Pourquoi Jean-Luc Gleyze préfère un RER girondin à la LGV vers Toulouse et Dax

Opposant depuis 16 ans au Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), Jean-Luc Gleyze, président du Département de la Gironde, revient pour La Tribune sur ce dossier qu'il juge hors sujet. L'élu socialiste priorise plutôt la construction d'un RER aux mensurations du plus grand département de France métropolitaine. Concernant le budget primitif 2022 que vient d'adopter le conseil départemental, il souligne sa mise sous influence du marché immobilier.

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Le RER girondin doit jouer sur plusieurs types de transport, du TER au car express
Le RER girondin doit jouer sur plusieurs types de transport, du TER au car express (Crédits : Région Nouvelle-Aquitaine)

Le 13 décembre le Conseil départemental de la Gironde a adopté son budget primitif 2022. Etabli à 2,07 milliards d'euros, il intègre des recettes de 1,76 milliard d'euros en baisse de -2,5 % par rapport à la réalisation prévisionnelle de 2021. Comme il s'agit d'un budget prévisionnel cette baisse ne témoigne pour le moment que d'une analyse prudente d'un contexte marqué par l'incertitude.

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"La difficulté c'est que nous manquons de visibilité sur l'avenir. A chaque nouveau budget nous avons désormais de l'inquiétude quant à l'évolution des droits de mutation à titre onéreux (DTMO : charge fiscale imputée sur les frais de notaire lors de la vente d'un bien immobilier -Ndlr), qui dépendent du dynamisme du marché immobilier. Ce marché se porte bien le plus souvent, ce qui génère aussi de l'euphorie, mais forcément de l'incertitude. Les droits de mutation sont élevés en Gironde mais les demandes de prestations ne cessent d'augmenter dans la partie fonctionnement du budget. Nous sommes sous l'influence du marché immobilier, ce qui rend notre budget volatile : les droits de mutation représentent à eux seuls 550 millions d'euros, soit 25 % du budget" éclaire en substance pour La Tribune Jean-Luc Gleyze.

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Un premier budget qui va donner l'impulsion

Cette situation est, pour le patron de la Gironde, le résultat d'une politique qui met les assemblées départementales sous perfusion budgétaire de l'Etat, en amenuisant leurs ressources fiscales propres. Jean-Luc Gleyze souligne que ce budget primitif 2022 est le premier de la mandature et qu'il va donner l'impulsion de ce que va être sa politique. Celle-ci sera déclinée en quatre axes sur lesquels ont longuement travaillé les vice-présidents depuis cet été, soit "une Gironde solidaire et fraternelle" ; "une Gironde équitable" ; "une Gironde responsable", et "une Gironde citoyenne".

Comme tous les départements, celui de la Gironde joue un rôle central dans la gestion de la solidarité (RSA, Allocation personnalisée d'autonomie -APA-, etc.), qui représente près des deux tiers des crédits de fonctionnement, soit 1,047 milliard d'euros. Un budget en hausse de +3 % par rapport au compte prévisionnel administratif, en raison notamment de la réforme des rémunérations des services d'aides et d'accompagnement à domicile.

111 millions d'euros d'épargne mobilisés pour investir

Dans ce budget primitif 2022, le Département s'est donné une capacité d'investissement de 315,8 millions d'euros. Résultat d'une politique financière rigoureuse qui a permis de dégager 111 millions d'euros d'épargne, souligne l'assemblée. Si le Département a perdu sa compétence économique, il reste un acteur clé de la commande publique pour de nombreux secteurs d'activité, à commencer par les travaux publics (avec l'aménagement et l'entretien des routes départementales).

Cette responsabilité en matière d'infrastructures le rend pertinent pour intervenir dans l'inépuisable dossier des mobilités. Un thème très politique à l'heure où viennent d'être prises d'importantes décisions pour le financement par les collectivités impliquées du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), qui consiste à créer deux nouvelles lignes à grande vitesse (LGV), entre Bordeaux et Toulouse, et Bordeaux et Dax. Sollicité pour participer à ce financement, le Département de la Gironde, comme celui de Lot-et-Garonne, a refusé. Tout comme le Grand Dax puis l'agglomération du Pays basque ce samedi 18 décembre.

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Un objectif majeur, le RER girondin mais pas le GPSO

"Les Girondins veulent simplement pouvoir circuler dans le département. Vous voyez c'est vendredi soir, nous venons d'arriver sur la rocade en voiture et je peux vous dire que c'est sportif... La question de la circulation, des transports, c'est un sujet qui intéresse absolument tout le monde en Gironde, parce que c'est difficile ! Alors faire Bordeaux-Toulouse en une heure grâce à la LGV ce n'est pas une préoccupation... Nous avons été sollicités pour intervenir sur ce dossier ferroviaire. Oui, pourquoi pas. Mais nous avons décidé de nous en saisir uniquement pour ce qui concerne nos habitants. D'où l'accord de principe du Département de débloquer 170 millions d'euros pour la réalisation d'un RER girondin. Correspondant aux lignes est-ouest Libourne-Bordeaux-Arcachon et sud-nord La Réole-Langon-Bordeaux-Saint-Mariens-Macau et jusqu'au Verdon, sans oublier Saint-Mariens-Blaye par car express", déroule Jean-Luc Gleyze.

Un accord de principe à 170 millions d'euros

Le président du Département de la Gironde tient à souligner qu'il s'agit-là d'un accord de principe, qu'aucun euro n'a été débloqué et que les fonds ne seront engagés qu'au cas pas cas, pour chacun des projets liés à la réalisation de ce RER girondin.

"Nous n'acceptons pas de participer au financement du GPSO ni même à celui des infrastructures ferroviaires au sud de Bordeaux. C'est pourquoi nous avons refusé de rejoindre la société qui va piloter le financement de ce projet", martèle le président du Conseil départemental de la Gironde.

Le vote du financement du GPSO par Bordeaux Métropole, collectivité présidée par Alain Anziani (PS), qui défend ce grand chantier, a provoqué de très vives tensions entre le président de la Métropole et son 1e vice-président et allié, Pierre Hurmic, maire (EELV) de Bordeaux, totalement opposé au GPSO.

Malgré des divergences sur le GPSO, pas de crise au PS en Gironde

C'est ainsi que le projet a été adopté grâce aux voix du groupe d'opposition de droite et du centre, Métropole Communes, mené par Patrick Bobet (LR). A l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset, président (PS) de la Région, est sans doute l'un des défenseurs les plus acharnés du GPSO. Aussi quand le socialiste Jean-Luc Gleyze a déclaré que le Département de la Gironde s'opposerait au GPSO, on aurait pu croire qu'une crise politique allait faire exploser la gauche. Cela n'a pas été le cas jusqu'ici et pour le président du Département cette idée relève surtout d'une illusion d'optique.

"J'ai déjeuné il n'y a pas longtemps avec Alain Rousset et ça s'est bien passé. Vous savez, je suis l'un des plus vieux opposants au GPSO et Alain Rousset le sait parfaitement. Un projet que j'ai éreinté en 2005 à l'occasion du premier débat public organisé à ce sujet à Captieux, la commune dont j'étais le maire (commune forestière du sud Gironde -Ndlr). Et depuis, ma position n'a pas varié", conclut le président de la Gironde.

Avec le vote négatif de quatre des onze collectivités concernées par le financement du projet en Nouvelle-Aquitaine, de l'eau va sans doute encore couler sous les ponts avant l'adoption définitive de ce grand projet ferroviaire, qui vient de refaire surface après avoir disparu des radars pendant des mois.

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