Football : alors qu'ils vont mieux en Ligue 1 les Girondins de Bordeaux seraient-ils à vendre ?

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Frédéric Longuépée et Joseph Dagrosa lors de la présentation du plan RSE du clulb, le 18 septembre dernier...
Frédéric Longuépée et Joseph Dagrosa lors de la présentation du plan RSE du clulb, le 18 septembre dernier... (Crédits : Agence Appa)
La vente du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB) par son actionnaire principal King Street Capital : c'est la bombe lâchée hier 1e décembre dans "l'After Foot" de RMC par le porte-parole des supporters Ultramarines Florian Brunet. S'il est encore difficile de vérifier la portée de cette annonce, les Ultramarines sont généralement bien informés. Et il semble établi, comme l'ont annoncés le quotidien "Sud Ouest" et la revue web "Far Ouest", que le FCGB soit en proie à une profonde crise interne malgré de meilleurs résultats sportifs.

Dans le cadre du réexamen, daté du 21 novembre 2019, de la situation des clubs au titre de la saison sportive 2019-2020 la Commission de contrôle des clubs professionnels de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football professionnel, n'a trouvé aucune remarque à faire sur l'équilibre budgétaire du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB).

Rappelons que le club avait clôturé la saison 2017-2018 avec un chiffre d'affaires de 67,9 M€ (chiffres de la DNCG) pour un résultat net déficitaire à hauteur de -21 M€, sachant que le FCGB avait notamment perçu 37,3 M€ de droits audiovisuels, 14,4 M€ de recettes « jour de match » (billetterie, hospitalités), et 6,4 M€ générées par les partenariats. Non seulement le football professionnel est une activité de main d'œuvre (près de 200 salariés au FCGB) mais en plus ce sont les joueurs qui constituent les actifs détenus par un club, même si le FCGB dispose de biens immobiliers. Aussi il n'est pas étonnant que la ligne du compte de résultat du FCGB libellée « Rémunération du personnel chargée » représente 59,5 M€ sur un total de charges de 107,5 M€ pour l'exercice 2017-2018.

La guerre des fonds d'investissement

Autrement-dit, il n'est pas anormal de s'intéresser de près aux résultats sportifs d'un club de football professionnel et à l'ampleur des mutations : qu'il s'agisse de vendre ou d'acheter des joueurs. Et sur ce plan, malgré un début de saison 2019-2020 un peu inquiétant, les Girondins de Bordeaux, menés par l'entraîneur Paulo Sousa, ont fini par imposer leur style de jeu sur les stades, jusqu'à tutoyer le trio de tête de la Ligue 1, pour accrocher la 5e place ce 2 décembre (veille du match contre Nîmes).

Pourtant il semble bien qu'en interne la situation soit en train de se dégrader à grande vitesse. C'est ainsi que le 28 novembre le quotidien Sud Ouest publiait un article titré "Au bord de la rupture" et, le même jour, la revue en ligne « Far Ouest » une enquête fouillée sur le FCGB accrochée par "Girondins : cauchemar en coulisses". L'article du quotidien met en avant une divergence de vue dévastatrice entre deux acteurs clés de la reprise du FCGB au groupe M6 : les fonds d'investissement américains GACP, représenté par Joseph Dagrosa, président du club, et King Street Capital, par Frédéric Longuépée, président délégué et directeur général du FCGB. GACP, cofondé et dirigé par Joseph Dagrosa, ne contrôle que 13,6 % du capital de la société FC Bordeaux Holding Ltd, la hording de tête du club située au Luxembourg, mais dispose d'actions préférentielles qui renforcent singulièrement ses positions, comme l'avait analysé pour La Tribune le financier bordelais Axel Champeil, PDG de la société Champeil.

Joseph Dagrosa réussira-t-il à repousser King Street ?

Le fonds dirigé par Joseph Dagrosa a joué un rôle clé dans la reprise du FCGB car il a trouvé les financeurs mais aussi travaillé d'arrache-pied sur le complexe montage financier de l'opération. Tout laisse donc penser que Joseph Dagrosa pourrait ne pas se laisser débarquer si facilement. Si King Street Capital a les moyens de peser sur la holding de tête du FCGB, avec nominalement 86,4 % des actions, la partie risque de ne pas être simple. D'autant qu'un troisième acteur Fortress Investment, qui devait ouvrir d'importantes lignes de crédit, pour près de 50 M€ pourrait ne pas rester inerte.

Et selon Sud Ouest, Joseph Dagrosa essaierait justement de trouver un partenaire pour racheter les parts de King Street Capital dans la holding de tête du club. Le tout dans le cadre d'un bras de fer entre les deux investisseurs qui devrait se solder d'ici janvier prochain par la disparition de l'un d'eux, probablement GACP selon le quotidien, qui devrait céder les clés à King Street Capital. La force de cette crise a en particulier été confirmée ce dimanche 1er décembre par Florian Brunet, porte-parole des supporters du virage sud, les Ultramarines, sur RMC dans l'émission « l'After Foot ».

