Industrie : la Nouvelle-Aquitaine se mobilise sur le contrôle non destructif

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Philippe Fioravanti (Aerospace Valley) lors de la journée sur le contrôle du futur.
Philippe Fioravanti (Aerospace Valley) lors de la journée sur le contrôle du futur. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Pour réussir l’usine 4.0, l’usine du futur, il faut absolument maîtriser le contrôle non destructif des pièces industrielles. Cet enjeu a pris une nouvelle dimension avec l’évolution scientifique et les contraintes de productivité. Région, pôles de compétitivité, métrologues et industriels se sont retrouvés hier pour en parler.

Intitulée "Journée contrôle du futur" la manifestation qui s'est tenue ce jeudi 18 avril à l'Institut de maintenance aéronautique (IMA), à Mérignac (Gironde-Bordeaux Métropole), dans la zone aéroportuaire, a fait un carton plein. Cette journée très riche en technologies appliquées à la mesure était organisée par les pôles de compétitivité Aerospace Valley (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie), centré sur la filière aéronautique-spatial-défense (ASD), et Alpha Route des Lasers (Nouvelle-Aquitaine), dédié à la photonique et aux lasers, mais aussi le CEA Tech (direction technologique du Commissariat à l'énergie atomique), le centre d'expertise en métrologie Cetim Sud-Ouest et le centre de ressources et de transferts de technologie Metallicadour, à Assat près de Pau (Béarn).

Les participants à cette journée ont été accueillis par le directeur de l'IMA, Franck Cazaurang, qui a rappelé que cet institut -créé en 1992 par l'ex-université de Bordeaux 1 (sciences et technologies) désormais fondue dans l'Université de Bordeaux- forme chaque année 350 étudiants (licence pro Maintenance aéronautique, master en ingénierie et maintenance des systèmes pour l'aéronautique et les transports, etc.), y compris en alternance à partir de Bac +3 (115 alternants). Le directeur de l'IMA a notamment annoncé que cette année l'Ecole nationale supérieure d'ingénieurs du Mans (Ensim) va s'installer sur le campus de l'Université de Bordeaux, et sera imitée en 2020 par l'Ecole nationale de l'aviation civile (Enac).

Impossible de faire confiance aux machines

Science de la mesure, la métrologie s'applique à tous les domaines industriels et touche la quasi-totalité des activités humaines. Il suffit pour s'en convaincre de penser à l'omniprésence du mètre, du litre ou encore du kilo. Difficile de fabriquer une pièce mécanique qui puisse remplir son rôle sans vérifier qu'elle correspond bien à ce que l'on attend d'elle, sans réaliser de contrôle qualité, à moins de renoncer à toute notion de confiance.

Pour introduire cette journée, qui a continuellement tapé dans le dur de la production industrielle Philippe Fioravanti, responsable projet industrie 4.0 à Aerospace Valley, a tout d'abord déroulé une série de citations plus au moins décalées dont la première, signée Lénine et profilée pour servir de sujet à l'épreuve philosophie du bac, était à la limite du surréalisme le plus sombre : "La confiance n'exclut pas le contrôle" a ainsi résumé le père de la faction révolutionnaire bolchévique. Le contrôle non destructif, qui permet d'expertiser les pièces industrielles sans les détruire ou les détériorer, a été identifié comme un des éléments clés pour la réussite de l'usine 4.0 ou usine du futur (digitalisation de la production, internet des objets...).

Contrôle qualité : une contrainte qui fait mal

Mais, quoi qu'on en dise, le contrôle même non destructif perturbe le cycle de production, avec les retards qu'il suppose. Ce que Philippe Fioravanti a résumé d'une formule choc : "le meilleur contrôle c'est celui que l'on ne fait pas", sachant par ailleurs que "le contrôleur c'est celui qui empêche de produire". Pas moyen pourtant d'y échapper. Y a-t-il un lien de cause à effet psychologique avec cette contrainte du contrôle, les procédures sont-elles insuffisantes ou la technologie mise en œuvre a-t-elle du mal à atteindre ses objectifs ? Toujours est-il que "le contrôle est parfois incomplet, avec un manque de traçabilité : autrement dit il y a du grain à moudre" a éclairé l'animateur.

