Ecosystème Darwin : la médiation judiciaire va-t-elle favoriser les négociations ?

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Maître Bourdon, l'avocat de Darwin, à côté de Philippe Barre à la sortie de l'audience hier lundi.
Maître Bourdon, l'avocat de Darwin, à côté de Philippe Barre à la sortie de l'audience hier lundi. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Les engins de chantier au service de Bordeaux Métropole Aménagement (BMA) et de la construction de la ZAC Bastide Niel n’ont pas pénétré ce mardi matin dans l’enceinte de l’écosystème Darwin comme le craignaient les utilisateurs du site. L'avocat de Darwin, Me William Bourdon, a fait de l'entrée des engins de travaux dans l'écosystème un casus belli.

C'est le résultat imprévisible de l'audience qui s'est tenue hier lundi au tribunal de grande instance de Bordeaux, suite aux plaintes déposées par la SAS Bastide Niel en particulier à l'encontre du groupe Evolution, cheville ouvrière de l'écosystème Darwin, et de l'association Nature et potager en ville. L'avocat de la SAS Bastide Niel, maître Bernard Lasserre, qui se réjouissait à l'avance de pouvoir plaider pour une assignation déposée le 15 août dernier et qui a connu de multiples renvois, n'a pourtant pas fait de difficulté quand le juge a observé que des demandes de médiation avaient été faites par les deux parties.

Me Bernard Lasserre a rappelé que le programme de la ZAC Bastide Niel prévoit la construction de 3.400 logements "relevant d'un système écologique, puisqu'il s'agit d'un écoquartier", mais aussi de deux écoles. Un quartier où, selon Me Lasserre, "l'habitat social va représenter 55 % des 3.400 logements et lorsque l'on connaît les difficultés qu'éprouvent les étudiants à se loger à Bordeaux, il est facile de comprendre que ce nouveau quartier est une nécessité" a déroulé en substance le défenseur de la SAS Bastide Niel. Qui a tout de même souligné que la SAS Bastide Niel ne demande que "la libération des parcelles à l'air libre", ce qui exclurait a-priori de la procédure les deux hangars du skate-park et du dépôt d'Emmaüs.

L'adoption de la médiation met fin au débat

Bien que l'affaire n'ait pas été plaidée, le conseil du groupe Evolution, Me William Bourdon, qui était spécialement venu de Paris pour cette affaire, s'est de son côté félicité de l'annonce de Me Bernard Lasserre, observant qu'il avait réduit la voilure de ses revendications territoriales. Bernard Taillebot, le magistrat en charge de l'audience, qui est aussi le premier vice-président du tribunal de grande instance de Bordeaux, a soudain relevé que les deux parties étaient d'accord pour entamer une procédure de médiation judiciaire.

Après avoir rappelé que cette procédure implique "de rechercher une solution hors de l'instance judiciaire" le magistrat a sondé les avocats pour savoir s'il y avait ou non un obstacle à la mise en place de cette procédure. Finalement les deux parties sont tombées d'accord pour dire que rien ne s'y opposait. "Si tout le monde est d'accord sur la médiation, le débat s'arrête" a tranché le magistrat. Malgré les effets apaisants de la décision prise par le juge et des interventions des avocats, la tension est remontée de quelques crans à l'extérieur de la salle d'audience.

Darwin Gerasimo

Pascal Gerasimo à sa sortie de l'audience d'hier lundi (photo Jean-Philippe Déjean)

Pascal Gérasimo défend la méthode

"La médiation, nous l'avons proposée pour sortir du blocage, car nous ne sommes jamais reconnus comme des interlocuteurs valables par Philippe Barre et Darwin. Et puis, contrairement à ce qui a pu être écrit, nous avons fait des travaux rue Niel, sur une cinquantaine de mètres depuis le branchement sur le quai jusqu'à la hauteur du jardin. C'est ce qui va permettre de viabiliser. L'allée cavalière à Darwin, nous avons besoin d'y intervenir pour assurer la canalisation des eaux pluviales. Pour les problèmes de sécurité, il y aura un accès rue Niel" explique en substance Pascal Gérasimo, directeur général de BMA et bête noire des Darwiniens, qui dit en avoir assez de jouer le rôle du méchant.

A quelques mètres de là, l'avocat William Bourdon débriefe l'audience. Estimant que BMA a tout d'abord essayé de passer en force sur le dossier des deux hangars (skate-park, dépôt Emmaüs), il relève que l'aménageur a ensuite demandé une médiation. "Nous sommes satisfaits de cette médiation... La sagesse et la raison l'ont emporté aujourd'hui. Cela ne réduit en rien l'ampleur de la menace. Les travaux sur l'allée cavalière seraient une source d'asphyxie pour Darwin" a éclairé en substance l'avocat, avant d'avertir qu'il ne fallait pas laisser passer "cette narration faite par BMA : forcer l'entrée de Darwin serait un casus belli" a averti Me William Bourdon.

Le TGI recherche un médiateur expérimenté

Philippe Barre, qui était accompagné d'un groupe de supporteurs de l'écosystème Darwin, a lui aussi pris la parole.

"La ligne de l'accusation, on sentait que ça ne tiendrait pas, a estimé le patron du groupe Evolution et cofondateur de l'écosystème Darwin. Je suis ravi qu'il y ait eu cette mise en exergue des enjeux. Le magistrat, a-t-il poursuivi, a saisi la complexité du dossier sur ce qui était devenu à un moment donné une mascarade. Nous ne nous laisserons pas asphyxier par ce rouleau compresseur qui devait attaquer l'allée cavalière ce mardi matin et qui est suspendu".

Le magistrat, comme il l'a souligné lui-même, va devoir trouver un médiateur à la hauteur du dossier, qui normalement sera connu le 29 octobre. La procédure de médiation judiciaire devrait mettre trois mois pour arriver à terme. Hier en conseil municipal le maire de Bordeaux, Alain Juppé, s'est élevé contre la stratégie des Darwiniens, qu'il a accusé de refuser toute forme de négociation. A Paris une pétition en faveur de l'écosystème Darwin signée par une centaine de personnalités a été publiée dans les colonnes du quotidien Le Monde. Tandis qu'à Bordeaux la tentation de faire, malgré tous ses apports positifs, de l'écosystème Darwin le produit de l'activisme d'un groupe de jeunes gens gâtés, n'a pas disparu.

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