Le constructeur naval CNB-Lagoon prévoit 150 embauches à Bordeaux

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Yann Masselot, directeur général adjoint de CNB-Lagoon.
Yann Masselot, directeur général adjoint de CNB-Lagoon. (Crédits : APPA)
Dirigeant de CNB-Lagoon, le leader mondial de la construction de catamarans, Yann Masselot peut s'appuyer sur une croissance à deux chiffres pour bâtir l'avenir. Avec 230 M€ de chiffre d'affaires, l'entreprise prévoit ainsi 150 nouveaux recrutements à Bordeaux pour accompagner une hausse de 40% de sa capacité de production. Objectif : sortir 700 navires par an à Bordeaux et en Vendée. Yann Masselot se montre par ailleurs très sceptique sur le projet de refit de yachts aux Bassins à flot.

Directeur-général adjoint du constructeur CNB-Lagoon (groupe Bénéteau), Yann Masselot était l'invité du Petit déjeuner de La Tribune Bordeaux, organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine au Village by CA, mardi 21 novembre. Voici les principaux points abordés par le dirigeant lors de son interview menée par Jean-Philippe Déjean, journaliste de La Tribune Bordeaux.

Implantation historique à Bordeaux et en Vendée

Arrivé en 1997 dans une entreprise qui comptait alors 70 salariés, Yann Masselot est désormais, à 48 ans, directeur général adjoint d'une entreprise prospère qui emploie un millier de personnes à Bordeaux et en Vendée. En 20 ans, la société CNB-Lagoon est en effet devenue le leader mondial de la construction de catamarans et affiche en 2017 un chiffre d'affaires de 230 M€. L'entreprise, filiale à 100 % du groupe Bénéteau, est implantée à Bordeaux, rive droite, et possède également une usine historique à Belleville-sur-Vie (Vendée) où 500 salariés produisent chaque année environ 400 catamarans de 11,5 à 14 m de long.

Créée en 1987 par Dieter Gust, un ancien footballeur professionnel allemand et passionné de voile, CNB (Construction navale Bordeaux) s'est lancée, avec l'appui de la mairie de Bordeaux et du Conseil général, sur un site historique de construction navale à l'abandon depuis 1981. Au début des années 1990, l'entreprise est à la recherche d'un partenaire financier solide et est rachetée à 51 % par le groupe vendéen Bénéteau qui prendra la totalité du capital en 1997 afin de constituer un groupe de référence dans l'activité de navires de plaisance haut de gamme en liant CNB au constructeur de référence Lagoon.

Un leader mondial tourné vers l'export

Pour décrire la situation actuelle de CNB-Lagoon sur le marché mondial, les chiffres parlent d'eux-mêmes : forte d'une croissance annuelle de 15 à 20 % ces dernières années, l'entreprise bordelaise produit un gros tiers des 1.200 catamarans mis sur le marché mondial chaque année. Une production à 90 % destinée à l'export dans 55 pays sur les cinq continents.

Avec 56 % du total, le chiffre d'affaires des bateaux moteur vient de dépasser celui des voiliers en lien avec un marché du moteur huit fois plus important que celui de la voile. Les Etats-Unis représentent 45 % du marché moteur mondial si bien que CNB-Lagoon réalise désormais près de 35 % de son chiffre d'affaires en Amérique du Nord. Le premier marché reste néanmoins l'Europe (plus de 35 %) tandis que l'Asie pèse 15 %.

Un outil de production sans équivalent

"A Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée, nous produisons 400 catamarans par an. Personne au monde n'est capable de tenir un rythme comparable. Cette capacité de production, avec des lignes en série, nous permet de proposer un rapport qualité-prix unique sur le marché", se félicite Yann Masselot, le directeur général adjoint.

