Comment les trottinettes électriques Wind veulent s'ancrer à Bordeaux

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Wind propose à ses utilisateurs une flotte de trottinettes électriques en libre service, sans borne.
Wind propose à ses utilisateurs une flotte de trottinettes électriques en libre service, sans borne. (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Avec "plusieurs dizaines de milliers de courses réalisées et des milliers de Bordelais utilisateurs" depuis son arrivée, le loueur de trottinettes électriques en libre-service Wind s'est ancré en quelques mois dans le paysage bordelais. D'autant plus que le départ de son concurrent Lime l'a laissé seul en piste. Son city manager à Bordeaux, Mathieu Balleron, évoque pour La Tribune la stratégie de long terme de l'entreprise allemande ainsi que son déploiement local, et aborde la question de la réglementation.

"Notre flotte existante marche bien à Bordeaux et on s'est installé en complémentarité des acteurs existants de la mobilité." Mathieu Balleron a le sourire : l'acteur de la micro-mobilité allemand Wind enregistre des résultats jugés satisfaisants dans la cité bordelaise, où il dirige les opérations. Wind, à l'instar d'autres acteurs, propose à ceux qui téléchargent son application de géolocaliser la trottinette électrique la plus proche de soi, en accès libre déposée dans la rue. Il suffit pour l'utilisateur de se rendre au point sur la carte, de débloquer l'engin en scannant le code grâce à son smartphone, avant de pouvoir démarrer. Une fois la course terminée, dans le périmètre autorisé par Wind, l'utilisateur peut laisser la trottinette sur la voie publique, tant qu'elle ne gêne pas.

Ce système dit du free-floating a aiguisé beaucoup d'appétits et a réellement émergé en France l'an dernier, sous l'influence de l'Américain Lime notamment. Lime qui s'est installé sans crier gare à Bordeaux pendant un mois et demi, avant d'en repartir tout aussi brutalement. Wind est arrivée sensiblement au même moment, avec une flotte réduite d'une trentaine de trottinettes qu'elle a depuis étoffée. Combien exactement ? Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, impossible d'avoir des chiffres précis tant les acteurs rechignent à communiquer. Essentiellement pour deux raisons : le marché est ultra-concurrentiel et le vide juridique qui dans les faits, n'encadre pas cette activité, demande de la prudence vis-à-vis de collectivités locales bien démunies au moment de se saisir du phénomène.

"Bordeaux est faite pour la micro-mobilité, affirme pour sa part Mathieu Balleron. Il suffit de regarder le nombre de voitures par foyer, de mettre en regard les places de parkings disponibles et leurs tarifs... Au-delà de ça il y a une appétence pour la mobilité douce, peu de dénivelé, beaucoup de bouchons, des zones mal desservies par les transports en communs... C'est pour cela que nous avons choisi Bordeaux pour nous déployer après Paris, et avant Lyon où nous avons démarré notre activité la semaine dernière."

Partir de bas pour étoffer progressivement

Là où ses concurrents américains mettent les moyens pour déployer des flottes conséquentes et cherchent à aller le plus vite possible, Wind semble vouloir creuser un autre sillon, plus "européen-compatible" pour résumer :

"Il est essentiel pour nous de comprendre chaque ville où l'on s'installe, avec une présence physique constante via nos city managers, poursuit Mathieu Balleron. L'objectif n'est pas de saturer le marché en déployant des flottes de trottinettes trop importantes, mais de partir de bas et d'augmenter leur nombre progressivement, en maximisant leur taux d'utilisation. Comme à Bordeaux, nous maintenons un canal de dialogue permanent avec les autorités locales, c'est le meilleur outil pour travailler dans la concorde."

Une stratégie qui est moins gourmande en cash car contrairement à des acteurs tels qu'Uber qui n'est qu'un intermédiaire et qui ne possède aucun véhicule, Wind comme les autres acteurs du free floating est propriétaire des engins électriques qui parsèment dans les rues, qu'elle doit donc acheter.

La société allemande dit également se focaliser sur un modèle économique différenciant. Là où d'autres ont basé une partie, voire l'essentiel, de leurs rentrées d'argent sur la vente des données collectées sur leurs utilisateurs, Wind avance qu'elle collecte "le moins de données possibles. Nous nous devons d'être totalement transparents envers nos usagers et en conformité avec les normes européennes GDPR (le réglement européen pour la protection des données personnelles, NDLR). La meilleure manière pour ne pas éveiller de soupçon c'est de ne collecter que les données nécessaires à l'utilisation de notre service."

S'installer nécessite de nouer des liens avec les acteurs locaux de tous types, notamment avec le tissu associatif. Une démarche pro-active entreprise par Wind "pour apprendre, déjà, pour s'intégrer et comprendre les problématiques des usagers et des associations, et pour les intégrer ensuite dans notre manière d'opérer localement". Mathieu Balleron précise par ailleurs que "le dialogue a toujours été constant avec Bordeaux Métropole" et revendique "une logique de long terme".

