Bordeaux Métropole 2050 : quatre scénarios, une urgence climatique

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Nicolas Florian, Jacques Mangon, Patrick Bobet et Alain Anziani
Nicolas Florian, Jacques Mangon, Patrick Bobet et Alain Anziani (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Après des mois de concertations en tout genre, la démarche prospective Bordeaux Métropole 2050 touche à sa fin. Quatre scénarios ont été retenus par les élus locaux qui entendent y puiser des idées notamment pour les élections municipales du printemps 2020. Aucune certitude à ce stade si ce n'est l'affirmation de la nécessité d'agir davantage sur le plan environnemental et climatique.

"La métropolisation au fil de l'eau qui s'autorégule" ; "L'exigence décarbonée règle la ville" ; "La nature redessine la ville" et "L'équilibre des territoires fait la vie" : ce sont les intitulés des quatre scénarios prospectifs qui émergent de la vaste démarche participative Bordeaux Métropole 2050 qui s'est achevée ce vendredi 29 mars 2019. Lancée par Alain Juppé l'an dernier, elle a été conclue par Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, Patrick Bobet, le président de la Métropole, Alain Anziani, son 1er vice-président et maire de Mérignac, et Jacques Mangon, son vice-président et maire de Saint-Médard-en-Jalles. "Cette démarche a touché de près ou de loin et sous diverses formes environ 120.000 habitants de la métropole dont 50.000 participations au serious game et 2.000 écoliers", se félicite Patrick Bobet, soulignant que BM2050 a suscité l'intérêt d'autres grandes villes à l'international dont Madrid, Bruxelles, Stockholm et Buenos Aires.

Développement durable et mobilité

"Il y a eu une vraie demande de démocratie participative mais en même temps l'attente d'une parole forte des élus. Je retiens aussi une attention importante sur le développement durable à travers des actions concrètes et pratiques, une volonté d'articuler le quartier, la métropole et la région et de fortes attentes en matière de mobilité", synthétise Patrick Bobet. "La question posé est quelles décisions prendre aujourd'hui pour bien vivre dans 20 ans."

Mais tous les élus l'affirment à l'unisson, il est encore trop tôt pour fixer un cap, prendre des décisions ou tirer des idées concrètes de "cet immense espace ouvert à l'imaginaire", de "ce foisonnement multiple et multiforme qui ne doit pas aboutir à un scénario clef en main".

Dans le détail, voici les quatre scénarios retenus par les élus et permettent de refléter les propositions émises tout au long de la démarche participative. Deux sont porteurs d'une très nette dominante écologique et tous laissent peu de place à la dimension technologique :

  • "La métropolisation au fil de l'eau qui s'autorégule" : le scénario privilégié par tous ceux qui souhaitent que rien ne change. Il porte peu de modifications des trajectoires actuelles qui sont même confortées : hausse des prix de l'immobilier, étalement urbain et éloignement des classes moyennes toujours plus dépendantes de la voiture, épanouissement d'une métropole chère et centrée sur elle-même qui, à terme, perdrait de son attractivité. "C'est un scénario un peu violent qui correspond à une politique de l'autruche en espérant que tout finira par bien se passer. Mais c'est un peu inquiétant, en particulier pour les classes moyennes qui font ce que sont les villes", commente Jacques Mangon.
  • "L'exigence décarbonée règle la ville" : cette hypothèse affirme une seule priorité : l'urgence climatique et la ville durable qui se traduit par des mesures telles que le péage urbain, l'interdiction des véhicules diesel et de la construction béton, une densification intense, la plantation de 20.000 arbres par an, une isolation thermique obligatoire et une ville vertueuse en matière de logistique, de circuits courts et de mobilité électrique. "Ce scénario est aussi enviable en théorie que difficile à mettre en œuvre en pratique tant il comporte des coûts importants en matière d'investissement et de ressenti des citoyens, notamment en raison de sa dimension liberticide", relativise Jacques Mangon.
  • "La nature redessine la ville" : Cette piste replace ses 28.000 hectares de nature au centre de la ville en privilégiant une urbanisation maîtrisée au lisière d'une nature "à nouveau respectée" avec davantage d'espaces verts, de l'agriculture urbaine, des îlots de fraicheur, beaucoup de transports en commun sous diverses formes. L'adaptation au changement climatique est érigée en priorité stratégique avec une croissance maîtrisée et peu centralisée. 20.000 arbres sont plantés chaque année et une valeur financière leur est attribuée. "Un scénario très ambitieux avec une maîtrise foncière très forte et des mobilités autonomes mais qui se traduit aussi par une dimension dirigiste et planificatrice", estime le maire de Saint-Médard-en-Jalles.
  • "L'équilibre des territoires fait la vie" : ce dernier scénario se concentre sur un aménagement du territoire équilibré et cohérent au sein de la métropole comme au sein de son aire d'influence dans un rayon de 50 à 80 kilomètres. Cela passe par des transports intermédiaires - le fameux métropolitrain - et une attention plus forte aux territoires périurbains, aux tiers-lieux et au travail collaboratif au niveau humain et territorial. La Garonne est remise au centre du jeu pour faciliter les échanges notamment touristiques avec les autres villes de la région. "A titre personnel, je ne cache pas ma préférence pour ce scénario qui promeut des échanges à bénéfice réciproque", explique Jacques Mangon

Ni tout à fait complémentaires, ni tout à fait incompatibles, bien au contraire, ces quatre scénarios sont présentés comme des boîtes à outils, des boîtes à idées transpartisanes qui, pour l'instant, ne remettent en cause aucun grand projet de la Métropole. "C'est désormais à charge pour nous d'entreprendre ce cheminement collectif jusqu'à 2050 et je compte bien faire mon marché dans ces conclusions", conclut Nicolas Florian, qui en retient en particulier "une accélération des citoyens sur la dimension développement durable et sur l'action contre le changement climatique".

Le maire de Bordeaux, qui fête ses 50 ans ce 29 mars, a d'ailleurs reçu un cerisier des mains d'une quinzaine de militants de l'association ANV-Cop21 pour l'alerter sur le projet d'aménagement de la Jallère situé en zone humide, au nord de Bordeaux. "Il est urgent de changer le modèle d'aménagement urbain de la métropole et le quartier de la Jallère doit être un symbole de ce tournant", ont demandé les représentants de l'association.

Bordeaux Métropole 2050 conclusion

Les militants ont offert à Nicolas Florian un cerisier. Allusion à peine voilée au livre "Je ne mangerai plus de cerises en hiver" écrit par Alain Juppé (photo La Tribune / Mikaël Lozano)

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