Face à la concurrence, Vinexpo Bordeaux réduit la voilure en 2019

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Pascal Faugere, le directeur général de la CCI Bordeaux Gironde, Rodolphe Lameyse, le directeur général de Vinexpo, et Mathieu Vanhalst, directeur commercial de Vinexpo.
Pascal Faugere, le directeur général de la CCI Bordeaux Gironde, Rodolphe Lameyse, le directeur général de Vinexpo, et Mathieu Vanhalst, directeur commercial de Vinexpo. (Crédits : PC / La Tribune)
L'édition 2019 de Vinexpo Bordeaux se tiendra du 13 au 16 mai sur un format réduit en raison de la concurrence croissante à l'international. La baisse sensible du nombre d'exposants et de surfaces doit être compensée par une dimension business accentuée et plus qualitative ainsi que par une conférence sur l'impact du changement climatique sur la filière vin et spiritueux.

-30 % : ce chiffre mesure la baisse du nombre d'exposants professionnels pour Vinexpo 2019 par rapport à l'édition 2017. 1.600 exposants de 29 pays sont annoncés au Parc des expositions pour cette 20e édition du salon international dédié aux vins et spiritueux contre 2.300 présents il y a deux ans et en-deçà de l'objectif de 2.000 exposants initialement fixé pour 2019. Les surfaces d'exposition brutes sont, elles aussi, en repli d'un tiers. "Nous avons fait le choix de réinventer le salon pour lui donner une taille plus humaine et permettre aux visiteurs de prendre le temps de se rencontrer, de se parler, de déguster et de faire des affaires", avance Pascal Faugère, le directeur général de la CCI Bordeaux Gironde, actionnaire à 97 % de Vinexpo.

"Tout le monde ne peut pas venir partout"

Mais cette nouvelle stratégie est-elle vraiment choisie ou, au contraire, contrainte, faute de demande ? "Un peu les deux", reconnaît Rodolphe Lameyse, le nouveau directeur général de Vinexpo, arrivé au début du mois. "Le marché des salons internationaux sur les vins et spiritueux est très concurrentiel et tout le monde ne peut pas venir partout, c'est vrai. On a une baisse des surfaces et du nombre d'exposants mais notre portefeuille clients ne s'érode pas et nous enregistrons cette année 15 % de nouveaux clients qui font confiance à la marque Vinexpo", met-il en avant.

D'autant que la concurrence vient également des autres salons organisés par Vinexpo à l'international : Hong-Kong, New York et Shanghai, fin 2019, puis Paris début 2020. "Les exposants préfèrent parfois être présents sur de plus petits espaces à la fois à Bordeaux et New York plutôt que sur un seul grand espace à Bordeaux", concède Pascal Faugère qui ajoute : "Au total, le nombre de m2 d'exposition augmente en additionnant tous nos évènements."

"Il y a eu des doutes par le passé sur la pérennité de Vinexpo Bordeaux, c'est vrai. Mais je veux lever ces doutes, Vinexpo restera à Bordeaux dans les années qui viennent. Nous y tenons particulièrement. Nous refusons la course au gigantisme voulue par certains et préferons une approche à taille humaine", insiste Rodolphe Lameyse, en référence au salon Prowein qui s'est tenu en mars à Dusseldörf (Allemagne).

Business et matière grise

Faute de gigantisme, Vinexpo Bordeaux joue donc la carte de la proximité et des rendez-vous qualitatifs. "Nous priorisons le retour sur investissement pour les visiteurs avec un ciblage qualitatif de la clientèle, des services all-inclusive proposés aux exposants et des rendez-vous BtoB ciblés", détaille Mathieu Vanhalst. Un "dîner du palais" payant avec 300 à 400 convives sera ainsi organisé au Palais de la Bourse.

