Gilets jaunes : les commerçants bordelais à court de trésorerie

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Rue Sainte-Catherine, cours Alsace-Lorraine, place Pey Berland ou, ici, cours Victor Hugo, le centre-ville de Bordeaux est touché par les manifestations puis par les violences chaque samedi depuis le 17 novembre 2018.
Rue Sainte-Catherine, cours Alsace-Lorraine, place Pey Berland ou, ici, cours Victor Hugo, le centre-ville de Bordeaux est touché par les manifestations puis par les violences chaque samedi depuis le 17 novembre 2018. (Crédits : Agence APPA)
Depuis 13 semaines, les commerçants du centre-ville de Bordeaux subissent les conséquences des manifestations des Gilets Jaunes et des violences qui en découlent. De quoi pénaliser fortement leur chiffre d'affaires et assécher leur trésorerie, malgré la braderie. Près de 130 commerces ont sollicité des délais de paiement auprès de l'Urssaf tandis que la mairie annonce un fonds de soutien d'un million d'euros.

"Tous les samedis depuis le 17 novembre les commerçants voient disparaître la moitié de leur chiffre d'affaires de la journée, qui représente bien souvent plus de la moitié du chiffre de la semaine", résume Christian Baulme, le président de la Ronde des quartiers et gérant d'un commerce cours Victor Hugo. Soit une perte d'activité de l'ordre de -25 %. Pour accompagner les commerçants confrontés au mouvement des Gilets jaunes, qui s'installe dans la durée, cette association des commerçants et artisans bordelais a organisé ce mardi 12 février une rencontre avec les services de l'Etat et des partenaires financiers : Urssaf, RSI, direction départementale des finances publiques, direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'empoi, Banque de France, tribunal de commerce, mairie de Bordeaux et Bordeaux Métropole, chambre de commerce, ordre des experts comptables, Caisse d'épargne, etc.

De -40 % à -80 % d'activité le samedi

"On le répète à tous nos membres et à tous les commerçants : allez-voir les services de l'Etat avant qu'il ne soit trop tard ! Vous pouvez obtenir des délais de paiement de vos cotisations sociales, cotisations au RSI et impôts", lance Christian Baulme. Après bientôt trois mois de manifestations hebdomadaires, c'est désormais la trésorerie qui coince pour beaucoup de commerçants et restaurateurs. "Ce n'est pas dans leurs habitudes mais on leur conseille vivement d'aller demander des procédures amiables auprès de l'Urssaf et de leur banquier. Ils ont vraiment besoin de cash", confirme Lucas Sarlange, le vice-président de l'Ordre des experts-comptables d'Aquitaine.

Rue Sainte-Catherine, cours Alsace-Lorraine et cours Victor-Hugo sont les artères commerçantes les plus touchées même si c'est tout l'hyper-centre qui est concerné. "Nous avons un problème de trésorerie très clair avec un chiffre d'affaires qui a diminué de 35 % en janvier 2019 par rapport à janvier 2018. Samedi dernier on a servi 150 couverts contre 200 à 220 d'habitude", confirme Simon Darnauzan, gérant du Darnauzan, rue Saint-Rémi et président de l'association de cette artère riche en restaurants. "On a un peu d'ancienneté et 15 salariés donc c'est compliqué au niveau des charges mais on arrive à jongler avec le planning et les congés des uns et des autres mais je crains surtout pour les établissements plus petits et plus récents", poursuit-il.

C'est le cas de Nouvelle Vague, une épicerie de la mer créée en décembre 2017, rue des Remparts. "Les conséquences des Gilets jaunes s'ajoutent à une conjoncture économique qui état déjà plutôt calme. Le mois de décembre a été très compliqué et on a mis le frein sur les approvisionnements. Ce n'est pas dramatique mais la fréquentation et donc la croissance de l'activité tournent au ralenti", témoigne Jean Rigal, l'un des deux gérants.

353 demandes auprès de l'Urssaf en Aquitaine

"Cours Alsace-Lorraine, les commerces subissent une perte d'activité le samedi qui oscille entre -40 % et -80 %. En ce qui me concerne, c'est -64 % sur le mois de janvier 2019 par rapport à l'an dernier ! Pendant ce temps, les aides de l'Etat sont inexistantes et un report de deux mois ne sert à rien. Il faut aller vers des exonérations", fait valoir Jérôme Bianchi, le propriétaire de la boutique Au Trophée Olympic et président de l'association des commerçants de la rue.

