Darwin quitte la médiation judiciaire avec Bordeaux Métropole Aménagement

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Les structures utilisatrices de Darwin et Bordeaux Métropole Aménagement s'opposent depuis des mois autour de l'urbanisation du quartier
Les structures utilisatrices de Darwin et Bordeaux Métropole Aménagement s'opposent depuis des mois autour de l'urbanisation du quartier (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Les organisations de l'écosystème Darwin, en lutte contre Bordeaux Métropole Aménagement, viennent de signifier leur sortie de la médiation judiciaire décidée fin octobre 2018 au tribunal. Le conflit ne semble pas prêt de s'éteindre sur la rive droite, où la bataille fait rage sur fond d'aménagement de la ZAC Bastide-Niel. Les parties seront de retour devant le tribunal le 6 mai, BMA demandant l'expulsion des abords des hangars et de l'allée cavalière.

* article réactualisé à 17h11 avec la réaction officielle de Bordeaux Métropole Aménagement *

L'information est tombée à travers un communiqué publié mercredi soir sur la page Facebook de l'écosystème Darwin :

"Les organisations de Darwin, fédérées à la caserne Niel, ont décidé de signifier vendredi 22 mars 2019 leur sortie de la médiation judiciaire qui avait été ordonnée le 29 octobre 2018. Nous avons été amenés à constater que la médiation n'arrivait pas à prospérer ni ne nous laisser espérer une solution globale à ce qui nous oppose au consortium d'aménagement Bastide-Niel. En effet en dépit de la procédure en cours, nous ne pouvons que constater que continue la politique du fait accompli qui consiste en l'avancement à marche forcée de travaux contestés et inutiles notamment sur la rue centrale principal accès à la Caserne."

Depuis des mois, un conflit très vif oppose Bordeaux Métropole Aménagement à l'écosystème Darwin. Le premier belligérant est la structure responsable de l'aménagement du quartier Bastide-Niel, vaste opération urbaine prévoyant la construction de 3.400 logements, qui enserre le second, lieu qualifié d'alternatif et d'écolo, poussé sur la rive droite de Bordeaux en quelques années de manière plus ou moins anarchique. Darwin est aujourd'hui le 2e site le plus visité de Bordeaux après le Miroir d'eau et accueille des activités économiques, associatives, sportives... tout en défendant fortement les thématiques environnementales.

Estimant que le lieu a prouvé sa capacité de résilience et son ancrage dans le réel, ses fondateurs ont toujours revendiqué un développement au fil de l'eau en profitant du relatif flou autour de la propriété et de l'usage d'une partie des terrains, notamment des hangars. Une manière de procéder difficilement compatible avec les méthodes de Bordeaux Métropole Aménagement. Alain Juppé, alors maire de Bordeaux, n'a pas réussi à régler le conflit, qui a fini en justice. Le 29 octobre dernier, le tribunal de grande instance décidait la mise en place d'une médiation entre les deux parties. Sans succès donc puisque les Darwiniens ont décidé de la quitter.

Lire aussi : Ecosystème Darwin à Bordeaux : mettre des parcelles dans la médiation judiciaire

"Nous avons toujours affirmé vouloir rechercher une solution globale incluant non seulement la question des travaux sur cette rue centrale, la question d'un droit d'usage et de passage sur cette voie de desserte indispensable, mais aussi la pérennisation des occupations de la Ferme Niel, du lycée Edgar Morin et des hangars associatifs (skate-park, Emmaüs, etc.). Nous avons également souhaité la participation de la puissance publique à ce processus de médiation, c'était le bon sens le plus absolu, mais l'une comme l'autre de ces propositions ont été refusées. De surcroit, des évènements récents sont venu accentuer les craintes que nous nourrissions sur la bonne volonté de Bordeaux Métropole Aménagement de rechercher un accord global et équilibré », liste le communiqué. Précisant plus loin :

"Ainsi, la tenue, jeudi 14 mars 2019, au centre d'architecture et d'urbanisme de la Ville de Bordeaux d'une conférence et d'une exposition, réunissant l'architecte urbaniste de la ZAC Bastide Niel et le directeur général de Bordeaux Métropole Aménagement a été la démonstration de leur volonté de maintenir le programme de travaux sans aucune prise en compte des réalités de notre écosystème, qu'il s'agisse des hangars associatifs ou même des Magasins Généreux dont le projet, validé par deux permis de construire et propriété de Darwin, a pourtant été remis en cause. Les hangars associatifs ont également été présentés avec projet de parking et de promotion, en contradiction avec les décisions mêmes de la collectivité."

"Un déni de réalité en pleine période de médiation"

Les Darwiniens font ici référence à une exposition tenue au centre d'architecture Arc en Rêve et à deux "casus beli" : les travaux sur l'allée cavalière qui dessert Darwin, et l'utilisation des hangars. Les utilisateurs du lieu craignent que les travaux auxquels compte procéder Bordeaux Métropole Aménagement sur cette voie, à ce jour la seule qui dessert le lieu, asphyxient l'écosystème. Quant aux hangars, ils sont au cœur d'un mic-mac : occupés par un skate-parc, par un dépôt d'Emmaüs... en vertu d'autorisations d'occupation temporaire aujourd'hui échues, ils appartiennent à Bordeaux Métropole Aménagement. Alain Juppé avait proposé de les racheter pour trois millions d'euros et de les revendre à la société Evolution, fondatrice de Darwin, voire de les mettre à disposition via un bail emphytéotique.

