14 % au détriment des femmes en 2017. « Sur les métiers de l'informatique, de l'approvisionnement et de la logistique, nous avons très peu de candidates, même si cela progresse depuis trois ans », contextualise Sabrina Ribeiro, responsable de la diversité chez l'enseigne d'e-commerce.

« Revendiquer notre capacité à exercer tous les métiers »

Dans le BTP, le curseur de féminisation plafonne autour de 15 %. Le groupe Cassous, qui emploie 1.100 salariés dont 900 à Bordeaux Métropole, affiche un flatteur 18 % et compte une femme à la tête d'une de ses filiales. Mais l'entreprise ne veut pas en rester là et privilégie notamment la sensibilisation des jeunes filles aux métiers du BTP en amont et au cours de l'orientation professionnelle, y compris au collège et au lycée. Une prise de conscience qui progresse dans le monde du bâtiment et de ses métiers de chantier souvent à forte pénibilité. « Nous devons assumer et revendiquer notre capacité à exercer tous les métiers ! Avant d'être une femme, je considère que je suis une dirigeante d'entreprise », milite ainsi Sophie Garin, qui dirige dans le Sud Gironde une entreprise familiale de location de matériel de manutention de 68 salariés dont 30 % de femmes.

En effet, si ces entreprises ont leur part de responsabilité, elles ne peuvent pas non plus recruter des candidates qui n'existent pas ! Or, les chiffres de Pôle emploi sur Bordeaux Métropole sont formels : chez les femmes, trois secteurs concentrent 68 % des demandes d'emploi (contre 30 % chez les hommes). Il s'agit de la santé et action sociale, des services administratifs et du commerce. Dans le même temps, la construction représente moins de 3 % des demandeuses d'emploi. « Elles ont intégré consciemment ou pas qu'elles ne pouvaient pas aller sur ces métiers. Or, ce n'est plus vrai. Il faut changer ces représentations », éclaire Benoît Meyer, le directeur de Pôle emploi en Gironde.

Un enjeu global de communication

Un enjeu de global de communication également souligné par Danielle Sancier, la directrice régionale de l'Apec : « Les femmes vont moins sur ces métiers jugés pénibles alors même qu'ils recrutent et que les conditions d'exercice y sont de plus en plus favorables avec l'automatisation et le numérique. Il faut convaincre les femmes d'ouvrir leurs horizons et les entreprises d'attirer ces profils féminins ! ». Le projet de parc à thème Tarmaq, à Mérignac, qui doit servir de vitrine des métiers de l'aéronautique à l'horizon 2021 a vocation à participer à cette sensibilisation et visibilité, à l'instar de la Cité du Vin, à Bordeaux, pour les métiers de la viticulture.

« D'autant que beaucoup de femmes exercent des métiers qui seront, au mieux bouleversés, au pire supprimés par les progrès de la robotisation et du numérique », s'inquiète Isabelle Massus, de la Maison de l'emploi à Bordeaux. « Il est donc impératif qu'elles anticipent cette évolution et se saisissent des formations pertinentes sur ces métiers du numérique. »

En clair, quel que le secteur d'activité, les femmes ne doivent plus hésiter à s'orienter, à se former et à se positionner sur ces métiers, y compris sur les postes à responsabilités. « Les retours d'expérience sur des promotions stratégiques de profils féminins sont souvent très positifs avec une polyvalence et une compétence de management », témoigne ainsi Julie Calmon, consultante senior en recrutement chez Expectra à Bordeaux, qui insiste : « la valeur de l'exemple est très importante pour motiver les femmes, et les recruteurs, qui hésiteraient encore ! »

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Reconversion et plafond de verre

Que ce soit dans le cadre d'une reconversion professionnelle ou d'une création d'entreprise, le secteur économique du « care » et des services à la personne est largement plébiscité par les profils féminins : coaching, conseil, petite enfance, personnes âgées, soins, design et décoration, etc... S'y ajoute le commerce de proximité et/ou l'artisanat. « Souvent les hommes créent leur entreprise dans le prolongement de leur parcours professionnel. Ils s'appuient sur des compétences techniques à forte valeur ajoutée et n'ont pas peur d'emprunter gros. A l'inverse, les femmes s'inscrivent davantage dans une logique de rupture et s'orientent plutôt vers du service à faible valeur ajoutée avec une prise de risque limitée du point de vue financier », constate ainsi Marie-Françoise Raybaud, la directrice du CIDFF 33. Déjà présent en interne dans les entreprises, le tristement célèbre plafond de verre a donc aussi un impact sur l'ampleur et la nature des reconversions professionnelles et création d'activités des femmes.

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Cet article est le 2e d'une série de 7 déjà parus dans le dossier dédié à l'emploi des femmes dans la métropole bordelaise, en kiosque le 23 mars dernier. Le site de La Tribune les publiera au fil des prochains jours.

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