Immersion : la réalité virtuelle de Martillac à Singapour

 |   |  1177  mots
Christophe Chartier, le PDG d'Immersion, était l'invité du Petit déjeuner La Tribune Bordeaux / Crédit agricole d'Aquitaine, jeudi 14 décembre.
Christophe Chartier, le PDG d'Immersion, était l'invité du Petit déjeuner La Tribune Bordeaux / Crédit agricole d'Aquitaine, jeudi 14 décembre. (Crédits : Agence APPA)
Déploiement en Asie et aux Etats-Unis, développement des solutions collaboratives et démarchage des entreprises intermédiaires : c'est l'ambitieux programme de la PME bordelaise Immersion. Son PDG, Christophe Chartier, qui vient d'être élu au bureau de French Tech Bordeaux, revient sur l'histoire de cette société pionnière de la réalité virtuelle créée il y a déjà 23 ans.

Christophe Chartier, PDG de la société bordelaise Immersion, pionnière de la réalité virtuelle, était l'invité du Petit déjeuner de La Tribune Bordeaux, organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine au Village by CA, jeudi 14 décembre. A 50 ans, ce dirigeant originaire de Niort et titulaire d'une formation électrotechnique, interrogé par Jean-Philippe Déjean, journaliste à La Tribune Bordeaux, est revenu sur le contexte de la création de l'entreprise en avril 1994 au Technopole Bordeaux Montesquieu, à Martillac :

"Internet n'existait pas encore sous sa forme actuelle mais la réalité virtuelle était déjà une technologie relativement ancienne, créée dans les 1950 aux Etats-Unis autour de la Nasa. Je suis tombé sur un livre "La réalité virtuelle" publié en décembre 1993 par deux chercheurs, l'américain Grigore Burdea et le Français Philippe Coiffet. Cet ouvrage a servi de déclencheur à ma volonté de me mettre à mon compte et de me lancer dans cet univers !"

23 ans plus tard, l'entreprise compte 47 salariés pour 8 M€ de chiffre d'affaires dont 10% à l'export. Un chemin parsemé de moments clefs qui ont marqué le développement de l'entreprise dans la réalité virtuelle. Une technologie que Christophe Chartier décrit comme "une simulation 3D digitale dans laquelle une personne est plongée via des écrans et des capteurs, elle est immergée dans un environnement virtuel avec lequel elle peut interagir."

Les premières années

L'entreprise installée au milieu des vignes à Martillac part à la conquête de ses futurs clients. "On n'avait pas d'étude de marché à présenter aux banques parce qu'il n'y avait pas encore de marché. La simple ouverture d'un compte a été très compliquée ! Il fallait d'abord être identifié auprès des acteurs du secteur. On a donc beaucoup prospecté : 70.000 km parcourus la première année !", se remémore Christophe Chartier, qui propose, dès 1995, à Toulouse un simulateur de jeu de boxe en réalité virtuelle. Les premiers clients seront finalement des centres de recherche publics et privés qui voient "l'intérêt de tester nos solutions et d'en imaginer avec nous les potentialités bien au-delà du jeu-vidéo".

Problème : cette cible des chercheurs et des industriels implique "des exigences très élevées et, donc, des coûts très élevés", de quoi poser de sérieux enjeux de trésorerie. "On a heureusement pu compter sur des clients intelligents qui sont très vite devenus des partenaires avec lesquels on a débroussaillé la réalité virtuelle. Le groupe PSA, en particulier, nous a soutenus sur la trésorerie via des paiements comptants ou des avances", témoigne le PDG. C'est d'ailleurs avec la Citroën Xsara Picasso qu'Immersion décroche son premier gros contrat de 6 MF en 1998/1999 avec un outil permettant de visualiser le véhicule en réalité virtuelle.

