« Nous devons aller vers la décroissance » André Garreta (CCI Bayonne Pays basque)

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(Crédits : Richard Lajusticia)
"Le Covid-19 n'a pas eu que des effets négatifs : la pandémie nous a montré que nous avons la possibilité de changer de modèle". Dans une interview à La Tribune, André Garreta, professionnel de l'immobilier et président depuis 2010 de la chambre de commerce et d'industrie Bayonne Pays Basque, appelle les chefs d'entreprises à s'adapter au "nouveau paradigme". Cette invitation vaut aussi pour la Communauté d'Agglomération, qui vient de voter une hausse très contestée des taxes sur les entreprises.

LA TRIBUNE - Vous avez réuni un collectif de 18 fédérations professionnelles (1) pour dénoncer la récente hausse des taxes votée par la Communauté d'agglomération du Pays basque. Pourquoi avoir agi ainsi ?

ANDRÉ GARRETA, président de la CCI Bayonne Pays Basque - C'est en effet la première fois que l'ensemble des fédérations et associations professionnelles - de l'agriculture au commerce - dénoncent d'une même voix l'augmentation systémique de la fiscalité au Pays basque. La hausse des taxes décidée le 10 avril dernier par la Communauté Pays basque est à contre-courant, alors que l'Etat baisse les impôts sur la production pour stimuler la relance, et elle tombe au pire moment ! Il est essentiel pour les entreprises du Pays basque - dont neuf sur dix sont des TPE - que le pacte fiscal signé avec les acteurs économiques lors de la création de l'Agglomération en 2017 soit respecté. Celui-ci prévoyait le lissage sur 12 ans de la hausse de la taxe transport, la taxe sur le foncier bâti et la contribution foncière. Rien que l'augmentation de la taxe transport en juillet prochain puis en juillet 2022 représentera en moyenne environ 3.700 euros par an de plus pour une entreprise de 11 salariés !

Avoir recours à la fiscalité locale pour boucler un budget communautaire ne peut pas être la solution, surtout après un an de Covid-19 et un impératif de rebond pour les entreprises. L'Etat et la Région Nouvelle-Aquitaine l'ont compris. Nous sommes entrés dans l'ère de la frugalité - faire la même chose, voire mieux, avec moins - et le collectif demande donc à l'Agglomération de trouver des sources d'économies, comme le font les chefs d'entreprises.

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Quelle est justement la situation des entreprises au Pays basque ?

Depuis un an, le Pays basque, comme la France et le monde, fait face à la crise sanitaire, qui a engendré cette crise économique exceptionnelle. D'après le dernier baromètre éco de la CCI (2), la moitié des entreprises bénéficient ou ont bénéficié d'aides de l'Etat ou de la Région. Grâce à ces aides, la situation économique locale n'est aujourd'hui pas catastrophique. Mais les réalités sont très différentes selon les entreprises et les secteurs. Et l'incertitude est grande pour tous. Si les chefs d'entreprise basques sont globalement plus confiants pour l'avenir - avec un taux de 74 % contre une moyenne de 66 % pour la Nouvelle-Aquitaine - ils sont bien plus pessimistes qu'il y a un an (-11 points en un an). Les dirigeants ont beaucoup de mal à se projeter, donc à investir et à recruter.

Comment aidez-vous les dirigeants à se projeter ?

En faisant évoluer sans cesse notre accompagnement. Nous avons installé une cellule de crise dès mars 2020. Près de 2.000 contacts ont eu lieu à ce jour avec quelque 800 chefs d'entreprises en difficultés. Le problème principal est celui de la trésorerie que nous essayons d'atténuer en guidant les entreprises dans la mise en place du chômage partiel ou en obtenant un report de loyer. Un "pack rebond" a été créé en juin pour soutenir les dirigeants dans l'évolution de leur entreprise. L'entraide, l'innovation, les circuits courts, la RSE, le numérique font partie des clés de notre avenir commun et de notre accompagnement.

Je prends l'exemple des masques : Somocap et Olaberria, deux sous-traitants plasturgistes, collaborent avec des designers locaux pour développer une alternative aux masques jetables ou tissus. Un autre exemple, celui de la force de la collaboration transfrontalière. Malgré la fermeture de la frontière, 2020 a été une année intense pour Bihartean, le groupement que notre CCI a formé avec les chambres de commerces de Gipuzkoa et de Navarra au Pays basque espagnol : 45 entreprises ont été accompagnées et plusieurs accords de collaboration ont été signés entre clusters. Je crois en la force du collectif. Le Covid-19 n'a en ce sens pas eu que des effets négatifs. Cette crise nous montre que nous avons collectivement la possibilité de changer de modèle. Nous consommons plus que la terre nous offre, il faut absolument aller vers la décroissance, ou à minima dès maintenant atteindre une croissance bien mieux maîtrisée.

Vous prônez la décroissance ?

