Banque de France : en 2019 les entreprises auront la capacité d'augmenter les salaires

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La banque centrale a notamment le monopole de la fabrication des billets de banque.
La banque centrale a notamment le monopole de la fabrication des billets de banque. (Crédits : Yves Herman)
Présent à Bordeaux ce jeudi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a dressé un panorama des enjeux pour la France et la zone euro en ce début d’année. Il a estimé que la France pouvait se réformer tout en protégeant son modèle et qu'en 2019 les entreprises pourront augmenter les salaires. Notre pays doit se réformer pour en finir avec le manque de main d’œuvre qualifiée qui bride la croissance, a exposé le gouverneur, qui se montre optimiste.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a passé l'essentiel de ce jeudi 17 janvier à Bordeaux où il a rencontré, en compagnie du directeur régional de la banque centrale, Patrick Berger, des chefs d'entreprises et responsables politiques de la région. Il a ensuite donné une conférence titrée "Perspectives économiques pour la France et l'Europe à l'aube de 2019" à la Station Ausone, extension de la librairie Mollat, au centre de Bordeaux.

"Même pour moi, qui vient de l'Est, Mollat est une institution" a déclaré le gouverneur. Une remarque qui a dû faire plaisir à l'actuel dirigeant de cette plus grande librairie de France, Denis Mollat, installé au premier rang de la salle à côté d'Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole. La Station Ausone était pleine à craquer. En plus des étudiants, venus nombreux, la finance bordelaise était mobilisée, avec notamment Isabelle Arnaud-Despréaux (MBA Capital) et Axel Champeil (société Champeil), mais aussi des dirigeantes et dirigeants d'entreprise régionales vedettes, dont Agnès Passault (Aquitem) et Nicolas Leroy-Fleuriot (Cheops Technology).

Recul général du PIB en 2018 en Europe

"L'environnement économique est assez favorable mais le contexte international est plus incertain" a synthétisé le gouverneur de la Banque de France, avant de noter que la trajectoire du produit intérieur brut (PIB) mondial a été évaluée en octobre 2018 à +3,7 % sur l'année. Les 19 pays de la zone euro ont enregistré un ralentissement de leur croissance économique après 2017. La hausse du PIB de la zone euro, flashée à +2,5 % en 2017, ne devrait ainsi pas dépasser +1,9 % en 2018, en recul de 0,6 %. Ces données étant en cours de consolidation, le conditionnel est encore de rigueur même si l'écart entre prévision et réalité tend vers zéro.

La France, où la croissance du PIB, qui était de +2,3 % en 2017, devrait passer à +1,5 % en 2018 n'est donc pas un cas particulier. Et même le Royaume-Uni, qui n'appartient pas à la zone euro, a vu son PIB reculer d'une année sur l'autre. La Banque de France évalue la perte de PIB en 2018 due au mouvement social des Gilets jaunes à 0,2 %. Ce qui n'est pas rien. Ce recul du PIB devrait déboucher sur un plateau en 2019, à +1,5 %, sachant qu'en 2016 le produit intérieur brut n'avait progressé que de +1,1 %.

Croissance : la France rattrape l'Allemagne

François Villeroy de Galhau reste optimiste. Il parie ainsi sur une hausse du pouvoir d'achat en 2019 de l'ordre de +1,5 % qui, compte tenu de la hausse de salaires, serait la plus importante depuis 2007. Un renforcement de la capacité d'achat, donc de la demande, qui devrait tirer la croissance en 2019. Il "croit moins" par contre à l'annonce d'une croissance de +1,7 % de la zone euro en 2019, la prévision française (à +1,5 %) étant selon lui plus robuste parce qu'adossée à des mécanismes bien connus, comme le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi).

"De 2014 à 2017 la croissance en France a été en moyenne en retard de 0,6 % par an par rapport à celle de la zone euro. En 2018 elle sera du même niveau que l'Allemagne. Et en 2019 nous devrions doubler l'Allemagne, ce qui ne s'est pas vu depuis 2006" a pronostiqué François Villeroy de Galhau.

La France a créé 750.000 emplois au cours des trois dernières années. Soit bien plus que la moyenne annuelle dans les 19 pays de la zone euro entre 2013 et 2018, avec plus de 9 millions d'emplois. Un rythme qui devrait ralentir en 2019.

"A partir de 2019 la productivité par tête va augmenter en France de +0,8 à +0,9 %, ce qui va réduire le nombre de créations d'emplois mais donner aux entreprises la capacité d'augmenter les salaires" s'est sobrement réjouit le gouverneur.