Christophe Chartier, PDG d'Immersion

De la réalité virtuelle à la réalité mixte

Forte de ces premiers succès, Immersion grandit et s'installe en 1999 à Bordeaux Bastide, où elle est toujours aujourd'hui. Un changement pas seulement géographique puisqu'il coïncide avec une évolution stratégique du négoce de matériels vers la case recherche qui se concrétise de plusieurs manières. Des appels d'offres européens, qui apportent des financements ; la rencontre avec Pascal Guitton, le pilote du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), qui apporte son réseau et ses savoir-faire ; et le succès dans un appel d'offres de l'armée de l'Air à Mont-de-Marsan (Landes) sur une tour de contrôle en réalité virtuelle en 2003.

"Cela a été un point de bascule pour l'entreprise qui a permis de surmonter une période difficile tant professionnellement que personnellement. Pour répondre à ces appels d'offres, j'ai eu recours à un consultant qui nous a permis de passer un cap en termes de structuration, de recrutements, de normes ISO, d'équipe de recherche et d'offres sur mesure", témoigne Christophe Chartier.

A la fin des années 2000, Immersion s'oriente alors résolument vers les logiciels, notamment collaboratifs. "On a été pendant 15 ans ancré sur la vente de matériel mais sans application, ça ne sert à rien. On a donc préféré fédérer des acteurs autour de nous pour relever ces défis technologiques", explique le PDG. Le résultat viendra quelques années plus tard sous la forme d'écrans 3D collaboratifs et de maquettes numériques qui dépassent l'aspect solitaire des casques. "Quand on est plongé dans une réalité virtuelle, on est seul. Il fallait casser cela pour aller vers le collaboratif, y compris à distance", poursuit Christophe Chartier.

Désillusions et nouveaux produits

Les nouveaux produits phares d'Immersion deviennent alors des tables tactiles collaboratives de gestion de crise pour le secteur public ou privé, des maquettes d'aspect en 3D, des salles de réalité virtuelle et mixte, des solutions de réalité mixte à distance. Les lunettes virtuelles HoloLens de Microsoft permettent des progrès spectaculaires de superposition d'éléments 3D sur la réalité. De quoi proposer des solutions de réalité augmentée à des industriels à l'instar de l'outil développé avec Renault Trucks.

Pour autant, l'exercice 2016 a été très compliqué pour Immersion qui a connu une chute d'un tiers de son chiffre d'affaires avant de rebondir :

"Cela a été une période compliquée, une période de peur et d'enjeux importants. On est entrés en bourse. On a perdu beaucoup d'argent. On s'est pris une claque qu'on avait pas anticipé avec à la fois le ralentissement de l'investissement des grands groupes et la division par 10 ou 20 des coûts de la réalité virtuelle qui a chamboulé le marché. Des gens sont partis, des gens sont arrivés, ça a été difficile mais l'équipe a continué à y croire. C'est ce qui nous a sauvé."

Le virage de l'export et des PME

La situation s'est redressée en 2017 et Immersion voit désormais grand pour 2018. D'une part, l'ouverture de deux bureaux à Singapour et aux Etats-Unis. "Nous avons rencontré Microsoft début 2017 pour travailler sur HoloLens et on s'est rendu compte qu'ils ne ciblaient pas les usages industriels. Ça nous a donné des idées", sourit Christophe Chartier, qui ajoute que les logiciels s'exportent plus aisément que les matériels du point de vue du SAV et de la maintenance. Immersion procèdera à une levée de fonds en 2018 pour financer cet essor international.

L'autre axe de développement est le marché des PME et ETI, notamment via une convention signée avec la Fédération française de la carrosserie en mai dernier. "Nous voulons aller vers ces entreprises avec une offre de diagnostic sur mesure en 48h, autour de 5.000 €. Le but est de leur montrer les avantages des outils de réalité virtuelle et mixte pour améliorer leurs process, notamment la supply chain", détaille le PDG. Enfin, il prévoit également de renforcer ses équipes de recherches en particulier sur les sciences cognitives et le design des produits dans le but de "toujours faciliter davantage les usages des clients".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :