French Tech Bordeaux à deux jours d'un tournant

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Les débuts massifs du mouvement French Tech à Bordeaux ont surpris jusqu'aux principaux intéressés.
Les débuts massifs du mouvement French Tech à Bordeaux ont surpris jusqu'aux principaux intéressés. (Crédits : Agence Appa)
Jeudi 29 juin aura lieu l'assemblée générale de French Tech Bordeaux. Les entrepreneurs fondateurs, membres du comité de pilotage, s'en vont tous. Une nouvelle équipe va devoir reprendre les rênes et relancer la machine pour ne pas voir le précieux label s'envoler. Une vingtaine de candidats se seraient manifestés pour prendre la relève. Plusieurs d'entre eux expliquent pourquoi à La Tribune.

Revenir sur les derniers mois n'aurait pas beaucoup d'intérêt. Que dire tant les avis divergent et tant les non-dits ont pollué l'ambiance ? Victime d'importants soubresauts, l'association French Tech Bordeaux a connu des mois compliqués. Le mouvement était pourtant bien parti dès ses débuts, dans un terreau bordelais où déjà les structures liées de près ou de loin au monde du numérique et de l'innovation ne manquent pas. Contrairement à d'autres métropoles comme Toulouse où le mouvement a cristallisé de nombreuses tensions, French Tech Bordeaux avait bien démarré. Le premier grand rendez-vous avait réuni un millier de personnes dans les murs de la Chambre de commerce et d'industrie, à la grande surprise de tout le monde. A commencer par celle des premiers intéressés, étonnés de se compter aussi nombreux.

Ces derniers mois ont plombé l'ambiance. Comptes plus ou moins déposés, subvention de Bordeaux Métropole non débloquée en conséquence, salaires des permanents non payés en raison de ce décalage de trésorerie, et tensions à tous les étages. Il faut rajouter au cocktail un modèle économique qui pose fondamentalement problème avec une dépendance financière totale de la sphère politique. Bordeaux Métropole, la CCI Bordeaux Gironde et le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine financent respectivement 64 %, 17 % et 19 % du budget annuel de l'association. Principale bailleur de fonds, la Métropole ne s'est jamais privée de capitaliser sur la labellisation French Tech dans sa communication, voire d'influer sur ses missions diront certains. Au grand dam de la Région, qui possède la compétence économique et qui investit en direct dans le tissu économique numérique et innovant depuis des lustres...

Les "historiques" passent la main

Lassés par les aléas de ces derniers mois, les 6 piliers fondateurs du mouvement à Bordeaux ont déjà annoncé qu'ils jetteront l'éponge dans deux jours, à l'occasion de l'assemblée générale de l'association le 29 juin en soirée. Tous bénévoles, les membres Christophe Charle, cofondateur de Cdiscount, Julien Parrou-Duboscq, fondateur de Concoursmania / Actiplay, Mathieu Llorens, directeur général d'AT Internet, François Goube, président de Cogniteev, Jérôme Le Feuvre, directeur général de News Republic, et Agnès Grangé (La Poste, représentante des grands groupes) passeront la main, quitteront le comité de pilotage, le bureau et appellent à mettre en place un nouveau mode de fonctionnement. Qui pour les remplacer ? Une transition rapide est nécessaire car si la situation pourrit sur pied, rien n'interdit à l'Etat de retirer à la métropole son label French Tech lors du renouvellement de janvier 2018. La feuille de route, qui aurait dû être transmise au ministère il y a plusieurs mois, est en cours de rédaction sous la houlette de Philippe Métayer, chargé de mission économie numérique à la Mission attractivité et animation des réseaux économiques de Bordeaux Métropole. Plusieurs sources parlent d'ailleurs de lui comme étant un potentiel futur délégué général de French Tech Bordeaux... Ce sera aux nouveaux élus de choisir parmi les candidatures.

Dans deux jours auront donc lieu l'élection des membres du nouveau bureau. Selon nos sources une vingtaine de candidats sont sur les rangs. Un groupe de candidats "souhaitant s'impliquer collectivement" s'est même monté, composé d'Aymerick Pénicaut (Ashler&Manson, Sitigeo), Tiphaine Bichot (Athome Solution / TestLAB), David Babin (DMIC), Thierry Fahmy (Addinsoft), Bertrand Bussac (Le Wagon) et Stéphane Laurent (ETIAM, candidat représentant des grands groupes).

Une vingtaine de candidatures ?