Des emplois créés grâce à la politique de la BCE

La Banque de France, et plus largement la Banque centrale européenne (BCE), a parfaitement bien lutté en 2018 contre l'inflation, qui n'a pas atteint la barre des 2 %, à 1,6 % dans la zone euro. François Villeroy de Galhau a été clair sur les prix et expliqué que la hausse des créations d'emplois découlait directement de la politique de "quantitative easing", littéralement assouplissement quantitatif, menée par la BCE pour sortir des effets délétères de la crise financière de 2008.

Cette stratégie non conventionnelle consiste pour la banque centrale à racheter certains types de dettes privées (banques, grands groupes...), voire publiques (sous certaines conditions) pour stimuler les échanges monétaires, donc la croissance, et se protéger du risque de déflation, qui aurait pu, à partir de 2016, se traduire par un recul du volume de monnaie en circulation et une contraction des crédits bancaires. La banque centrale a ainsi consacré des centaines de milliards d'euros à ces rachats de dettes (60 Md€ mensuel sur 18 mois à compter de mars 2015, passé à 80 Md€ à partir de mars 2016, etc.).

Le danger d'un taux d'endettement mondial à 230 %

Le spectre de la crise financière de 2008 a-t-il pour autant été conjuré ? Rien n'est moins sûr. Le gouverneur de la Banque de France a ainsi expliqué que cette crise mondiale d'origine étatsunienne avait été déclenchée non seulement par l'accumulation de crédits hypothécaires plus que douteux, "les subprimes", mais aussi par une forte montée de l'endettement mondial. "Nous n'avons traité ce problème qu'en partie" a éclairé François Villeroy de Galhau.

Le taux d'endettement par rapport au PIB mondial est ainsi passé de 209 % en 2007 à 230 % en 2018 (deuxième trimestre). "L'endettement mondial, on le voit, a très fortement progressé" a observé en substance le gouverneur "donc il n'y a pas eu de changement". Pour autant tout n'est pas noir. "La dette privée a beaucoup reculé puisqu'elle est passée de 126 % en 2007 à 99 % en 2018" a nuancé le conférencier. Les Etats ont globalement suivi une pente moins vertueuse sans dévisser tout à fait puisque leur taux d'endettement est passé de 51 % du PIB mondial en 2007 à 60 % en 2018 (idem).

Chômage : la France comme l'Allemagne d'il y a 15 ans

Le grand mouvement de bascule de cette nouvelle séquence de l'endettement mondial est essentiellement alimenté par les Etats émergents. Leur taux d'endettement est ainsi passé de 22 % du PIB mondial en 2007 à 53 % en 2018. Coup de chaud qui s'explique en premier lieu par le niveau de la croissance chinoise.

François Villeroy de Galhau est ensuite revenu sur les risques liés au Brexit avant de rappeler l'excellent bilan de l'euro, vingt ans après sa création. Cela pourra surprendre mais le taux de Français favorables à l'euro est passé de 68 % en 1999 à 72 % en 2018 selon le sondage présenté par le conférencier.

Ce dernier a ensuite souligné que la croissance en France est freinée par l'incapacité qu'ont les entreprises à recruter une main d'œuvre qualifiée. Avec un chômage structurel calé au très haut niveau de 9 % qui fait que, même dans le meilleur des cas, il n'est pas possible de faire diminuer la population sans emploi au-dessous de ce seuil. François Villeroy de Galhau a alors rappelé qu'il y a 15 ans, avant les réformes libérales portées par le chancelier Gerhard Schröder, l'Allemagne affichait elle aussi un taux de chômage structurel de 9 %. En plus de ce manque de main d'œuvre qualifiée, le gouverneur de la Banque de France a pointé un manque de compétitivité des services publics. Ceci en soulignant que la sphère publique n'est pas un handicap pour la croissance, à condition d'être performante.

Si la France n'est pas dans le camp des pays de la zone euro où le PIB a le plus progressé en 2016 et 2017, tout n'est pas perdu. Parce que ces pays, comme les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Espagne, ont réussi grâce à leur persévérance et restent proches.

"C'est un espoir pour nous. Parce que nous pouvons réformer en protégeant l'essentiel du modèle européen, que l'on peut résumer en trois points clés. Par l'existence de services publics plus forts que dans le modèle anglo-saxon, une redistribution fiscale et sociale qui freine la pauvreté, de meilleures relations au travail, avec un dialogue plus riche, plus dense" a déroulé en substance l'orateur.

Reste à trouver le bon réglage pour mener la réforme et convaincre les Français que rien d'essentiel dans le modèle social républicain n'a été perdu en route.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2019 à 15:09 :
Augmenter les salaires, pourquoi faire? Pour le fisc? Pour les banques? Pour les fonctionnaires? Pour contribuer a l'inflation des prix? Pour contribuer a l'augmentation des importations et au déséquilibre commercial? Pour diminuer notre compétitivité? Pour calmer les Gilets Jaunes? etc... Mais sûrement pas pour pérenniser une relance du pouvoir d'achat!

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