Inquiétude sur un club financé par de la dette

Dans l'interview qu'il a accordé sur RMC dans le cadre de « l'After Foot », Florian Brunet, que nous avons essayé de joindre, rappelle tout d'abord que la saison footballistique, qui a connu un démarrage un peu laborieux, s'est franchement améliorée pour les Marine et Blanc.

"On a un entraîneur qui porte haut les couleurs du club, qui nous plait énormément et ça c'est un point positif, a souligné Florian Brunet pour RMC. Le sportif doit, a-t-il poursuivi, de toute façon, être le plus important et d'ailleurs cela permet d'enchaîner sur le reste. C'est un des sujets du conflit, parce que justement on est venu nous expliquer que le sportif pouvait être secondaire. C'est en tout cas ce que nous ont dit les personnes qui travaillent pour King Street. Eux ne sont pas du tout intéressés par le football" juge le porte-parole des Ultramarines sans donner plus de précisions sur sa source au sein du fond d'investissement.

Ceci avant d'enfoncer le clou dans un point de la structure du montage financier, qui lui paraît très faible.

"Au niveau de l'actionnariat, il y a un très gros problème dès le départ : la personne qui dirige le projet n'est pas la même que celle qui le finance. Cela veut dire que Joe Dagrosa a porté un projet où ce n'était pas son argent. Il a été chercher cet argent et ce n'est que de la dette. D'autant plus que l'argent provient d'un fonds d'investissement qui se fiche complètement du football" déroule Florian Brunet.

King Street Capital prêt à vendre ?

Le porte-parole des Ultramarines estime ensuite que les responsables de GACP fuient désormais tout contact avec les supporters « qu'ils se cachent » après leur avoir promis « monts et merveilles ». Florian Brunet éclaire la situation de cette manière juste avant de lancer le Scud de la semaine.

"Donc aujourd'hui, on se retrouve avec un fonds d'investissement qui n'en à rien à faire du club ! King Street, ils veulent vendre vite, et ils seraient prêts, visiblement, à ne pas être très gourmands, ils seraient prêts à le faire à un prix où ils retrouveraient leur investissement. Ils se sépareraient du club sans discuter et ils ont même mandaté un certain Daniel Ehrmann pour s'en occuper. C'est en tout cas les informations que l'on a..." évoque le porte-parole des Ultramarines.

Pour la petite histoire Daniel Ehrmann, ex-cadre dirigeant chez Lehmann Brother, n'est autre que le directeur général (« managing director ») de King Street Capital. Dans l'immédiat aucune autre source ne vient corroborer cette volonté du fonds de mettre en vente le FCGB.

Trouver 80 à 100 M€ pour le club en Gironde

Le porte-parole des Ultramarines aborde ensuite un sujet qui est au cœur de l'enquête de la revue « Far Ouest » : la mise en place d'une gestion des ressources humaines très agressive qui saperait les fondamentaux de la culture interne du club, tout en s'attaquant à la structure spatiale du stade (dont ni GACP ni King Street Capital ne sont les propriétaires), en s'en prenant à l'ancrage des Ultamarines au Virage sud. En particulier en essayant d'interdire l'usage de banderoles par les supporters. « Sauf que depuis 20 ans il y a toujours eu un partenariat, une confiance réciproque entre le club et nous » martèle Florian Brunet. Ce dernier estime que Frédéric Longuépée "ne comprend pas qu'une tribune populaire puisse s'exprimer : à ses yeux nous ne sommes que des ambianceurs, on n'a pas à avoir un partenariat avec les stadiers du club ni même de liberté d'expression, c'est quelque chose qui le dépasse" diagnostique l'Ultramarine.

En conséquence ce quoi le porte-parole en appelle à une solution 100 % locale.

"On parle du vin de Bordeaux, mais aussi de son club de foot !... Ce n'est pas possible que les Girondins de Bordeaux n'intéressent personne ! Il n'y aurait personne de sérieux, qui puisse mettre 80 ou 100 M€ sur la table et fasse vivre sérieusement le FCGB, avec de l'ambition ? Parce qu'aujourd'hui l'enjeu est là ! J'en ai encore parlé avec Alain Giresse (ex-international de football et joueur des Girondins de Bordeaux, dont il reste le meilleur buteur-NDLR)" expose le supporter.

Quelles décisions vont finalement prendre les dirigeants du FCGB ? C'est la question à 1.000 points qui devrait normalement se dénouer d'ici janvier prochain. Entre GACP et King Street Capital les couteaux semblent bien avoir été tirés. Un autre acteur va-t-il surgir des coulisses après Noël ?

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