GPSO : l'alliance entre le PS, la droite et le centre valide la LGV à Bordeaux Métropole

Bordeaux Métropole a finalement voté comme prévu en faveur du financement du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), après une après-midi marathon de prises de paroles. Tandis que les écologistes dénoncent ce feu vert financier au GPSO comme étant "un marché de dupe", les socialistes insistent pour préserver l'avenir de la région et de la métropole. Ce dont se réjouissent les élus de droite et du centre sans lesquels le vote aurait sans doute viré au feu rouge pour le projet.

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Le président de Bordeaux Métropole Alain Anziani lors du conseil de métropole de ce 25 novembre 2021.
Le président de Bordeaux Métropole Alain Anziani lors du conseil de métropole de ce 25 novembre 2021. (Crédits : Agence Appa/Thibaud Moritz)

Pas de coup de théâtre ce jeudi 25 novembre à Bordeaux Métropole pour le vote sur le financement du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO). L'accord négocié pour l'occasion par le président (PS) de la Métropole, Alain Anziani, avec Métropole Commune(s), groupe qui fédère l'opposition de droite et du centre, mené par Patrick Bobet (LR), a fait la différence. Ce qui était attendu depuis au moins la veille, quand cette alliance et sa contrepartie ont été annoncées par Métropole Commune(s). Le maire (EELV) de Bordeaux, Pierre Hurmic, 1e vice-président de Bordeaux Métropole, où il est l'allié d'Alain Anziani, n'a pas dévié de sa ligne et refusé toute participation financière de la Métropole au GPSO.

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Le vote est intervenu après une longue série de prises de parole, qui a duré toute l'après-midi et aurait pu facilement jouer les prolongations en nocturne puisqu'à 17 heures il restait encore 12 interventions à insérer dans cette séance, installée comme d'habitude dans le hall d'entrée peu réchauffé de l'hôtel de Bordeaux Métropole. Ce qui a suscité quelques réactions de dépit à cause du froid à la nuit tombée. Alain Anziani ayant réussi à convaincre quelques-uns des orateurs de renoncer à leurs prises de paroles, le vote à mains levées a pu démarrer à 18 heures.

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Comment ont voté les groupes

Sur 104 voix l'engagement financier de Bordeaux Métropole dans le GPSO a été entériné par 62 votes pour (59,6 %), dont 29 PS (sur 30 élus), 27 Métropole Communes (sur 34 élus), 3 LREM (sur 3) et 3 PCF (sur 3).

Le contre a totalisé 38 voix (36,5 %), dont 30 EELV (sur 31 élus), 6 Métropoles Communes, 1 NPA (sur 1) et 1 sans étiquette. Il faut rajouter à ces totaux 1 abstention (PS) et 2 non participations (1 Métropole Communes et 1 EELV).

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En finir avec un "retard archaïque"

Les prises de paroles ont été nombreuses et nous reviendrons sur quelques-unes d'entre elles pour illustrer cette journée historique. Dans son intervention le président Alain Anziani a fait du Sud-Ouest "l'oublié de la grande vitesse », parlé d'un « retard archaïque » et souligné qu'actuellement « Bordeaux est à plus de deux heures de Toulouse et à plus de quatre heures de Bilbao".

Avant d'enfoncer le clou en expliquant en substance que "le CO2 a été le grand roi de ces dernières années avec notre complicité, ce qui fait de notre région l'une des plus polluée de France" et en rappelant que chaque jour 10.000 camions traversent la frontière espagnole à destination de l'Europe du Nord en passant par la Nouvelle-Aquitaine. Contexte qui fait des liaisons ferroviaires un remède incontournable, d'autant qu'au sud de la frontière « les trains basques » vont désormais beaucoup plus vite que côté français. Une situation qui ne favorise pas le développement du fret ferroviaire, a souligné le président de Bordeaux Métropole, mais les émissions de dioxyde de carbone.

Pierre Hurmic et Alain Anziani GPSO Bordeaux Métropole

Pierre Hurmic et Alain Anziani lors du conseil (Agence Appa/Thibault Moritz)

Pas de RER métropolitain sans LGV

Si le tracé du GPSO implique la destruction de milliers d'hectares de terres agricoles et de forêt en Nouvelle-Aquitaine, le président de Bordeaux Métropole a plaidé en soulignant que ce projet pourrait être mené "sans artificialisation nette des sols", grâce à des compensations, comme cela a été le cas pour la construction de la LGV Bordeaux-Tours. Alain Anziani est également revenu sur le fait que la réalisation du RER métropolitain, qui "doit permettre de transporter beaucoup de monde en peu de temps" et va venir en complément des plans marche et vélo (portés par EELV), est liée à la LGV via la suppression du bouchon ferroviaire au sud de Bordeaux.

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Côté dépenses Alain Anziani a redit que la collectivité allait s'engager sur 354 millions d'euros net, une fois les aides fiscales défalquées de la facture finale, qui sera elle-même étalée sur 40 ans, soit une participation annuelle de 8 à 9 millions d'euros. Dans un projet qui pourrait même rapporter de l'argent, grâce au paiement des péages sur les lignes prises par les nouveaux TGV. Même si tous les détails financiers ne sont pas encore réglés.

GPSO : la connexion entre elles des capitales régionales

Le vice-président (EELV) Clément Rossignol-Puech a de son côté dénoncé « un coup de Jarnac » de la part du 1e ministre Jean Castex "en réussissant à ressusciter d'entre les morts un projet de LGV vieux de 30 ans et ce de façon opportuniste", avec un calendrier précipité, sans groupe de travail ni comité de pilotage. Tout en éclairant un enjeu qui pour lui se trouve au cœur du problème. La fracture territoriale entre les villes et les campagnes.

"Les Régions et les Métropoles sont pour, les Départements sont contre" a souligné d'un trait Clément Rossignol-Puech.

Le chef de file de l'opposition, Patrick Bobet, a quant à lui défendu le projet du GPSO, dans lequel il voit "une décision capitale pour Bordeaux Métropole, la Nouvelle-Aquitaine, Toulouse et l'Occitanie". Car pour le chef de l'opposition le GPSO est l'occasion rêvée pour achever la liaison à grande vitesse entre les métropoles régionales. Autrement-dit, ne pas le mettre en œuvre en refusant la construction des deux LGV condamnerait le Grand Sud-Ouest à la marginalisation, en le tenant à l'écart "de la circulation des biens et des personnes".

Patrick Bobet Bordeaux Métropole

Patrick Bobet -Métropole Commune(s) (Agence Appa/Thibault Moritz).

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Prendre dans la précipitation une décision tronquée

C'est ensuite le maire (EELV) de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui a pris la parole et fait le réquisitoire du GPSO. Il a lui aussi tout d'abord dénoncé le contexte dans lequel il voit une manœuvre politique du camp Macron.

"L'Etat nous impose de prendre, dans la précipitation d'un calendrier électoral, une décision tronquée. Ce que le représentant du gouvernement n'a pas caché" a déroulé en substance Pierre Hurmic, qui a appelé à passer "d'un problème d'équipement à une stratégie des mobilités".

Le maire de Bordeaux estime que la Métropole n'a pas les moyens de financer le RER métropolitain et en même temps le GPSO. Sachant qu'un passager TER coûte 80.000 euros contre un peu plus de 200.000 euros pour celui d'un TGV, a-t-il éclairé. Le maire de Bordeaux s'est ensuite interrogé sur le passage du train du quotidien, du début de la mandature d'Emmanuel Macron, au TGV du premier ministre.

"Ce plan de financement est faux"

"Jean Castex exige, mais nous, Girondins, pouvons résister comme l'a fait le Département de la Gironde, qui vient de refuser de financer le GPSO. Et puis l'Etat ment. Il ne va pas payer 40 % du projet du GPSO mais juste 40 % de la LGV Bordeaux-Toulouse. La ligne Bordeaux-Dax elle va être pour nous. Entre approximations et choses inexactes, ce plan de financement est faux" a martelé Pierre Hurmic, qui a mis en garde les élus sur les risques financiers sous-jacents une fois l'accord de financement signé.