"Lors de cette exposition, BMA a nié notre réalité et notre propriété, réagit Philippe Barre, cofondateur d'Evolution et figure de proue de Darwin. Tant sur le bâtiment des Magasins généreux, qui appartiennent à Evolution depuis que nous avons gagné l'appel d'offre en 2014, que sur les hangars occupés par les associations, BMA a fait figurer des bâtiments de la ZAC selon son projet initial. C'est un déni de réalité en pleine période de médiation. Aujourd'hui, nous quittons la médiation pour retrouver notre liberté de parole et engager un dialogue avec le nouveau maire de Bordeaux."

De retour devant la justice le 6 mai

Président de la Métropole, Patrick Bobet a déjà tenu un discours de fermeté, se positionnant pour l'application stricte des décisions prises préalablement. Les Darwiniens espèrent pouvoir traiter le sujet directement avec Nicolas Florian, nouveau maire de Bordeaux, espérant que le départ d'Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel permette de rebattre les cartes :

"On peut s'imaginer un retour à la case départ, mais ce n'est pas la même case départ, poursuit Philippe Barre. Alain Juppé, sans qui je l'ai dit et redit Darwin n'aurait pas pu prendre cette forme aujourd'hui, s'était crispé et ne nous parlait plus directement depuis un an et demi. L'arrivée de nouvelles personnes dans le dossier, c'est "balles neuves" comme on dit au tennis. Nous en appelons au nouveau maire Nicolas Florian, qui a eu des propos qui nous laissent de l'espoir. Il va de toute façon falloir qu'il apporte des réponses concrètes en période pré-électorale. Dans le même temps, Alain Juppé était un rempart qui ne laissait pas tout passer à BMA..."

Philippe Barre rappelle au passage que le conflit porte sur un espace de deux hectares seulement sur les 35 que compte le projet de ZAC, que les promoteurs investisseurs pourraient bien craindre la persistance et les conséquences de la bagarre sur le terrain judiciaire. Il en profite pour livrer sa version des faits au sujet des hangars et de l'allée cavalière :

"Contrairement à ce que nous avons pu lire ici ou là, nous n'avons pas répondu négativement à la proposition d'Alain Juppé concernant les hangars. Au contraire ! Nous lui avons écrit officiellement pour l'accepter et je tiens une copie du courrier à disposition si nécessaire. Mais il ne s'agit que d'une proposition orale d'Alain Juppé. Mais à ce jour, nous n'avons toujours reçu aucune proposition écrite et chiffrée concrète. Et même si les élus ont voté l'acquisition de ces terrains, ils n'ont pour l'heure pas été rachetés par la collectivité. De notre côté nous demandons la mise en place de baux précaires, le temps que la situation soit régularisée."

Philippe Barre annonce également que les parties se retrouveront le 6 mai devant la justice, BMA demandant l'expulsion des abords des hangars et des installations de l'allée cavalière. Il précise également que les structures fédérées autour de Darwin "sont en train de préparer des réponses judiciaires et administratives adéquates". Ce qui ressemble furieusement à une contre-attaque.

La réaction de Bordeaux Métropole Aménagement

De son côté Bordeaux Métropole Aménagement a réagi, lui aussi par voie de communiqué, mercredi en fin de journée. L'aménageur "regrette vivement la décision unilatérale des représentants de Darwin de mettre fin à la médiation et son annonce par communiqué le 26 mars 2019. Il rappelle que la SAS d'Aménagement Bastide Niel est à l'origine de la médiation et qu'il a toujours souhaité une issue positive, pour la SAS d'Aménagement Bastide Niel comme pour Darwin. La médiation portait sur la question précise des travaux limités à la partie ouest des voies de la caserne occupées sans droit ni titre par Darwin. Il va de soi, qu'elle ne faisait pas obstacle à la poursuite des travaux d'aménagement sur le reste des 35 hectares de la ZAC. Ce coup d'arrêt brutal de la médiation témoigne de l'attitude de blocage des représentants de Darwin alors même que cette procédure était destinée à trouver une solution constructive sous l'égide de la médiatrice désignée par le tribunal."

L'aménageur, plus loin, "conteste vigoureusement les arguments avancés par les représentants de Darwin sur les raisons qui les auraient conduits à mettre un terme à la médiation. Il regrette le rejet des propositions concrètes et constructives qui ont été avancées par la SAS d'Aménagement Bastide Niel. Le dossier de réalisation de la ZAC Bastide Niel qui fixe le programme des travaux de cette opération a été voté à l'unanimité des élus de la Métropole, le 25 mars 2016. Il est incompréhensible que des intérêts particuliers s'y opposent et empêchent l'ouverture de futures voies publiques. Comme l'ont évoqué le maire de Bordeaux et le président de la Métropole, le droit doit maintenant être appliqué, dans l'intérêt général. Les Bordelais attendent depuis déjà trop longtemps que les projets ambitieux en termes d'habitat, de logements sociaux, d'écoles, de commerces et d'infrastructures du quartier Bastide Niel votés démocratiquement voient le jour."

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