Startups : prendre le temps de lever des fonds

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Près de 250 personnes à la Grande Posteordeaux pour la sortie du Startupper, guide annuel des startups et de leur écosystème dans la métropole bordelaise
Près de 250 personnes à la Grande Posteordeaux pour la sortie du Startupper, guide annuel des startups et de leur écosystème dans la métropole bordelaise (Crédits : Agence Appa)
Les lecteurs sont venus nombreux ce vendredi matin découvrir le nouveau Startupper réalisé par La Tribune, à Bordeaux, et écouter les témoignages passionnants de dirigeants de startups et l’expertise d’une avocate, d’une représentante bancaire et d’un élu, venus débattre autour du thème "Startups : mythes et réalités de la croissance".

La présentation de la 2e édition de notre hors-série annuel Le Startupper (9,50 €) a eu lieu ce vendredi matin à la Grande Poste, rue du Palais Galien, un bâtiment art déco classé, qu'a superbement rénové Marilyne Minault, la fondatrice et ex-dirigeante de la startup girondine Hellodoc, après en avoir fait l'acquisition. Une Grande Poste qui a fait salle comble.

Si le Startupper, dont la nouvelle édition présente en détails 210 startups implantées à Bordeaux Métropole, avec pour chacune son positionnement, sa proposition de valeur, ses coordonnées... était au centre de l'événement, puisque ce hors-série est sans équivalent, La Tribune en a profité pour organiser une ambitieuse manifestation consacrée aux jeunes pousses. Une matinée animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef du bureau bordelais de La Tribune, en présence de Cendrine Martinez, directrice générale déléguée. La table ronde intitulée « Startups : mythes et réalités de la croissance » était la pièce maîtresse de cette matinée soutenue par les partenaires du Startupper, Bordeaux Métropole, la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC), Fidal société d'avocats et French Tech Bordeaux.

Des intervenants aux profils variés

Un plateau qui associait trois startuppers : Sébastien Constant, président et cofondateur de L'Addition, Jean-François Létard, président fondateur d'Olikrom, Marie Mérouze, PDG fondatrice de Marbotic, Sophie Goulier, directrice marketing de la CEAPC, une juriste, en la personne d'Anne Méhu, avocate associée, directrice adjointe du département droit des sociétés, responsable régionale de l'Equipe startup de Fidal société d'avocats, et un élu, Alain Turby, conseiller métropolitain délégué en charge de la Métropole numérique.

Startupper 2017

Alain Turby, Marie Mérouze, Anne Méhu, Sébastien Constant, Sophie Goulier, Jean-François Létard (Agence Appa)

Dan Hall, le consul des Etats-Unis, avait également fait le déplacement pour accompagner celui qui tenait le rôle de la "guest star" : Michael Goldberg, investisseur, professeur assistant à la Weatherhead school of management, auteur du Mooc "Beyond Silicon Valley : growing entrepreneurship in transitionning economies" ("Au-delà de la Silicon Valley : développer l'entrepreneuriat dans des économies en phase de transition").

La caisse enregistreuse sur iPad

L'Addition, créée en 2012, a développé un nouveau concept de caisse enregistreuse dévolu à la restauration sous la forme d'une application sophistiquée disponible sur iPad.

"Nous sommes quatre cofondateurs. En plus de l'encaissement nous avons doté l'application d'un ensemble de services car dans un restaurant la caisse enregistreuse est un élément central. Notre première levée de fonds a porté sur 500.000 euros car nous étions trop petits pour intéresser les business angels" éclaire Sébastien Constant.

Sébastien Constant Startupper 2017

Sébastien Constant (Agence Appa)

Une levée de fonds faite auprès des proches (love money). Tout a changé avec la levée de fonds de 5 M€ réussie l'année dernière par la startup.

"En 2014 nous étions rentables. La différence c'est qu'en deux ans nous avons doublé chaque année notre chiffre d'affaires et que le marché bougeait, ce qui nous a obligé à accélérer. Nous étions rentables et donc en mesure de négocier cette augmentation de capital. Mais nous avons dû faire des pichs pendant six mois. Nous faisions 1,5 M€ de chiffre d''affaires à 15 personnes : nous étions un peu sous-staffés... Aussi, après la levée de fonds nous avons recruté 45 personnes en six mois pour passer à 60 salariés" rembobine le jeune startupper.

Des chiffres en bois connectés

Si elle dit de Tim Cook, le DG d'Apple qu'elle a rencontré à Paris début 2017, qu'il "est très poli", Marie Mérouze montre qu'elle a du sang froid et de la détermination. Inspirée par l'approche pédagogique Montessori, la fondatrice de Marbotic a créé son entreprise en 2012, et démarré avec des chiffres en bois connectés qui interagissent avec des tablettes numériques pour permettre aux enfants d'apprendre à compter. Puis les lettres ont suivi en 2015. Une innovation qui, côté distribution, relève en France autant de l'univers de la pédagogie que de celui du jeu.