Je considère que mon rôle en tant que président de CCI est d'inciter les dirigeants à faire évoluer leurs entreprises. Or, nous vivons un changement de paradigme, comme nous en avons connu tous les 500 ans en moyenne, mais cette fois il se fera en une période beaucoup plus courte ! Cela pourrait presque paraître prémonitoire aujourd'hui, mais lors de la cérémonie des vœux en janvier 2020 j'avais déjà sensibilisé les chefs d'entreprises à ce changement de paradigme. Il faudra beaucoup de volonté, mais nous pouvons trouver d'autres solutions, comme la fabrication additive avec la plateforme Compositadour, et arrêter de produire dans les ateliers du monde entier.

Anticipez-vous des relocalisations ?

Il est encore trop tôt, mais oui j'y crois à plus long terme. Aujourd'hui, l'économie nationale et locale est sous perfusion : au Pays basque, le nombre de créations d'entreprises est en baisse de 1% seulement sur un an et la baisse des radiations s'élève à 20 %. C'est le signe que les entreprises ne perdurent que grâce aux aides. Les entreprises ont plus que jamais besoin d'oxygène, c'est-à-dire de chiffre d'affaires. Pour le moment, elles ont réussi à maintenir leurs effectifs. Mais on observe un recul très important des recrutements, de -32 % par exemple dans l'hôtellerie-restauration, jusque-là le secteur qui recrutait le plus au Pays basque. Seul un acteur du tourisme sur cinq a investi au second semestre 2020, mais un sur quatre prévoit de le faire au premier semestre, porté par l'espoir d'une bonne saison cette année.

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(1) Outre la CCI Bayonne-Pays Basque, le collectif compte Gérard Gomez, président de la CMA Pyrénées Atlantiques, Bernard Layre, président de la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Atlantiques, Georges Strullu, président de la CPME 64, Philippe Neys, président du Medef Pays Basque, Caroline Philipps , présidente de Lantegiak, Thierry Haure-Mirande, président de l'UIMM Adour Atlantique, Mikel Charriton, président de Pays Basque Industrie, Jean-Pierre Istre, président de l'Umih Pays Basque, Loïc Peron, président du SDHPA 64, Alain Boy, président de l'U2P 64, Sébastien Labourdette, président de la Fédération du BTP des Pyrénées Atlantiques, Joëlle Darricau du comité de direction du Cluster Goazen, Marie-José Burucoa, présidente du Cluster Pays Basque Digital, Jean-Louis Rodrigues, président du Cluster Eurosima, Nicole Auroy Radulovic et Jean-Pierre Goity, co-présidents du Cluster Uztartu, Nilda Jurado, présidente de Diriger au Féminin et Jean-Jacques Etcheberry, président de l'Odace.

(2) Baromètre publié en mars 2021, 4.052 entreprises interrogées en Nouvelle-Aquitaine, dont 211 au Pays basque.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2021 à 23:40 :
Je crois que l'on devrait commencer par faire décroître son salaire en accélérant tous les ans le rythme, ce qui l'obligera à décroître sa consommation.
a écrit le 28/04/2021 à 15:42 :
Il va pas se faire sur des amis le monsieur ! Décroissance n'est pas le mot juste, il vaudrait mieux commencer à éviter le gaspillage.
Par exemple en évitant d'acheter des "me...s" chinoises ou d'ailleurs, en ne prenant l'avion que si c'est vraiment indispensable, en se nourrissant avec des produits de qualité pour en jeter le moins possible, ou encore en s'affranchissant de la mode, de tout "appli" et abonnements payants sur le Net ...et pour être bien dans sa tête bannir les réseaux sociaux tout en consommant avec parcimonie du contenu media.
a écrit le 28/04/2021 à 14:20 :
Voilà des propos courageux, car non politiquement corrects, de la part de ce monsieur. De toutes manières, la décroissance, si elle n'est pas volontaire, sera forcée. Elle sera forcée par la raréfaction des ressources naturelles de toute sorte.
a écrit le 28/04/2021 à 11:40 :
on vote une augmentation des taxes, c'est ecolo
ca sauve pas les ours blancs, mais ca sauve le budget des collectivites territoriales qui jettent l'argent par la fenetre
quand les gens n'en pourront plus et qu'ils voteront hitler, il sera inutile de crier qu'il faut ' un front republicain' pour sauver tous ces rentiers de la technostructure
a écrit le 28/04/2021 à 10:49 :
On a déjà vécu la décroissance l'année dernière en fait. C'est ça qu'il veut ??
a écrit le 28/04/2021 à 10:16 :
(dommage qu'il y ai la photographie d'une bagnole allemande immonde toute jaune qui prend un quart de la page ça donne pas envie de lire ça tandis qu'il faut toujours écouter un basque ! :-)

Taxer les entreprises est de la folie pure, c'est taxer le patrimoine, la rente qui serait indispensable mais bon voilà, nous sommes en UERSS empire prévu pour durer mille ans mais ce serait étonnant dont les deux vieilles grosses mamelles sont le dumping social et fiscal. Alors oui les riches pourraient en un claquement de doigt sauver le monde qu'ils détruisent en ronflant mais comme ils sont esclaves de leurs possessions c'est "après moi le déluge".

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