La Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC) présente un bilan 2018 contrasté

Commercialement très active avec des encours de collecte et de crédits qui progressent, la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC) affiche malgré tout des résultats financiers en baisse, marqués par la faiblesse historique des taux d'intérêt et par un contexte réglementaire de plus en plus contraignant.

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Jérôme Terpereau, président du directoire de la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes
Jérôme Terpereau, président du directoire de la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes (Crédits : CEAPC)

Les chiffres, d'abord. La Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes a bouclé l'année 2018 avec un produit net bancaire (l'équivalent du chiffre d'affaires) de 485,6 millions d'euros, en baisse de 2,3 % par rapport à l'année précédente. Son résultat net ressort à 87,5 M€ (-7,3 %). A contrario ses résultats commerciaux progressent : les encours de collecte atteignent 29,8 Md€ (+2,7 %) et les encours de crédit dépassent la barre des 20 Md€ (+6,9 %). La CEAPC totalise également 4 milliards d'euros de versement de crédit dans l'économie régionale, tous marchés confondus. Autres points positifs : l'exposition au risque a baissé, avec un coût en baisse de 29 %, et une structure financière consolidée, avec des capitaux propres grimpant à 2,5 milliards d'euros (+4,1 %) et un ratio de solvabilité qui pousse lui aussi à 21,41 %, en forte croissance.

L'analyse, ensuite : "Nous pensions tous que la Banque centrale européenne allait marquer une pause et favoriser un atterrissage en douceur sur le plan de la réglementation mais au contraire, nous assistons à un durcissement sur certains sujets. Dans le même temps, contrairement aux anticipations des acteurs bancaires, on est reparti sur un cycle de taux d'intérêt à la baisse, alors qu'ils sont déjà historiquement bas. Tout le monde a été surpris par la chute rapide de la croissance en Allemagne et la BCE a rapidement réagi", refusant de relever ces taux et renvoyant notamment de la liquidité vers le monde bancaire, explique Jérôme Terpereau, président du directoire de la CEAPC depuis avril 2018. Tous ces éléments conjoncturels ont eu un impact défavorable sur les résultats financiers de la caisse régionale. Jérôme Terpereau évoque ainsi "une forte pression sur les revenus" de la banque malgré "un dynamisme commercial fort" et "des commissions de service qui ont fondu comme neige au soleil". La concurrence fait en effet rage et cela se ressent sur les marges.

"Notre produit net bancaire baisse de 2,3 % mais cela reste une performance, reprend Jérôme Terpereau. Nous faisons mieux que la moyenne des Caisses d'épargne et nous enregistrons une baisse très sensible, de 29 %, des coûts du risque sans baisser la couverture de ces mêmes risques. Cela découle de nos choix d'accompagnement, notamment des professionnels. Le résultat net reste satisfaisant et nos capitaux propres sont en hausse. Si demain une crise apparaît, nous aurons les fonds propres pour y faire face."

Une foncière et une direction pour l'immobilier professionnel

Le président du directoire observe par ailleurs que "les taux bas n'incitent pas à positionner l'épargne sur des produits classiques" tels que le livret A ou l'assurance-vie. "Les clients ont tendance à laisser leur argent sur leur compte de dépôt." Malgré ceci, la collecte d'assurance-vie a progressé de + 125 M€ en 2018. Le président du directoire relève par ailleurs que la banque de développement régionale a injecté 1 Md€ de financements dans l'économie locale, "dont quasiment 500 M€ pour les seules PME". La santé (financement des clinique et hôpitaux, Ehpads, établissements thermaux, résidences seniors...) a à elle seule représentée 76 projets financés et 120 M€ injectés, l'économie « verte » 60 M€.

L'immobilier professionnel, lui, va faire l'objet d'une stratégie spécifique. La Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes ne découvre pas le sujet, sur la seule année 2018 elle a ainsi octroyé 110 M€ de financements moyen et long terme et financé près de 300 projets (promotion, aménagement et marchands de biens) pour un encours de crédit court terme de plus de 400 M€. Son objectif est plutôt de se renforcer avec la création d'une direction consacrée à l'immobilier professionnelle, qui sera pilotée par Antoine Palma. Cette direction chapeautera une équipe dédiée au financement des activités de court terme et une autre se consacrera au moyen/long terme. Tous les personnels de la filière immobilier professionnel, soit près de 25 personnes, seront regroupés dans un immeuble classé du Triangle d'or à Bordeaux, à proximité immédiate des bureaux des promoteurs. Le lieu précis sera dévoilé à la fin de ce semestre.

Parallèlement, la CEAPC va créer une foncière en nom propre. Dotée d'une capacité d'investissement en direct de 80 M€, elle a vocation à investir dans des projets tertiaires ou commerciaux et complètera ce que fait déjà E-MMo Aquitaine, filiale de la caisse régionale qui a en 2018 réalisé 12 prises de participation au capital de sociétés civiles de construction-vente (SCCV) de promoteurs régionaux pour un total de près de 7 M€.

Montée en puissance des services digitaux

Revendiquant 1,4 million de clients tous types confondus dont 323.000 sociétaires, la banque coopérative régionale couvre 9 départements et dénombre 375 agences commerciales, 3 espaces banque privée, 9 centres d'affaires et 3 centres administratifs. Le réseau, qui a recruté 120 personnes en CDI l'an passé, va-t-il être revu dans le futur ? Jérôme Terpereau constate "une augmentation des connexions mobiles de 17 % et une baisse de 11 % des opérations transactionnelles en agence et de 5 % sur les automates". Face à cette montée en puissance du digital, "on s'adaptera à l'usage de nos clients". Seule certitude : "Le monde bancaire doit réduire ses coûts" dans un contexte de bagarre sur les prix. La création d'une nouvelle agence bancaire dans le quartier en émergence des Bassins à flot à Bordeaux a montré que sans partir d'un fond de commerce existant, il était compliqué d'ouvrir des points de vente en milieu urbain. "Si nos clients se rendent en agence, c'est pour des sujets très spécialisés. Il nous faut donc mettre en face des compétences et des métiers à assembler." Jérôme Terpereau voit donc plutôt des regroupements de petites agences d'un même périmètre, de manière à regrouper en un même lieu des compétences complémentaires : "Nous avons des agences séparées à moins de 800 mètres de 3 ou 4 personnes qui n'offrent pas l'ensemble des métiers nécessaires. Or, les clients ne viennent plus en agence pour des opérations courantes." Pour le président du directoire, le web impulse "une transformation. L'inconnue, c'est la vitesse de cette transformation." Il souligne au passage l'exigence accrue de la clientèle pour une large palette de services digitaux, à laquelle les acteurs bancaires doivent répondre sous peine de voir émerger "un Booking de la banque". Le parallèle avec le monde des agences de voyage est tout trouvé.

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