"Nous avons créé les 100 premières unités dans le garage avec mon père. Le premier acheteur a été une institutrice, ce qui m'a fait très plaisir. Puis nous sommes passés à l'industrialisation avec le fabrication des 200 pièces suivantes. Mais les coûts de production étaient trop élevés en France. Et donc nous avons fait ce qu'il ne fallait pas faire : choisir le Chinois le moins cher..." sourit Marie Mérouze.

Marie Mérouze Startupper 2017

Marie Mérouze (Agende Appa)

Après ce premier échec la startupeuse va trouver un fabricant chinois au niveau de son attente et inclus dans un tissu industriel performant.

Ne pas avoir à tout faire tout de suite

C'est grâce au CES de Las Vegas en 2016 que la patronne de Marbotic va trouver des distributeurs pour ses produits à l'étranger, au Moyen-Orient, en Australie et aux Etats-Unis, avant de s'ouvrir le marché européen grâce à l'Ifa (Internationale Funkausstellung, salon international de la radiodiffusion) à Berlin, qui s'est imposé comme avec le temps comme LE rendez-vous industriel européen. Marbotic a levé 1,45 M€ en mars 2017. Un temps de développement que certains pourraient juger long mais qui convient parfaitement au genre de projet que porte l'entreprise, explique sa créatrice.

"Je n'aime pas cette idée qu'une startup devrait tout faire tout de suite : je crois au contraire que l'on peut se développer doucement. La Région nous a toujours aidé, à chaque étape, ainsi que Bpifrance" précise-t-elle.

Si Marie Mérouze est ingénieur, Jean-François Létard, fondateur d'Olikrom, est de son côté un chercheur, littéralement sorti de l'ICMCB (Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux) : une unité du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) associée à l'Université de Bordeaux (département Sciences et technologies) où il était directeur de recherche.

Olikrom donne des couleurs aux problèmes

Son domaine d'application technologique est fascinant puisque Jean-François Létard a mis au point des pigments qui changent de couleur en fonction des conditions. Il a travaillé au départ sur des changements de couleur réversibles provoqués par la hausse de la température, avant d'étendre cette sensibilité à d'autre domaines.

"Nous avons développé des matériaux qui changent de couleur en fonction de la pression, de la lumière, du gaz... Soit tout un champ d'application industriel. Ce qui permet par exemple de repérer rapidement le point d'impact d'un oiseau avec la carlingue d'un avion. On va voir à la descente de l'avion et, avec le changement de couleur, ça devient facile. Au lieu de scanner la carlingue pendant des heures, le changement de couleur indique où a eu lieu le choc, mais aussi avec quelle quantité d'énergie" décrypte Jean-François Létard.

Jean-François Létard Startupper 2017

Jean-François Létard (Agence Appa)

Le chercheur-entrepreneur se félicite d'avoir été appuyé par la cellule de transfert technologique de l'Adera mais aussi par l'Incubateur régional Aquitaine, et ne cache pas qu'il a pris son temps pour se lancer. Il a même complété sa formation déjà de très haut niveau en suivant pendant un an le programme HEC Challenge Plus.

Lire aussi : Pourquoi les pigments intelligents d'OliKrom séduisent autant les industriels


Des clients du monde entier grâce au Net

"J'ai finalement sauté le pas en 2014 et j'ai levé 300.000 €. Quatre an de maturation amènent une valorisation supérieure de l'entreprise, ça devient plus facile. J'ai signé des contrats de partenariats avec de grands groupes. Il faut se défier de l'idée préconçue de la segmentation, selon laquelle à une startup correspond un marché. Nous, nous visons plusieurs marchés, nous visons le monde entier !" a plaisanté à moitié le patron d'Olikrom, car sa technologie a visiblement le format pour envahir le monde.

D'autant plus que, en développant des applications qui renforcent la sécurité dans l'industrie, la startup se fait remarquer.

"Avec Internet tout change. Ce sont les industriels qui viennent à nous, à cause de leurs problèmes de sécurité. De n'importe où dans le monde ils peuvent nous trouver. L'an dernier nous avons signé avec 50 grands groupes !" illustre Jean-François Létard, qui dirige une startup rentable dès la première année.

Automobile, aéronautique, BTP... aucun secteur ne peut totalement échapper à cette innovation. Dans cette aventure il pourrait y avoir un "plus produit", une sorte de supplément d'âme mais financier. Car, incroyable mais vrai, à ce jour Olikrom, qui emploie une dizaine de salariés, n'a toujours pas dépensé les 300.000 € levés en 2014 ! Pourtant le dirigeant d'Olikrom envisage quand même de lever à moyen terme 1 voire 2 M€...

