Bordeaux Métropole en 2050 : l'audace d'un développement équilibré ?

 |   |  1272  mots
La démarche de concertation et de prospective, Bordeaux Métropole 2050, s'est achevée vendredi 29 mars 2019, à un an des élections municipales.
La démarche de concertation et de prospective, Bordeaux Métropole 2050, s'est achevée vendredi 29 mars 2019, à un an des élections municipales. (Crédits : Bordeaux Métropole 2050)
"Et maintenant, que faire ?" A l'occasion de la journée de restitution de la démarche participative et prospective Bordeaux Métropole 2050, élus et urbanistes étaient invités, en partenariat avec La Tribune, à s'exprimer sur la suite des évènements en articulant le temps court et le temps long. Le scénario de l'équilibre des territoires, vu comme un remède à la crise des Gilets jaunes, est celui qui réunit le plus de suffrages.

"Il y avait un certain scepticisme au départ mais nous avons réussi à intéresser des publics que nous n'avons pas l'habitude de toucher sur d'autres concertations [...] L'appétit pour l'intelligence collective s'est exprimé tout au long de la démarche", s'est félicité Jacques Mangon, le maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole et pilote de la mission Bordeaux Métropole 2050. La journée de restitution de ce vaste exercice de consultation citoyenne, lancé par Alain Juppé l'an dernier, s'est achevée ce vendredi 29 mars par une table-ronde réunissant, autour de Jean-Christophe Tortora, le président de La Tribune, les principaux élus parties prenantes, le directeur de l'agence de d'urbanisme de l'agglomération bordelaise, Jean-Marc Offner, et l'architecte et urbaniste bruxellois Philippe Madec.

Ce dernier estime ainsi que "cette démarche Bordeaux Métropole 2050 est non seulement indispensable mais on ne peut plus faire autrement aujourd'hui car ce qui fait autorité désormais c'est le projet partagé. Et cela se construit précisément par ce type de concertation."

L'occasion de réagir aux quatre scénarios potentiels de l'évolution de la métropole bordelaise à l'horizon 2050 issus des milliers de propositions remontées du terrain :

  • "La métropolisation au fil de l'eau qui s'autorégule",
  • "L'exigence décarbonée règle la ville",
  • "La nature redessine la ville",
  • "L'équilibre des territoires fait la vie".

Lire aussi : Bordeaux Métropole 2050 : quatre scénarios, une urgence climatique

Le premier scénario, celui de l'autosatisfaction et de la continuité, décrit en creux les échecs des politiques menées depuis dix ans en matière d'immobilier et d'exclusion sociale. "C'est la satisfaction du jour présent, du court terme qui prolonge les lignes menées aujourd'hui, sans révolution. Ce scénario a des inconvénients car il n'amènera pas le prix de l'habitat à baisser et entraînera des phénomènes d'éviction sociale de plus en plus marqués. L'entre-soi sera agréable au premier abord mais produira des effets secondaires. Ce n'est pas un scénario pertinent à mes yeux", juge ainsi Jacques Mangon. "Ce premier scénario c'est l'inertie et il raconte les points faibles actuels de la métropole tel que l'impact du tourisme, les difficultés de la vie étudiante et le prix de l'immobilier", abonde Jean-Marc Offner.

"La métropole anti-Gilets jaunes"

Les deux scénarios suivants sont marqués d'une forte empreinte écologique. L'un imagine une ville décarbonée, dense et sans voitures, l'autre laisse une place centrale à la nature qui devient le centre de toute réflexion sur la ville. Deux options qui supposent une forte action des pouvoirs publics à grands renforts de fiscalité et de moyens coercitifs.

Enfin, le 4e scénario, le plus apprécié des élus comme des urbanistes, fait le pari de l'aménagement équilibré du territoire au sein de la métropole comme dans son aire d'influence dans un rayon de 50 à 80 km. "Bordeaux Métropole accepte d'y partager ses potentialités à court terme pour y gagner des bénéfices à long terme. C'est un scénario, si je caricature, que l'on peut qualifier d'anti Gilets jaunes. C'est un scénario de relais de croissance", résume Jacques Mangon, qui précise que "ces quatre scénarios ne sont pas exclusifs mais illustrent chacun une dominante."