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Un risque selon lui à prendre en considération, qu'il s'agisse de payer la ligne Bordeaux-Dax ou de compenser le paiement de collectivités défaillantes.

Pour le maire de Bordeaux il s'agit d'un marché de dupe

Pour Pierre Hurmic la part réelle de financement du GPSO par la Métropole s'élève en réalité à 835 millions d'euros qui, une fois la facture réduite de 30 % ramène le coût à près de 600 millions d'euros.

Pierre Hurmic GPSO intervention

Pierre Hurmic lors de son intervention (Agence Appa/Thibault Moritz)

"On nous dit également que l'Union européenne va payer 20 % de la facture : c'est faux ! Il n'y aucun engagement de l'Europe à ce sujet. Jean Castex dit en réalité que la France va demander à l'Europe de régler 20 % du paiement ! Que dit l'Union européenne ? et j'ai un document qui l'atteste. Elle dit qu'en 2020 la Commission et les coordinateurs ont fait des efforts pour que soit modernisée la voie existante entre Bordeaux et la frontière, afin d'arriver à une liaison avec le Y basque le plus vite possible. En tout cas bien avant 2037 puisqu'il ne devrait pas y avoir de plan côté français avant cette date " a notamment pilonné le 1e vice-président de Bordeaux Métropole.

Avant de juger « ce plan de financement totalement bâclé » au point que cela « ne permet pas de voter aujourd'hui ce texte ».

"Il y a une ambiance glaciale dans ce hall, au propre comme au figuré"

Quand Alain Anziani est intervenu à sa suite pour donner la parole à un autre intervenant, le président de Bordeaux Métropole a commenté "il y a beaucoup d'arguments faux qui ont été utilisés".

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Après avoir commenté "il y a une ambiance glaciale dans ce hall, au propre comme au figuré", Christophe Duprat (Métropole Communes), a souligné qu'il avait entendu le mot « précipitation » au sujet du GPSO "mais s'il y a un mot qui n'existe pas dans le ferroviaire c'est bien ce mot, parce que tout y est très lent.

Quant aux Espagnols ils ont fait l'effort. Il faut que Bordeaux ne soit pas un cul de sac ferroviaire mais un hub... A Bordeaux nous avons une vraie capitale régionale, contrairement à l'Occitanie qui est partagée entre Toulouse et Montpellier. Et avec le GPSO la gare de Bordeaux va accueillir 3 millions de passagers de plus, et 1,6 million de plus avec Dax !" s'est-il enthousiasmé.

354 millions d'euros : un montant maximum

Véronique Ferreira, vice-présidente en charge des finances, a tenu à remettre les pendules à la bonne heure. Elle a ainsi enchainé deux séquences pédagogiques sur le sens de la suppression du bouchon ferroviaire au sud de Bordeaux, et sur le financement de sa part de GPSO par Bordeaux Métropole. Elle est tout d'abord revenu sur le sens concret de la suppression du bouchon ferroviaire au sud de Bordeaux.

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"Ce projet implique de rajouter une troisième voie à celles qui existent...Ce que je retiens c'est qu'il faut créer une voie nouvelle : c'est ça le train du quotidien. Parce qu'un train ne peut pas en doubler un autre, d'où la nécessité d'avoir un nouveau sillon, une nouvelle voie" a-t-elle déroulé en substance.

Elle a ensuite expliqué qu'il était normal que le plan de financement ne soit pas encore connu dans tous les détails et que ce tableau allait s'affiner au fur et à mesure de l'avancée du projet.

"La délibération d'aujourd'hui c'est quoi ? Tout d'abord allons nous adhérer à l'EPL, faut-il le faire ? Oui car nous avons besoin du RER métropolitain. Ensuite la délibération consiste à fixer un montant maximum à la contribution de la Métropole au GPSO. Engagement qui est fixé à 354 millions d'euros" a-t-elle synthétisé.

Un prix qui devrait être fixe, sans un euro de plus ni de moins.

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