A l'Urssaf, des étalements de paiement sur quatre mois sont bien prévus pour les cotisations sociales de janvier, février et mars mais aucune exonération n'est envisagée. 353 entreprises ont sollicité l'Urssaf sur ce sujet en lien avec les Gilets jaunes en Aquitaine, dont 211 en Gironde et 128 à Bordeaux Métropole. "Ce sont principalement des très petites entreprises, de moins de neuf salariés. Des commerces et des cafés-restaurants. Nous leur proposons d'étaler, sans aucune pénalité de retard, le paiement des cotisations sociales ou RSI sur quatre mois. En revanche, la loi ne permet pas d'exonération de ces cotisations qui correspondent à des droits sociaux", clarifie Henri Lourde Rocheblave, le directeur régional de l'Urssaf en Aquitaine.

En cas de difficultés déjà présentes, une entreprise pourra néanmoins obtenir des délais de paiement jusqu'à douze mois. "Mais, quelle que soit la situation, il faut prendre les devants, venir nous voir, nous contacter via internet en précisant le lien avec les Gilets jaunes. Il faut agir que la situation ne se complique vraiment", insiste le patron de l'Urssaf.

La mairie et la métropole à la manœuvre

Du côté des collectivités locales, la mairie de Bordeaux a d'ores et déjà annoncé une exonération de deux mois des droits de terrasse et de la taxe pour occupation du domaine public. S'y ajoute la perspective d'un fonds de soutien d'un million d'euros dont la création devrait être actée par Bordeaux Métropole au mois de mars. "La volonté d'Alain Juppé c'est d'atteindre un million d'euros dont 500.000 € de la métropole. Il a eu un accord de principe sur la participation de la Région Nouvelle-Aquitaine et du gouvernement, lors de la venue d'Edouard Philippe à Bordeaux", précise Maribel Bernard, conseillère municipale déléguée au commerce et à l'artisanat. L'aide de l'Etat devrait se chiffrer autour de 300.000 €. Les modalités d'attribution de ce fonds sont en cours de discussion en fonction de divers indicateurs : baisse du chiffre d'affaires, taille de l'entreprise, indépendants, etc.

Lire aussi : Gilets jaunes: les grandes villes dénoncent des pertes de plusieurs millions d'euros

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Commentaires
a écrit le 14/02/2019 à 9:28 :
Que n'ont-ils constitué une caisse de prévoyance quand les affaires étaient florissantes (......et qu'il n'étatit pas question qu'ils partagent le moindre bénéfice !!! )
Ce système de bénéfices : dans la poche et solidarité nationale pour les pertes est écoeurant !
a écrit le 13/02/2019 à 20:54 :
Pendant combien de temps encore le gouvernement va-t-il tolérer cette chienlit payée par le contribuable ? Au même titre que pollueur= payeur, casseur=payeur.
a écrit le 13/02/2019 à 17:39 :
Un acte 14 est envisagé pour samedi prochain avec des mots d'ordre de plus en plus violents et paranoïaques de la part de pseudo leaders véritablement enragés. Les commerçants sont à bout de nerfs. De nombreux salariés sont mis en chômage partiel. Les dégradations coûtent cher. Une interdiction de manifester s'impose d'urgence ant que l'irréparable se produise comme incendies de synagogues ou d'églises et son cortège de blessés.
a écrit le 12/02/2019 à 18:58 :
Les pouvoirs publics , Etat et collectivités , ne doivent plus tolérer ces manifestations toujours plus violentes en fin de parcours. Il faut les interdire . Stop à l'abus de droit !
La ville est notre bien commun et non un lieu privatisable que les plus violents pourraient s'attribuer à leur guise pour leur sinistre spectacle hebdo "manifs et casse" .
La soumission forcée des habitants aux violences et pillages peut être extrêmement dangereuse à brève échéance ...
La règle casseur payeur doit s'appliquer sans faille.C"est le rôle attendu des services de police et des tribunaux.
En ce qui concerne les commerçants et leurs salariés , premières victimes , des hooligans un réel effort du pays est indispensable même si le contribuable est toujours - en France - le payeur final ...
Réponse de le 13/02/2019 à 17:08 :
Tout à fait pertinent.c'est le sentiment profond du peuple français
Réponse de le 14/02/2019 à 9:31 :
.... mettez votre clavier sous le bras et allez dire ça aux RESPONSABLES de ces désordres : voici les adresses : Elysée , Matignon et Assemblée Nationale : vous serez certainement reçu a bras ouverts !!!

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