Lire aussi : Bordeaux Métropole, la Gironde et les Gilets jaunes

"C'est le moment aujourd'hui de se dire dans quelle ville, dans quel territoire on a envie de vivre", souligne Jean-Marc Offner, le directeur de l'agence d'urbanisme A'Urba, qui promeut une métropole "ouverte" et tient à rappeler quelques réalités :

"A l'échelle du monde, Bordeaux est un gros bourg et à l'échelle de l'Europe c'est une ville moyenne. Je ne sais pas si c'est agréable à entendre ou pas mais, y compris en Europe, il y a Paris et Londres et après il y a une vingtaine de villes multimillionnaires. Ce sont souvent des villes, comme Copenhague ou Vienne, qu'on aime bien parce qu'elles sont agréables à vivre. La qualité de vie n'est donc pas une question de taille mais de rapport à la nature, d'agencement du territoire, de choix de densité. A Bordeaux, comme ailleurs, le périurbain appartient évidemment à la métropole. On ne peut imaginer l'un sans l'autre !"

"Elargir sa vision et son action"

Par conséquent, "la problématique d'équité territoriale est importante. La nécessité pour Bordeaux d'élargir sa vision et son action est obligatoire", s'accorde Philippe Madec qui poursuit : "le premier scénario c'est le déni face au changement, les deux  suivants sont très complémentaires et interviennent à des échelles différentes. En réalité, il sont le préalable au 4e scénario." Et en matière de transition climatique comme de coopération territoriale, l'architecte et urbaniste en est convaincu : "Les citoyens y sont prêts mais ils le réclament même car la société civile demande un autre rapport à la vie et au territoire : la qualité de vie est très importante et implique de donner plus de place à la nature. Si la ville ne se prépare pas à la canicule, elle se videra de ses habitants. Le scénario 4 est donc possible, enviable mais aussi souhaité !"

De son côté, Alain Anziani, maire de Mérignac et 1er vice-président de la Métropole, considère que "le scénario qui conviendra c'est celui qui répondra au défi climatique, à la question démographique entre urbain et périurbain et entre ici et ailleurs, qui ne désespérera pas du progrès technologique et qui satisfera l'exigence et l'adhésion démocratique. En un mot, le meilleur scénario c'est celui de la co-construction."

Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, ne cache pas non plus sa préférence pour le scénario 4 "car il entraîne les autres et parce que Bordeaux a un train d'avance en matière de coopération territoriale. Nos concitoyens veulent avoir la parole mais ils attendent aussi une parole politique forte avec des arguments, des propositions, des idées à défendre. Les maires ont toute leur place dans ce paysage."

Lire aussi : Nouvelle-Aquitaine : pourquoi Bordeaux Métropole se tourne (enfin) vers ses voisines

Maire de Bordeaux depuis seulement quelques semaines, Nicolas Florian entend bien jouer son rôle à plein pour convaincre d'ici aux élections municipales du printemps 2020. "Il y a des actions concrètes que l'on peut mettre en œuvre tout de suite : le covoiturage sur des voies et des parkings dédiés ou la création d'ilots de fraîcheur car il y a vraie prise de conscience sur les enjeux climatiques", indique-t-il avant de prôner une métropole "partageuse" et d'insister sur la nécessaire "solidarité territoriale" pour faciliter les trajets entre Saint-André-de-Cubzac et Mérignac et pour développer un RER métropolitain.

Enfin, conclut Jacques Mangon : "Le pire scénario en politique c'est de remettre l'audace à demain. Donc il y a des décisions à prendre aujourd'hui pour s'assurer qu'on vive aussi bien dans la métropole en 2050 qu'en 2020. Des décisions de court terme doivent donc être prise : l'idée d'un téléphérique, si elle est confirmée, peut être opérationnelle dans les 5 à 7 ans. Il faut en parler aux citoyens !"

Bordeaux Métropole 2050

Philippe Madec (architecte et urbaniste), Jean-Marc Offner (directeur de l'A'urba), Jacques Mangon (maire de Saint-Médard-en-Jalles), Patrick Bobet (président de Bordeaux Métropole), Alain Anziani (maire de Mérignac), Nicolas Florian (maire de Bordeaux) et Jean-Christophe Tortora (président de La Tribune) (crédits : Canal Com).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/04/2019 à 16:28 :
"Le pire scénario en politique c'est de remettre l'audace à demain"

Un téléphérique de l'audace !?

Oui finalement ça se tient hein... -_-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :