Innover au quotidien pour créer 200 emplois en deux ans : le pari osé du CJD Bordeaux !

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Grégory Verdon, directeur de Soditel, et Cédric Moncoqut, gérant de Cap Info, les deux nouveaux co-présidents du Centre des jeunes dirigeants Bordeaux.
Grégory Verdon, directeur de Soditel, et Cédric Moncoqut, gérant de Cap Info, les deux nouveaux co-présidents du Centre des jeunes dirigeants Bordeaux. (Crédits : Agence APPA)
Promouvoir l'innovation et insuffler un état d'esprit agile : c'est l'engagement des nouveaux présidents du Centre des jeunes dirigeants (CJD) Bordeaux. Grégory Verdon, directeur de Soditel (installations électriques), et Cédric Moncoqut, gérant de Cap Info (services numériques), se fixent un objectif clair : la création par les entreprises membres du CJD de 200 emplois en deux ans ! Dans un entretien croisé avec La Tribune, ces deux patrons de PME reviennent sur ce pari osé, sur la culture de l'innovation et sur la place des startups dans l'écosystème local.

La Tribune : Vous venez d'être élus co-présidents pour deux ans de la section Bordeaux du Centre des jeunes dirigeants (CJD). De quoi s'agit-il et pourquoi avoir fait le choix d'un binôme ?

Grégory Verdon : Le CJD Bordeaux est une organisation patronale qui réunit 76 dirigeants d'entreprises représentant 200 M€ de chiffre d'affaires et environ 1.500 salariés. Ce sont des TPE et PME de tous les secteurs d'activité (industrie, services, bâtiment, commerce, etc.) qui comptent 19 salariés en moyenne. L'ambition du CJD est d'être une école pour les entrepreneurs autour de cinq principes : échanger, diriger, expérimenter, réformer et s'engager. Notre objectif est de mettre l'économie au service de l'humain. C'est-à-dire, concrètement, de créer des emplois !

Cédric Moncoqut : Au sein du CJD, on ne postule pas pour être président, on est coopté par les membres. Avec Grégory, nous avons reçus quasiment le même nombre de voix. A cela s'ajoute une amitié forte et un projet commun qui ont abouti à l'idée de notre binôme. Et puis c'est une responsabilité très chronophage donc on voit d'un bon œil le partage les tâches.

Quel est le projet que vous défendez pour les deux ans qui viennent ?

GV : Il y a un mot qui nous passionne : l'innovation ! Dans l'esprit de beaucoup de gens, elle est synonyme de rupture ou de nouveaux produits mais, en réalité, l'innovation peut concerner tous les domaines et tous les services d'une entreprise : gestion RH, recrutement, organisation, process, services, suivi clients, production, etc. Nous voulons donc insuffler cet état d'esprit.

CM : L'innovation ce n'est pas forcément d'inventer quelque chose de nouveau qui n'a jamais été fait ailleurs. Innover c'est aussi appliquer dans son entreprise une idée ou une pratique qui existe dans une autre entreprise. Il peut s'agir de petites évolutions imaginées par les salariés eux-mêmes. La définition du Larousse ne dit pas autre chose : innover c'est "introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d'ancien dans un domaine quelconque".

Votre projet prévoit aussi la création nette de 200 emplois d'ici à 2020...

GV : Oui et c'est l'innovation qui le permettra en constituant des avantages concurrentiels qui génèreront ensuite de l'emploi. 200 créations d'emplois en deux ans, cela représente une hausse de 15 % des effectifs des entreprises membres du CJD. C'est un objectif à la fois ambitieux et atteignable qui représente deux à trois recrutements par entreprise. Quoi qu'il en soit, nous ferons le bilan chiffré mi-2020 et cela permettra de juger objectivement notre mandat qui n'est pas renouvelable ! C'est rare de s'engager sur l'emploi mais on veut poser cet élément comme un vrai marqueur du CJD.

Pour autant, les volontés de recrutements se heurtent parfois à la pénurie de main d'œuvre dans de nombreux secteurs.

CM : Oui, la plupart de nos adhérents dirigent des entreprises dynamiques qui ont envie de grandir mais c'est vrai qu'il ne suffit pas de vouloir recruter pour le faire ! Notre principale problématique, dans beaucoup de secteurs, ce sont justement ces difficultés de recrutement. Il y a un manque de candidats avec les compétences et les qualifications recherchées. Du coup, le recrutement devient aussi un terrain d'innovation : chez Cap Info, on a cherché des consultants avec des profils complètement différents pour les former ensuite en interne. Par exemple, on a fait le pari de recruter une expert-comptable il y a quelques mois et cela fonctionne très bien.

GV : On a tendance à recruter moins sur les compétences techniques que sur les compétences de savoir-être. On fait évoluer nos critères de recrutements, on expérimente le recours à des freelances, on apprend les uns des autres.

CJD

Grégory Verdon et Cédric Moncoqut (Crédits : Agence APPA).

Est-il possible d'innover sans investissements financiers ?