Pour un Magnetic Bordeaux Métropole...

"Avoir de l'argent nous permettra de recruter, de financer des travaux en recherche et développement... et puis les grands groupes épluchent les liasses fiscales avant de s'engager avec une petite entreprise, et c'est mieux d'avoir des fonds propres solides..." a égrené le dirigeant.

Alain Turby Startupper 2017

Alain Turby (Agence Appa)

Alain Turby, en charge de la Métropole numérique, a lancé un petit message aux acteurs de la French Tech Bordeaux puis exprimé un vœu.

"Les élus doivent être des facilitateurs. Et avoir le label French Tech Bordeaux c'était un enjeu politique. Puis les élus doivent lâcher, ce sont les entreprises qui doivent faire vivre French Tech Bordeaux. La Métropole est impliquée dans l'accompagnement des entreprises, avec le soutien de l'incubateur, la création de la Cité numérique. Mais sur le plan du marketing territorial ce serait bien que la démarche Magnetic Bordeaux s'étende à Magnetic Bordeaux Métropole" a plaidé le maire de Carbon-Blanc, petite commune de l'est de la métropole.


Le danger des besoins non anticipés

L'avocate d'affaires Anne Méhu, spécialiste des startups, a remis un peu les pendules à l'heure en rappelant que sur le plan juridique "les startups sont des entreprises comme les autres même si elles doivent être agiles : lors d'une levée de fonds il y aura des audits et si le travail n'a pas été fait en amont, avec par exemple la mise en place d'outils de reporting financier, cela posera des problèmes". Anne Méhu a également indiqué que le travail de son cabinet consistait à lever tous les obstacles liés à la structuration juridique de l'entreprise mais aussi possiblement à "un mauvais calibrage" du besoin en fonds à lever.

Anne Méhu Startupper 2017

Anne Méhu (Agence Apppa)

"Le problème avec les levées de fonds, c'est quand un besoin n'a pas été anticipé", a-t-elle observé. En plus "d'asseoir le patrimoine de l'entreprise" le patron de startup doit aussi "avoir des outils adaptés pour trouver la juste contrepartie" : pas question de développer une startup sans payer ses collaborateurs ou se payer soi-même. Du côté des banques les startups ont impulsé un changement de cap, de vision crucial puisque les règles ont été entièrement rebattues.

Savoir évaluer un potentiel

"Nous faisions de la startup sans le savoir, comme monsieur Jourdain faisait de la prose. Les startups sont des entreprises comme les autres mais leur business model est dur à analyser, à cause de leur côté disruptif. Nous avons dû apprendre à nos équipes à avoir une lecture du risque différente, éclaire Sophie Goulier. Jusqu'à présent nous analysions les projets avec une grille d'évaluation du risque classique : c'est-à-dire prêter à quelqu'un qui pourra rembourser. Mais avec des entreprises qui n'ont pas de chiffre d'affaires, nous avons dû changer et devenir capables d'évaluer un potentiel" décrypte la directrice du marketing à la CEAPC.

Sophie Goulier Startupper 2017

Sophie Goulier (Agence Appa)

Les modalités et difficultés inhérentes aux levées de fonds ont ensuite été examinées en détail, avant que l'univers de la startup n'en revienne à sa chimère préférée, la licorne. Cette minuscule entreprise qui grossit presque aussi vite que l'univers à partir du Big Bang pour devenir un colosse international.

"Les licornes on en parle beaucoup, et il faut voir la valorisation boursières d'Airbnb par exemple. Mais avec le changement de règlementation sur les meublées, une licorne comme Airbnb pourrait rapidement tourner court" a averti non sans raison Alain Turby.

Le professeur Michael Goldberg est ensuite intervenu rapidement. Après avoir demandé qui connaissait Cleveland, il est revenu sur la crise presque mortelle qu'a connu cette ville au bord du lac Erié, qui n'est pas loin d'une autre grande cité foudroyée par la même crise industrielle : Pittsburg, qui elle aussi est toute proche de Détroit, la capitale de l'automobile américaine, encore en soins intensifs.

Michael Goldberg Startupper 2017

Michael Goldberg (Agence Appa)

"L'économie de ces villes s'est effondrée. Les jeunes sont partis. Ils sont allés là où il y avait de l'argent, à San Francisco, à New-York... Pour redresser la ville il a fallu un mix de financements entre le gouvernement et les entrepreneurs" a observé Michael Goldberg.

Après avoir demandé combien il y avait de "business angels" dans la salle (deux ou trois) il a précisé qu'il détenait un "petit" fonds en capital-risque, avec un ami, et qu'il était intéressant de connecter les investisseurs avec la technologie.

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