En parallèle de ce volet qualitatif, Vinexpo, qui conserve le format sur 4 jours adopté en 2017, proposera pour la première fois un symposium sur la journée du 14 mai intitulé "Act for change, l'impact du changement climatique sur la filière du vin et des spiritueux", co-organisé avec le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. En anglais mais traduite en français, cette conférence, qui pourra accueillir 400 personnes simultanément, proposera un panel d'intervenants prestigieux qui s'exprimeront sur les conséquences de la transition climatique sur les vignobles, la vinification et le vin. "Ces sujets suscitent énormément de questions et d'inquiétudes à tous les niveaux : les terroirs, les futurs vignobles, la distribution, l'utilisation des intrants, la biodynamie, etc. Il est essentiel de pouvoir échanger sur un sujet qui évolue beaucoup plus vite qu'on ne le croit", salue Lydia Héraud, la déléguée à la viticulture et aux spiritueux pour la région Nouvelle-Aquitaine.

Trois nouveaux pays annoncés

La ville de Bordeaux joue aussi à plein un rôle de soutien à Vinexpo avec un pavoisement accru du centre-ville aux couleurs de l'évènement (190 kakemonos et 80 panneaux d'affichage) et un pass Vinexpo permettant l'accès gratuit aux transports en commun mais aussi aux musées bordelais, dont la Cité du vin. "Bordeaux est très attachée à son Vinexpo et veut faire de l'édition 2019 un succès. C'est aussi pour cela que nous avons investi 35 M€ pour rénover le hall 2 du parc des expositions qui peut désormais accueillir jusqu'à 6.000 personnes", souligne Stéphan Delaux, l'adjoint au maire chargé notamment des grands événements. Vinexpo sera le premier salon à utiliser cette nouvelle infrastructure dont l'inauguration aura lieu début mai.

Du côté des exposants, 29 pays des cinq continents seront représentés dont l'Argentine, l'Afrique du Sud, l'Espagne, l'Italie, la Chine et trois nouveaux arrivants : la Suède, la Turquie et le Vietnam. Au total, 40 % des exposants seront étrangers et 20 % bordelais. Le volet consacré aux vins bio et biodynamiques disposera d'un espace dédié - WOW pour world of organic wines - regroupant 150 producteurs de neuf pays, contre 120 producteurs en 2017. Parallèlement aux dégustations de l'Union des grands crus de Bordeaux, de la Renaissance des appellations, des Crus bourgeois du Médoc, des liquoreux du monde ou encore de Gambero Rosso, un espace est conçu pour les petits producteurs, notamment locaux et régionaux, en partenariat avec l'Agence de l'alimentation Nouvelle-Aquitaine.

Recrutement et réorganisation à l'international

En interne aussi 2019 marque un tournant pour Vinexpo. En plus de l'arrivée de Rodolphe Lameyse à la direction générale, la société s'est transformée sur le plan juridique. Toujours détenue à 97 % par la CCI Bordeaux Gironde, la SAS Vinexpo s'est muée en holding chapeautant désormais une entreprise par salon. "L'objectif est de simplifier la gestion mais aussi et surtout de conclure des partenariats au sein de chaque écosystème local en permettant à des acteurs locaux d'investir au capital de nos salons par le biais de joint-ventures [co-entreprises]", détaille Pascal Faugère. Parallèlement, Vinexpo a recruté une dizaine de personnes et son effectif dépasse désormais la quarantaine de salariés contre une trentaine il y a un an.

"Vinexpo va bien et envisage sereinement son avenir, y compris en développant ou en rachetant de nouveaux salons à l'international", conclut le directeur général de la CCI. Et si rien n'est acté en la matière, Rodolphe Lameyse esquisse des potentiels territoires de conquête, notamment la Chine intérieure et la côte ouest des Etats-Unis tout en rappelant que "lancer un nouveau salon n'est pas une décision anodine et suppose un gros travail sur le calendrier, la localisation et le marché et partenaires locaux". D'ici là, Vinexpo Explorer, la filiale itinérante, poursuivra ses pérégrinations en France et à l'international après l'Autriche, la Californie et prochainement le Beaujolais. A l'inverse, Vinexpo Tokyo, déjà décalé de 2018 à 2019, n'est plus d'actualité : "Nous n'avons pas trouvé la bonne formule pour le moment. Il n'y a donc rien à annoncer", indique Rodolphe Lameyse.

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