"Notre objectif est de remettre les entrepreneurs et leurs préoccupations au centre du jeu et de renforcer leur poids", explique Aymerick Pénicaut au nom de ce collectif. "La Métropole, la Région, la CCI financent, ce qui leur donne des droits et des devoirs. Nous avons senti que l'actuel comité directeur était plutôt lassé, il y a eu un passage à vide. L'idée n'est pas de critiquer les 'anciens' : les journées ne font que 24 heures et le temps manque toujours. Nous proposons d'apporter notre énergie et d'élargir le comité directeur de l'association, à terme, pour éviter que tout repose sur 5 ou 6 entrepreneurs. Nous avons mené un sondage informel début mai et consulté plusieurs membres pour connaître leurs attentes. Plusieurs axes nous semblent importants, la poursuite des déplacements à l'international sous la bannière French Tech, une amélioration de la coordination avec les différents acteurs membres de l'écosystème pour favoriser le business en local. Peut-être aussi aller plus loin dans les événements organisés par French Tech Bordeaux. Il y a quelques jours, le directeur général France de Facebook était à Bordeaux, invité par la mairie pour une conférence devant les entrepreneurs. Ce type de rendez-vous pourrait tout à fait être organisé par French Tech Bordeaux."

D'autres candidats se sont manifestés plus ou moins formellement, notamment sur les réseaux sociaux. Fondateur d'Interaction Healthcare, Jérôme Leleu en fait partie et a déposé sa candidature il y a deux jours après plusieurs semaines de réflexion. Assurant ne briguer "aucun poste, ni président, ni trésorier, ni quoi que ce soit", il se place "exclusivement dans une démarche constructive" et ne tient surtout pas à s'impliquer "dans une organisation où les règlements de compte primeraient".

 "Je pense qu'il faut d'abord saluer le travail remarquable réalisé par le comité directeur actuel, qui a donné une très belle dynamique au mouvement French Tech Bordeaux, souligne-t-il. Ses membres y ont consacré beaucoup de temps et d'énergie, cet élan bordelais a été remarqué ailleurs en France. J'ai vu en mai qu'ils étaient un peu dépités. Il y a deux ans, tout le monde était bien content quand grâce à eux, 1.000 personnes apparaissaient sur la photo de famille pour les débuts de French Tech. C'est dommage car l'image donnée par le mouvement est négative alors qu'on a l'écosystème pour réussir. Donc maintenant, on arrête de se tirer dans les pattes, on applaudit ce qui a été fait, on se met autour de la table et on travaille dans la continuité.
Ma candidature est purement individuelle, poursuit le chef d'entreprise, je ne fais un chèque en blanc à personne, il faut maintenant se mettre autour de la table et travailler en continuité. Le territoire bordelais m'a beaucoup donné et il est normal que j'y consacre un peu de temps et d'énergie. Beaucoup de sujets peuvent être abordés, notamment sur la question du mentorat et de la relation grands groupes / startups. Quitte à mettre les pieds dans le plat, je pense qu'il faut reclarifier ce que fait French Tech Bordeaux. Son travail doit être de fédérer les entreprises et de leur permettre d'accélérer leur croissance. Il faut définir un nouveau projet, être cohérent aussi avec le pôle Digital Aquitaine et les autres acteurs animateurs de l'écosystème, donner de la clarté, sans doute aller vers un positionnement plus frugal dans le périmètre des actions de l'association, aller chercher un meilleur équilibre entre fonds publics et privés."

Pierre Benayoun s'est également porté candidat pour faire entendre une voix différente. Acteur et observateur de l'écosystème bordelais depuis plusieurs années, "one man startup" comme il se qualifie lui-même et cofondateur du Collectif Quinconces, qui associe plusieurs experts indépendants, il constate "un foisonnement des initiatives depuis 2012, une sorte d'apogée en 2015 avec la labellisation French Tech, et maintenant un mouvement des associations, des acteurs qui reviennent dans leur coin".

"A Bordeaux les gens travaillent assez facilement en réseau, je pense important de relancer des synergies entre tous les acteurs de l'écosystème, de toutes natures, les coopératives par exemple, développe-t-il. Des relations peuvent être plus suivies avec d'autres territoires, la French Tech Limoges par exemple. Il est aussi possible d'organiser des événements réguliers, assez simples : on n'imagine pas ce qu'il est possible de tirer d'un échange entre 5 startuppers venus discuter de manière informelle de leurs problématiques. Il faut aussi prendre garde à ne pas tout demander aux gros acteurs ou aux Parisiens, mais faire confiance aux plus petits, aux plus jeunes, à la compétence locale. Ce n'est pas une démarche 'contre les gros', mais avec tout le monde."

Sans doute faudra-t-il effectivement définir quel est le rôle précis de l'association. Faut-il vraiment lui donner les missions d'une agence de développement économique sans qu'elle en ait le budget, et alors que l'esprit initial de la French Tech découle d'une stratégie de marketing territorial donnant naissance à un "simple" label ? Aux futurs élus de répondre.

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