« Nous devons structurer de nouvelles filières pour convertir le bâtiment aux matériaux biosourcés »

INTERVIEW. La montée en puissance annoncée des matériaux biosourcés dans les techniques de construction appelle à la structuration de filières dédiées. C’est cette conviction qui a poussé une quinzaine de sociétaires à fonder près de Poitiers (Vienne) la société coopérative d'intérêt collectif ielo, pour développer l’usage de la paille hachée comme isolant en visant 10 % du marché de l'isolation. Nicolas Rabuel, son directeur général, détaille à La Tribune cette démarche originale.

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Nicolas Rabuel (à genou à droite) et l'équipe de la société coopérative ielo qui développe l'usage de la paille hâchée comme isolant
Nicolas Rabuel (à genou à droite) et l'équipe de la société coopérative ielo qui développe l'usage de la paille hâchée comme isolant (Crédits : ielo)

LA TRIBUNE - ielo a été officiellement créée le 3 mars 2021, avec l'ambition de développer une nouvelle filière d'isolation en paille hachée en Nouvelle-Aquitaine. Dans quel contexte s'inscrit cette création ?

NICOLAS RABUEL - Les évolutions réglementaires imposent peu à peu au secteur du bâtiment de migrer vers des solutions qui intègrent des matériaux biosourcés. La RE2020 va généraliser leur usage dans la construction de logements individuels d'ici à 2030 et, petit à petit, tous les segments vont être concernés : le collectif, les immeubles de bureaux, etc. Il nous faut donc structurer des filières pour que le secteur puisse se convertir à ces matériaux. C'est notre objectif : bâtir un outil qui soit capable de fournir une solution d'isolation véritablement écologique. Et qui permette aussi de valoriser une ressource agricole, pour dynamiser l'économie des territoires ruraux.

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Qui sont les sociétaires de la société coopérative d'intérêt collectif ?

Ils sont aujourd'hui une quinzaine : une coopérative d'agriculteurs, des architectes, des bureaux d'études, des constructeurs bois, des spécialistes de l'isolation...

Comment va s'organiser cette filière ?

La coopérative agricole La Tricherie, qui rassemble près de 300 agriculteurs du bassin céréalier de la Vienne, a investi près de trois millions d'euros pour construire l'outil de transformation et produire la paille hachée. La chaîne est en cours de montage près de Poitiers, et devrait être assemblée d'ici la fin de l'année. Le principe : ielo achète la paille hachée à un prix fixe et garanti (300 euros la tonne) et apporte l'ingénierie technique et commerciale pour vendre l'isolant aux constructeurs (à 600 euros la tonne au début). Seule une cinquantaine d'agriculteurs vont alimenter l'unité de transformation, mais la plus-value réalisée par la vente de la paille sera valorisée pour l'ensemble des membres de la coopérative. J'ajoute que les exploitations de ces agriculteurs se trouvent toutes à moins de 20 km du site de transformation, ce qui limite grandement l'impact carbone du transport des matières premières !

ielo paille futur site de production

Le futur site de production de ielo (crédits : ielo)

Quels sont les objectifs de production ?

Nous ne raisonnons pas forcément en termes d'objectifs de production parce que, pour nous, la question est plutôt de savoir comment dimensionner la filière pour répondre aux besoins annoncés et alimenter 10 % du marché de l'isolation à l'échelle nationale d'ici 2030. À Poitiers, l'objectif est de produire à terme, en vitesse de croisière, 10.000 tonnes de paille hachée par an, et d'être en mesure de pousser le volume à 15.000 tonnes si besoin. Mais cela ne suffira pas pour couvrir l'ensemble des besoins. Notre volonté est bien d'essaimer, et de créer d'autres pôles territoriaux.

Dans quelles régions comptez-vous développer ces autres pôles ?

Il est encore trop tôt pour le dire, mais en tout cas, les territoires en question devront réunir deux facteurs : une production céréalière excédentaire et une proximité avec le marché de la construction ; être, en somme, près d'une métropole. On peut donc d'ores et déjà imaginer des projets en Occitanie, en Bretagne et en Île-de-France.

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