Sur la façade Atlantique cet été ?

Sept mois après l'ouverture à Bordeaux de son service de vélos en free floating, Indigo Weel expliquait à La Tribune que sur les 2.000 cycles déployés, un sur deux avait été volé. Sur le millier restant, la moitié avait été dégradée et avait pris la direction de l'atelier de réparation. Mathieu Balleron n'élude pas la question de la casse et du vol des trottinettes, sans pour autant chiffrer ces méfaits. Le city manager ne peut que les déplorer et miser sur la prévention et la pédagogie. "Si on va trop vite dans notre déploiement de flotte, on risque de multiplier ces problèmes. Nous préférons y aller progressivement pour garder le contrôle." Une stratégie de croissance relativement patiente au regard de la concurrence là encore, résolument plus cafard (ces entreprises de taille modeste mais qui résistent à tout) que licornes (startups géantes non cotées valorisés plus d'un milliard de dollars, à la trajectoire bien souvent météorique). "On n'a aucun intérêt à lever 200 millions d'euros si dans deux ans on n'existe plus", complète Mathieu Balleron.

Le city manager bordelais voit le marché se concentrer et estime que "pour les opérateurs de la micro-mobilité, tout l'enjeu va être de créer des barrières à l'entrée du marché en continuant à innover. Je pense que le hardware va beaucoup évoluer et que l'on verra à court ou moyen terme de nouveaux types de trottinettes, par exemple des trois roues, ou des deux places, il suffit de regarder l'utilisation que les gens en font pour en déduire les évolutions futures." Difficile dans tous les cas de se hasarder à faire de la prospective lorsque l'on parle d'un marché qui n'existait pas il y a cinq ans. Seule certitude : il y aura forcément de la concentration. On prête déjà l'intention à Uber de racheter Lime pour se diversifier et développer des synergies, ou son principal concurrent Bird.

Basé à Barcelone, Wind est aujourd'hui active en Allemagne, son berceau, en France donc, en Espagne, au Portugal, en Autriche et en Israël. Côté Hexagone, l'ouverture du service dans d'autres villes est envisagée. Côté Bordeaux, "Wind a vocation à couvrir les zones très denses" de façon à rester sur des flottes de taille raisonnable et à maximiser la fréquence d'utilisation. Autrement dit, le territoire intra-rocades de la métropole. Mais la société pourrait aussi s'intéresser à d'autres zones girondines de manière ponctuelle. Mathieu Balleron ne peut pas en dire plus sur le moment mais il ne serait pas étonnant de voir des trottinettes électriques Wind débarquer lors de la période estivale sur la façade Atlantique.

En revanche, la stratégie BtoB, avec la mise à disposition de flottes de trottinettes électriques au bénéfice d'entreprises et de leurs salariés, devra attendre même si Wind s'y intéresse fortement : "On s'intéresse au BtoB mais on n'investira pas ce champ tant que l'on n'aura pas davantage de visibilité." Les particuliers bordelais qui avaient largement crédités leur compte Lime avant le retrait express de l'opérateur, et qui se retrouve avec des sommes qu'ils ne peuvent pas dépenser à Bordeaux, n'en décolèrent toujours pas... Mathieu Balleron pointe là un point qui handicape fortement tout développement à plus grande échelle du marché : le flou artistique qui dans les faits, n'encadre pas l'activité. La Loi Orientations Mobilités d'Elisabeth Borne était très attendue mais au final elle se contente de définir l'objet trottinette électrique, laissant toutes latitudes aux collectivités pour se positionner... sans leur donner d'outils juridique et techniques. Dans les faits toujours, les collectivités n'ont pas de possibilité juridiquement solide d'interdire à un opérateur de ce type de déployer son service dans l'espace public.

"Ce que nous souhaitons chez Wind, c'est que le gouvernement incite les métropoles à réguler l'activité rapidement, pour que les marchés puissent s'ouvrir dans les prochains mois. Même s'il semble que juridiquement ce ne soit pas vraiment possible, la mise en place de licences pour opérer serait idéale pour éviter la multiplication d'acteurs opportunistes qui n'auraient ni l'expérience ni l'infrastructure pour garantir un service de qualité", ajoute Mathieu Balleron.

Mais pour que le sujet évolue, il faudra encore probablement faire preuve de patience.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2019 à 15:49 :
Ils n'ont pas tord de commencer par une flotte relativement restreinte, d'autant que les modèles actuels (il me semble qu'ils ont des ninebot) ne sont en fait pas du tout adaptés au free floating du fait de leur autonomie.
Vaut mieux attendre les prochaine générations plus endurantes (30km devrait être un minimum). Il me semble d'ailleurs que Ninebot a un prochain modèle spécialement étudier pour les loueurs de flottes.

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