GV : Oui, absolument ! Nous sommes très portés sur la gestion agile et le lean management qui supposent une amélioration continue et une remise en question permanente. Cela pousse aussi à développer l'autonomie de nos collaborateurs. Cela peut se traduire par des changements de méthode et d'organisation pour développer des avantages concurrentiels sans investir dans des logiciels coûteux. Chez Soditel nous avons travaillé sur le suivi client pour améliorer notre réactivité et nos délais d'intervention. Il s'agit surtout d'une réorganisation du travail. Plus largement, l'objectif est d'inciter nos entreprises à mener une vraie réflexion en interne sur leur fonctionnement et à banaliser l'innovation qui est différente d'une démarche de R&D.

Le changement permanent peut aussi être une source de stress pour les salariés qui n'avancent pas forcément tous au même rythme. Comment prendre en compte cette dimension ?

CM : C'est un travail de tous les jours pour accompagner et échanger avec les salariés. Ceux qui prennent le mouvement et s'investissent dans cette logique d'agilité progressent plus vite. Aujourd'hui, le problème n'est pas de travailler : on a du travail et des commandes par-dessus la tête. L'enjeu en réalité c'est d'arriver à s'arrêter de travailler pour prendre du recul et réfléchir sur ce travail. C'est donc toute une démarche à expliquer aux salariés qui sont d'ailleurs souvent à l'initiative du changement.

GV : On veut innover mais on veut aussi préserver la qualité de vie au travail. On se fait donc accompagné par des cabinets spécialisés qui sont là pour nous challenger dans notre rôle de chef d'entreprise. On prend le temps qu'il faut pour implémenter les innovations. Certains salariés adhèrent au concept, d'autres non. Les premiers ont envie de faire évoluer l'entreprise tandis que les seconds ne changeront pas la boîte mais ils la font avancer, et c'est important.

Quels regards portez-vous sur les startups qui tendent à attirer la lumière parfois au détriment des TPE/PME plus classiques ?

CM : Les startups sont utiles et on en a besoin ! Cependant, elles ne s'inscrivent pas dans la même logique que nous. En général, elles visent une innovation de rupture dont le but est de bouleverser un marché, voire un secteur tout entier. Leur logique, c'est de créer une rupture économique ou de disparaître. En tant que dirigeants de PME, nous ne sommes pas du tout dans cette démarche ! Nous sommes là plutôt pour innover dans la continuité, pour, en quelque sorte, faire tourner la maison ! Et cela ne nous empêche pas de créer des emplois, bien au contraire. Chez Soditel et Cap Info on a créé 55 emplois en vingt ans. Mais nous devons aussi nous inspirer des startups car elles maîtrisent mieux que nous certains modes de fonctionnement, de financement, les outils de communication et les réseaux sociaux, etc..

GV : Oui, nous sommes convaincus que nous avons beaucoup à apprendre mutuellement. Nous avons pour nous la solidité et l'expérience. Elles ont pour elles une approche complètement différente de la rentabilité et du rapport aux levées de fonds, par exemple !

Comment percevez-vous l'évolution de Bordeaux Métropole sur le plan économique ces dernières années ?

GV : C'est un territoire qui est devenu objectivement prospère, attrayant et dynamique ! Il y a eu un travail de fond sur l'attractivité de la métropole mené par Bordeaux Métropole et la Région Nouvelle-Aquitaine.

CM : La LGV vers Paris et la mise à 2x3 voies de la rocade jouent aussi en faveur de l'attractivité et de l'emploi. Mais attention cependant à ne pas oublier les PME ! Quand on est une grande entreprise, on a plus de facilités à avoir une oreille attentive de la part des élus locaux et des services des collectivités pour avoir un accompagnement, pour trouver un terrain, etc. Ça simplifie beaucoup de choses. Mais pour les PME c'est une autre histoire !

GV : C'est vrai qu'il est plus facile de parler à la Région quand on a 40 salariés que 20 ! Or, beaucoup d'entreprises de 10 à 30 salariés sont de vraies pépites et ont besoin d'être accompagnées sur telle ou telle problématique. Cela dit les choses avancent, Soditel a rejoint le programme Croissance Premium lancé par la Région et la CCI et on espère bien y trouver un regard neuf et des analyses sur notre stratégie de croissance et de transformation numérique.

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Soditel et Cap Info, deux PME bordelaises en croissance

Cédric Moncoqut, 42 ans, est le gérant de Cap Info, à Artigues-près-Bordeaux, une entreprise de services numériques créée en 1992 qu'il a repris en 1998. Cap Info compte 20 salariés aujourd'hui, contre seulement deux il y a vingt ans, pour un chiffre d'affaires de 2,3 M€ en 2017 et une croissance de +9 % au premier semestre 2018. 80 % de l'activité de Cap Info provient de son activité d'intégration logicielle pour des entreprises du bâtiment. Une opération de croissance externe est dans les tuyaux et devrait aboutir au doublement de l'effectif. Trois autres recrutements sont prévus dans les prochains mois.

Grégory Verdon, 43 ans, est le directeur de Soditel depuis 1998. Cette entreprise d'électricité du bâtiment, basée à Pessac, a été créée par son père en 1979. Soditel compte 42 salariés aujourd'hui contre seulement cinq il y a vingt ans, pour un chiffre d'affaires de 5,2 M€ en 2017. La PME est spécialisée dans les installations électriques en courant faible (antennes, badges d'accès, interphones, etc.) et fort (domotique) dans la construction neuve, la réhabilitation et le SAV. Soditel recrute cinq à dix collaborateurs par an sur des profils techniques (électriciens, antennistes, informaticiens) et commerciaux.

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