Le site bordelais, qui s'étend sur 10,5 ha dont 56.000 m2 couverts, est lui centré sur les plus grands navires : les catamarans de 15 à 24 m et les grands monocoques. La production annuelle atteint une centaine d'unités. "Le fait d'être au bord de l'eau est un critère essentiel pour nous, d'autant que la Garonne est suffisamment profonde, explique Yann Masselot. La seule contrainte est la hauteur du pont d'Aquitaine et des câbles à haute-tension à Bassens qui limitent la hauteur de nos mâts à 50 m et donc celle nos navires à 40 m." A ce jour, le plus grand navire monocoque construit à Bordeaux atteint 37 m de long (117 pieds)

A terre, le dernier bâtiment livré l'an dernier affiche des mensurations titanesques : 20 m de haut pour 120 de long et 35 de large. "Cela doit nous permettre de produire en série de très grands bateaux. C'est un outil quasi-unique dans le monde", précise le dirigeant. L'implantation bordelaise contient également une cale sèche abandonnée depuis le XIXe siècle dont la remise en service nécessiterait 7 M€ de travaux. "Vu le coût, on envisage plutôt de la couvrir ce qui nous permettrait de gagner entre 8.000 et 10.000 m2 supplémentaires. Ensuite, d'ici 4 à 5 ans, il faudra que nous réfléchissions sur les moyens de nous agrandir sur un autre site", indique Yann Masselot.

Produire en série : la clef du succès

Mais il ne suffit pas de disposer des bons outils pour réussir. CNB-Lagoon a su investir au bon moment et, surtout, créer ses propres marchés, comme le relate Yann Masselot :

"En 2009, nous avons fait le choix de lancer la production en série du Lagoon 620 (18 m de long) avec seulement une liste d'options à la disposition du client. En créant ce marché qui n'existait pas, on a clairement raflé la mise puisqu'on a vendu 150 unités depuis. En 2016, on a donc lancé une ligne de production similaire pour un catamaran de 24 m de long à 4 M€ HT, contre un prix de l'ordre de 6 M€ pour un navire comparable mais conçu sur mesure. Le résultat est au rendez-vous : en quatre mois on a rempli nos carnets de commande pour quatre ans !"

De multiples corps de métiers

Sur la période 2015-2020, CNB-Lagoon investira 62 M€ dans ses usines et outils de productions et dans la R&D des nouveaux produits. De quoi rester en pointe sur les différents enjeux. "Notre bureau d'études compte 50 salariés dans les métiers du bois, aménagement d'intérieur, électricité, plomberie, mécanique, accastillage ou encore ingénierie des structures", liste Yann Masselot, qui se félicite de posséder le premier bureau à développer des bateaux en CAO (conception assistée par ordinateur) avec des outils similaires à ceux de l'industrie aéronautique et automobile. "Nos différents corps de métiers conçoivent et assemblent le bateau ensemble et en temps réel sur une maquette numérique. Les conflits d'usage sont ainsi détectés en amont du montage physique", détaille-t-il.

Autre point fort de la chaîne de production : l'atelier d'ébénisterie qui emploie 150 salariés et fonctionne en 3x8 grâce à des process numériques. "Pour notre approvisionnement en bois nous travaillons exclusivement avec les Italiens d'Alpi, le leader du bois reconstitué. C'est très bien d'un point de vue écologique, pour préserver les essences rares, et cela donne un bois plus résistant et qui bouge moins."

Un marché à nouveau porteur

Si l'entreprise se positionne sur un marché porteur ces dernières années, cela n'a pas toujours été le cas. Le tsunami de la crise financière de 2008 a frappé de plein fouet le marché du nautisme de plaisance, laissant nombre de ses concurrents au fond de l'eau, rappelle Yann Masselot :

"Avec la crise de 2008, le marché s'est effondré de moitié en quelques mois. Le groupe CNB-Bénéteau, qui n'était pas endetté et disposait d'une bonne trésorerie, a pris la décision de continuer à investir malgré tout. C'est une stratégie qui s'est avérée payante puisque nous sommes sortis archi leader quand le marché a repris, y compris sur les bateaux à moteur où nous sommes leader européen et 2e constructeur mondial."

