Immobilier d’entreprise : Bordeaux Métropole fait de la place pour les artisans et les PME

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Faute de mesures adaptées, les ateliers et les PME vont finir par quitter la Métropole.
Faute de mesures adaptées, les ateliers et les PME vont finir par quitter la Métropole. (Crédits : Rémi Benoit)
Avec le deuxième volet de son programme Aire (Aménager, innover, redessiner, entreprendre) Bordeaux Métropole poursuit le développement de petites zones d’activités destinées aux artisans et dirigeants de PME. Objectif : leur éviter d'avoir à quitter le territoire métropolitain pour cause de flambée des prix immobiliers.

Architectes, représentants de bureaux d'études, promoteurs immobiliers, mais aussi maires de communes métropolitaines se sont pressés hier mercredi 3 juillet au siège de Bordeaux Métropole pour suivre la présentation du deuxième appel à manifestation d'intérêt du programme métropolitain Aménager, innover, redessiner, entreprendre (Aire).

Une initiative d'autant plus originale qu'Aire (lancé pour la première fois en 2017) propose dix sites répartis dans huit villes de la Métropole représentant 14 hectares de foncier (chiffre corroboré par les services de la Métropole - NDLR) pour des programmes uniquement ciblés sur l'immobilier d'entreprise. Beaucoup de ces programmes sont d'une taille inférieure à 10.000 m2 (1 hectare) et les élus qui ont présenté le projet ont insisté sur cette taille modeste des opérations. L'objectif étant de proposer des opérations accessibles aux artisans et dirigeants de très petites et moyennes entreprises en conciliant qualité des constructions et prix bas.

"Il est important que les programmes d'Aire 2 soient dispersés dans la Métropole pour veiller à l'équilibre territorial. Il ne faut pas que ce soit une opération qui vampirise les autres" a résumé Nicolas Florian, maire (LR) de Bordeaux et vice-président de Bordeaux Métropole, avant de préciser que, dans cette perspective, les acteurs du marché intéressés par Aire 2 devront se rapprocher des maires, pour créer "un alliage d'objectifs" et aller vers une forme de "partenariat public-privé".

"Avoir un regard global sur l'aménagement du territoire"

Le maire de Bordeaux a souligné que pour réussir à décrocher l'un des dix programmes proposés, les groupements en lice auront l'obligation de présenter des projets qualitatifs, innovants, avec une logique d'entreprise pérenne.

"Nous sommes en plein déroulement d'Aire 1. Un peu plus de la moitié des permis de construire ont été déposés et les sites sont en commercialisation. Nous devons nous nourrir de ces premières expériences pour Aire 2" a recadré de son côté Christine Bost, maire (PS) d'Eysines, vice-présidente de la Métropole en charge des zones d'attractivité de proximité, de l'économie sociale et solidaire, du commerce et de l'artisanat, et 1re vice-présidente du Conseil départemental de la Gironde.

L'élue a elle aussi souligné qu'il fallait veiller à l'équilibre entre les territoires et s'est félicité de la présence de maires de la rive droite à cette présentation.

"Nous accueillons aussi aujourd'hui Nathalie Laporte, présidente de la Chambre de métiers et de l'artisanat de la Gironde et Jacques Faurens, représentant la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde. Ce qui est tout à fait logique puisque les artisans sont en souffrance, beaucoup d'entre eux vont être en transmission et ils sont très nombreux à rechercher du foncier ou des locaux dans la Métropole pour se développer. Sans arriver à trouver. Ce qui les pousse à aller chercher hors du territoire métropolitain. Ainsi nous devons avoir un regard global sur l'aménagement du territoire au travers de deux points clés : la qualité des projets et leur prix de sortie" a déroulé Christine Bost.

"Nous ne sommes pas des tenants du ruissellement"

Egalement présent à cette présentation, le patron de l'urbanisme métropolitain, Jacques Mangon, maire (centriste) de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole en charge de l'urbanisme réglementaire et de la stratégie foncière, s'est livré à une petite critique de la philosophie macroniste qui, rappelons-le, en plus des "premiers de cordée", comprend un autre chapitre métaphorique consacré au "ruissellement". Concept qui décrit une forme d'écoulement quasi naturel de la richesse : des plus riches (haut de la pyramide) vers les plus démunis (en bas).

"Pour aménager le territoire nous ne sommes pas des tenants du ruissellement. Ici le terrain est trop plat pour que ça marche et puis l'on ne croit pas spontanément en cette idée, a prévenu Jacques Mangon. Des architectes, bureaux d'étude, promoteurs ici présents sont déjà engagés dans Aire 1, et travaillent sur des terrains moins vus que d'autres. Cette première initiative est réussie, avec près de 50.000 m2 en chantier. L'intérêt des petits sites d'un hectare ou moins, c'est que l'on y amène vos capacités d'intervention et que l'on voit que ça marche. La Fab, qui est habituée à faire travailler tout le monde ensemble, a eu un rôle intéressant. Nous vous remercions d'avoir compris la démarche" a exposé Jacques Mangon en s'adressant à l'assistance.

"Doit-on sacrifier l'emploi à la rente ?"

La présidente de la Chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) de la Gironde, Nicole Laporte a rappelé que l'artisanat représente 17.000 établissements dans le département, 21.000 artisans et 38.000 actifs.

"2.800 entreprises artisanales ont été créées en 2018 mais dans des conditions d'installations rendues plus difficiles à cause de la rareté du foncier et des locaux ainsi que des prix élevés. Sans local, pas de travail. Nous avons besoin de créer ou de recréer des locaux pour poursuivre nos activités en milieu urbain. Doit-on sacrifier l'emploi à la rente ?" s'est interrogée cette artisane.

Jacques Faurens, pour la CCIBG, a relevé que dans CCI il y a commerce et industrie et qu'il tenait à bien mettre en évidence les partenariats économiques noués par la Chambre avec la Métropole et le Département. Sans oublier l'engagement de la CCIBG dans le domaine de l'immobilier via ses participations au Mipim (Marché international des professionnels de l'immobilier), à Cannes.

"Nous en sommes partenaires depuis des années et nous y présentons à chaque fois les opportunités qui existent à Bordeaux" a souligné Jacques Faurens.

"Des prix largement inférieurs à ceux du marché"

Comme l'a relevé avec humour Jérôme Goze, directeur général délégué de La Fab (La Fabrique de Bordeaux Métropole), société publique locale dont le PDG est Jacques Mangon, et qui est le bras armé de la politique urbaine de Bordeaux Métropole, "100 % des lauréats se sont inscrits". Il a conseillé aux groupements intéressés par Aire 2 de miser sur l'audace urbaine et architecturale dans le respect absolu des terroirs, en se demandant toujours "Est-ce utilisable, pratique ?", sans perdre de vue l'obligation de maîtrise économique, avec "des prix très bas, largement inférieurs à ceux du marché".

Les groupements qui veulent se présenter devront préparer leur candidature (modalités détaillées à l'adresse www.aire.bordeaux-metropole.fr) à compter de ce mois-ci avant de les formaliser en septembre prochain. D'ici décembre 2019 trois équipes seront ainsi retenues pour chacun des dix sites en vue de la deuxième partie du programme, qui s'achèvera avec la désignation des lauréats (une équipe par site) en décembre 2020.

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