Les participants à cette journée ont pu prendre connaissance d'un sondage réalisé sur leurs attentes. En matière de contrôle non destructif, ils s'intéressent d'abord à la qualité du contrôle dimensionnel des pièces, du contrôle d'épaisseur et de la cartographie des défauts. Ils sont plus largement très intéressés par l'accompagnement de la Région lors de la phase d'industrialisation, par la possibilité de réaliser des études, des essais, des tests, et par l'accès à un service de veille technologique. Sans oublier leurs préoccupations fondamentales d'industriels qui placent en tête : qualité, temps de cycle (de production) et coût.

La Région très engagée dans le contrôle non destructif

Toutes ces attentes font parties des dimensions à intégrer pour réussir l'usine 4.0. Sujet qui préoccupe fortement la Région Nouvelle-Aquitaine. "Le dernier des leviers technologiques identifiés pour réussir l'usine du futur c'est le contrôle non destructif", a confirmé Marc Lecouvé, en charge de la performance industrielle au conseil régional, qui en a profité pour rappeler que la Région a lancé un appel à manifestation d'intérêt dans le cadre du programme "Usine du futur 2017/2020 : besoins en excellence opérationnelle des PME/ETI régionales". La Région veut ainsi sélectionner dans ce cadre 50 entreprises néo-aquitaines à la session du 30 avril et 50 autres à la deuxième session planifiée le 31 octobre prochain.

Le réseau régional Usine du futur accompagne déjà plus de 500 PME a souligné Marc Lecouvé, qui a précisé que le financement de projets d'offreurs de solutions dans le cadre du contrôle non destructif est au menu du troisième volet du Programme d'investissements d'avenir (PIA). Ingénieur procédé spécialisé dans le développent du contrôle non destructif à Safran Helicopters Engines (Moteurs d'hélicoptères Safran : ex-Turbomeca) à Bordes (Béarn), Thomas Goursolle a expliqué que son usine fabrique des moteurs d'hélicoptères quasiment sur-mesure. Ce qui fait que les variables appliquées aux 10 moteurs de référence du motoriste se traduisent en bout de course par la production de 100 moteurs d'hélicoptères différents.

Vigilance requise pour la mesure sans contact

Safran Helicopter Engines, dont l'établissement de Bordes est par excellence la vitrine régionale de l'usine du futur, a passé un cap et joue désormais sur la réorganisation des lignes de production. Sachant que les gains de productivité sont liés à l'intégration optimale des dispositifs de contrôle qui, à Bordes, se déploient au sein de « 38 briques technologiques ». L'intervenant du Cetim Sud-Ouest a expliqué que le contrôle de la mesure se fait avec ou sans contact (palpable ou non palpable), illustrant son propos avec l'évolution de la mesure du mètre.

Figuré au départ par un segment de métal représentant la dix millionième partie d'une moitié de méridien terrestre, le mètre étalon correspond aujourd'hui à la longueur du trajet parcouru par la lumière dans le vide pendant un peu moins d'un trois cents millionième de seconde. D'où une sorte de course à l'armement métrologique : qui conduit, sans l'éliminer, du pied à coulisse (mesure avec contact) au très puissant tomographe (mesure sans contact), qui permet une numérisation complète de la pièce industrielle à expertiser.

Et au centre de la procédure de contrôle, a souligné en substance l'orateur, se trouve un concept majeur. Celui de l'incertitude de la mesure. "Les mesures par contact nous les connaissons très bien. Par contre il faut se montrer très vigilant au sujet des mesures sans contact. Il faut faire très attention aux résultats car il y a énormément de paramètres en jeu", a-t-il prévenu. Le meilleur contrôleur du futur sera-t-il un robot ? En tout cas, dans l'immédiat, rien n'est moins sûr.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2019 à 22:00 :
j'ai 60 ans, toute ma carrière j'ai fait du contrôle non destructif, la norme ISO 9000 prévoit les système d'auto contrôle, de contrôle des procédures, de validation des fournisseurs, Il existe les AMDEC, et autre SPC. Tout cela permet de faire du contrôle sans arrêt de production.
Quand je lis l'article j'ai l'impression de revenir 40 ans en arrière.

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