Le beau temps est finalement revenu sur le marché des navires de plaisance à partir de 2015-2016 si bien que l'entreprise frôle désormais la surchauffe :

"On a parfois du mal à répondre à la demande. Pour tenir le rythme on recrute 150 collaborateurs par an mais on constate aussi que l'on grandit trop vite. On souhaite donc retrouver de la sérénité pour préserver la qualité de nos productions et l'efficacité de nos outils industriels."

150 recrutements à Bordeaux

Pour autant, CNB-Lagoon prévoit 150 nouveaux recrutements sur l'exercice 2017-2018 et confie avoir du mal à attirer suffisamment de candidats :

"Recruter c'est compliqué. Pour pourvoir trois postes en CDI, nos équipes RH doivent rencontrer 45 personnes. Je vous laisse imaginer pour 150 recrutements... Nous avons donc décidé d'installer deux sociétés d'intérim directement sur notre site à Bordeaux pour expliquer les enjeux de formation et de sécurité et repérer les recrues à qui proposer un CDI. Sur nos métiers, on pâtit d'une forte concurrence de l'aéronautique et du bâtiment. Pour faciliter l'installation de nos nouveau salariés, on réfléchit donc aussi à les aider à trouver un logement en leur proposant, par exemple, des systèmes de caution."

Face à la demande croissante, le constructeur sera ainsi contraint d'augmenter la cadence de production. Ses équipes y travaillent déjà :

"D'ici fin 2018, on vise une production de 2 bateaux par jour en Vendée (au lieu de 1,5 actuellement) et d'un bateau tous les deux jours à Bordeaux au lieu d'un tous les trois jours. On veut rester prudent quant à l'embellie actuelle mais l'idée est quand même de surperformer le marché. Au total, de 500 unités par an en 2016/2017, on espère passer à 700 unités par an dans les prochaines années."

Une demande portée par une nouvelle clientèle aisée - friande du triptyque bateau, golf, ski - et davantage portée sur le partage que sur la propriété. "Cette nouvelle génération a tendance à louer des bateaux à des entreprises de charters plutôt que d'en acheter. La part des charters dans notre activité est ainsi passée de 10 à 25 % ces dernières années", observe Yann Masselot. L'entreprise développe également, notamment avec la Société Générale, des solutions de financement et de leasing pour faciliter la vie à ses clients "même si, en dehors de l'Europe et de l'Amérique du Nord, notre clientèle est rarement suivie par des banques et préfère payer comptant", sourit le dirigeant.

Le défi du moteur hybride

L'un des prochains défis technologiques pour CNB-Lagoon réside dans la possibilité d'équiper des navires de moteurs hybrides :

 "Nous avons beaucoup de demandes et d'attentes autour de la motorisation hybride de nos navires mais c'est encore un immense chantier qui se présente devant nous avec beaucoup de défis techniques à relever sur les questions d'alimentation, d'étanchéité, de climatisation, d'assistance et de SAV. Les 70 prototypes que nous avons lancés nous ont montré l'étendue du travail qui reste à accomplir."

Pessimiste sur le refit de yachts à Bordeaux

Très lié à des fournisseurs français - dont la voilerie Incidence, installé à La Rochelle, Brest, Vannes et Toulon et le motoriste girondin Nanni Diesel - Yann Masselot se montre néanmoins très sceptique sur le projet de lancer un cluster de rénovation/réparation de yachts aux Bassins à flot, à Bordeaux :

"Je ne crois pas du tout à l'essor du refit de yachts pour la simple raison que Bordeaux ne se situe pas sur la route des grands yachts qui vont de la Méditerranée aux Antilles puis dans le Pacifique. Il y a déjà des grands pôles de refit en Méditerranée et j'ai donc du mal à croire à ce projet mais l'avenir me donnera peut-être tort."

Le dirigeant ne se montre pas plus tendre avec le Grand Pavois, le salon nautique rochelais : "Le salon de la Rochelle s'est concentré sur le tout voile au détriment du moteur et n'est aujourd'hui plus qu'un acteur régional. Le salon de Cannes a fait le chemin inverse et a maintenant largement dépassé Gênes et Barcelone." A bon entendeur.

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