Huit chiffres pour mesurer l'ampleur de la crise en Nouvelle-Aquitaine

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Le secteur de l'hébergement a connu une chute vertigineuse de -34 % de son activité en 2020 et vise un rebond de +23,1 % en 2021, sous réserve d'une amélioration sanitaire.
Le secteur de l'hébergement a connu une chute vertigineuse de -34 % de son activité en 2020 et vise un rebond de +23,1 % en 2021, sous réserve d'une amélioration sanitaire. (Crédits : Agence APPA)
Attente, inquiétude ou rebond ? Probablement les trois à la fois. Avec un enthousiasme aussi modéré que prudent, la Banque de France et les CCI de Bordeaux-Gironde et de Nouvelle-Aquitaine ont présenté, ce 25 février, le lourd bilan de l'année 2020 et les perspectives à peine plus légères de l'année 2021 en France et en Nouvelle-Aquitaine.
  • -9 % : la chute du PIB enregistrée en France en 2020 par rapport à 2019, soit la plus forte baisse depuis 1945. En contrepartie, la Banque de France s'attend à un rebond de +5 % en 2021 et à nouveau de +5 % en 2022, ce qui constituerait la plus forte reprise depuis 1973. Sous réserve d'une amélioration significative et durable de la situation sanitaire, cela permettrait de retrouver au cours du second semestre 2022 le niveau d'activité économique de la fin de l'année 2019. Parallèlement l'inflation qui est restée très faible en 2020 (0,5 %) devrait augmenter légèrement dans les mois qui viennent sous la pression de la hausse des prix de l'énergie et des matières premières, pour atteindre environ 1 % en 2023.

  • 10,9 % : le pic du taux de chômage attendu au premier trimestre 2021 en France avant de retomber à 9,5 % en 2022 puis 8,9 % en 2023 contre respectivement 8,4 % et 8,5 % en 2019 et 2020. 425.000 emplois ont été détruits en France en 2020 et 350.000 de plus devraient l'être en 2021 avant de retrouver une trajectoire de créations nettes d'emplois à partir de 2022 (425.000 créations attendues).

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  •  9,4 milliard d'euros de prêts garantis par l'Etat (PGE) ont été distribués à 64.000 entreprises de Nouvelle-Aquitaine au 31 décembre 2020. Cela positionne la Nouvelle-Aquitaine au 4e rang des régions françaises. Dans ce total régional, la Gironde se taille logiquement la part du lion avec 3,5 milliards d'euros de PGE accordés par les banques à 22.000 entreprises. Viennent ensuite les Pyrénées-Atlantiques (1,1 milliard d'euros pour 6.700 entreprises) et la Charente-Maritime (941 millions d'euros pour 7.200 entreprises). Dans la région, il s'agit à 87 % de TPE et de PME. Ces PGE pourraient rester encore longtemps dans les bilans de ces entreprises.

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  • -8,9 % : la baisse de chiffre d'affaires de l'industrie régionale en 2020 avant un rebond attendu à +5,2 % en 2021 ce qui se traduirait par une baisse des effectifs respectivement de -3,9 % puis de -1,2 % et même de -25,4 % puis de -8,3 % pour les travailleurs intérimaires. La construction résiste mieux avec une chute du chiffre d'affaires limitée à -5,7 % en 2020 avant un rebond de +5,5 % et des effectifs qui repartiraient à la hausse en 2021 (+0,9 %) après une baisse de -3,4 %. Enfin, les services, sont les mieux lotis avec -7,7 % de chiffre d'affaires en 2020 avant +7,8 % en 2021 et des effectifs évoluant de -0,2 % en 2020 à +2,5 % en 2021.

  • -15,6 % : la chute d'activité en 2020 dans le secteur de la fabrication de matériels de transport, qui correspond en particulier à toute la chaîne de production de l'aéronautique civile, très durement frappé par la crise sanitaire. La reprise ne serait que très modérée en 2021 avec un chiffre d'affaires estimé en légère hausse de +2,1 %.

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  • -33,8 % : la chute vertigineuse de l'activité du secteur de l'hébergement dans la région en 2020. Le rebond attendu en 2021 en est le miroir avec une estimation à +23,1 %. Les effectifs ont eux chuté de -8,1 % avant une faible hausse de +1,4 % attendue en 2021.

  • 40 % des entreprises régionales interrogées par la CCI Nouvelle-Aquitaine ont eu recours à des dispositifs d'organisation du travail au cours des six derniers mois dont près d'un tiers au chômage partiel. La moitié des entreprises interrogées ont bénéficié d'aides de l'Etat tandis qu'un tiers indiquent ne pas en avoir besoin (seulement 6 % pour les cafés hôtels et restaurants). Enfin 35 % des entreprises sondées déclarent avoir annulé ou reporté des projets d'investissement : elles ne sont ainsi plus que 18 % à investir au 1er semestre 2021 contre 33 % deux ans plus tôt.

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  • 12.500 créations d'entreprises ont été inscrites au registre du commerce en Gironde en 2020, soit 1 % de plus qu'en 2019, ce qui donne un solde positif de 8.300 entreprises créées. Un phénomène qui s'explique d'une part par les nombreux dispositifs d'aide qui maintiennent les entreprises en vie et, d'autre part, par l'explosion des créations d'auto-entreprises. Ces dernières ont pesé plus de 40 % des créations enregistrées dans le département en 2020, principalement pour des activités de commerce et e-commerce et de livraison de repas. Les autoentrepreneurs représentent également un quart des 4.200 entreprises qui ont mis la clef sous la porte en 2020.

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L'espoir d'un rebond ?

"L'attente et l'inquiétude prédominent sans anéantir cependant l'espoir d'un rebond. Une reprise de l'économie régionale se confirmerait en 2021 mais son rythme paraît encore incertain, conditionné par l'évolution de l'épidémie et l'ampleur de l'effet de la campagne de vaccination", résume Denis Lauretou, le directeur régional de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine, qui s'appuie sur la bonne reprise économique constatée en France et dans la région entre juin et octobre 2020 pour cultiver une fibre optimiste sur la suite des évènements. Pour autant, rien n'est gagné à ce stade tant la visibilité reste encore très mauvaise. "Avec le quoi qu'il en coûte, nous sommes dans une économie sous perfusion et ça fonctionne : tant qu'on n'enlève pas la perfusion, les entreprises survivent avec plus ou moins de difficultés. Je note aussi qu'il y a des entreprises qui se portent très bien et d'autres qui réalisent de formidable pivots", complète Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde. "Il y a en Gironde moins d'entreprises placées sous la protection du Tribunal de commerce que l'an dernier à la même époque grâce aux aides de l'Etat et aux consignes données à l'Urssaf de ne pas poursuivre les entreprises indélicates en difficulté. Mais c'est un trompe-l'œil", poursuit-il. Et Denis Lauretou de conclure : "Désormais, pour les entreprises, il s'agira avant tout, pour l'année qui débute et au-delà, de restaurer leurs marges et leur profitabilité, d'investir et de consolider leurs fonds propres."

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