"Une PME, c'est une startup qui a réussi, c'est le vrai tissu économique ! "

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Gaël Duval (au premier plan à droite) a accueilli Emmanuel Macron dans les bureaux agenais de JeChange le 6 mars dernier. Les deux hommes sont proches depuis plusieurs années.
Gaël Duval (au premier plan à droite) a accueilli Emmanuel Macron dans les bureaux agenais de JeChange le 6 mars dernier. Les deux hommes sont proches depuis plusieurs années. (Crédits : JeChange)
Le 6 mars, le PDG fondateur de JeChange, Gaël Duval, accueillait dans ses bureaux d'Agen Emmanuel Macron et annonçait avoir choisi Jean Nouvel pour concevoir le futur siège social de l'entreprise. Quelques jours après, le dirigeant se pose pour revenir sur les succès et les échecs formateurs de la pépite agenaise, spécialisée dans la réduction des factures courantes et des changements de contrats. Gaël Duval, par ailleurs fondateur de la French Touch Conference, en profite également pour développer sa vision du rôle des acteurs du numérique dans les territoires ruraux.

Quels ont été les tournants jusqu'à présent dans l'histoire de JeChange, qui propose aujourd'hui des services tels que la souscription ou la résiliation de contrats en énergie, télécoms, crédit, assurances... ?

"Le premier, c'est ma phobie administrative et un déménagement personnel qui m'a conduit à avoir l'idée de JeChange. L'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence a joué un rôle dans notre développement. Notre première levée de fonds, et la seule à ce jour, à hauteur de 3 M€, a aussi été un jalon important. C'était tout nouveau pour moi : je n'avais jamais été confronté à ce sujet, ayant par le passé monté des boîtes plutôt orientées vente de services. Cette levée a été assez épique, avec un bon alignement des planètes. Mais toute l'équipe du fonds d'investissement avec qui on s'apprêtait à signer a démissionné et le closing ne s'est jamais fait. J'ai dû réinjecter de l'argent perso. Et puis bien sûr le rachat de DSLvalley et la rencontre avec Philippe Goold (aujourd'hui DG de JeChange, NDLR) à Agen a été essentielle. Un peu sans s'en rendre compte, on est devenu le porte-drapeau d'un modèle de développement territorial où l'enjeu est de faire rayonner la transformation numérique le plus largement possible dans notre écosystème. Agen n'est pas un territoire French Tech et ce n'est pas un problème. Ce n'est pas la peine de labelliser tout le monde, sinon ça perd tout sens. Ce n'est pas vrai de dire qu'Agen a un écosystème tech. Mais comme ailleurs, il y a un risque de fracture entre deux parties : nous voulons contribuer à réduire le schisme entre les bénéficiaires de la transformation numérique et le reste de la population.
J'ajoute enfin, dans les tournants vécus par JeChange, l'entrée d'Ardian au capital, qui nous a fait passer de startup tendance PME à PME future ETI."

Lire aussi : JeChange.fr, quand changer devient vecteur d'économies


Donc l'objectif est de devenir une entreprise de taille intermédiaire (ETI) et pas une des licornes tant portées aux nues ?

"Ce n'est pas grave de faire une boîte qui ne fait « que » 100 millions d'euros de chiffre d'affaires ! Une PME, c'est une startup qui a réussi, et ce sont ces PME qui font le vrai tissu économique. 100 à 150 M€ de CA, c'est déjà très important et c'est effectivement le cap que nous nous fixons avec une présence internationale accrue notamment. Personnellement, je ne suis pas loin d'en avoir ras-la-licorne. Faire de belles boîtes, c'est déjà assez compliqué. Je pense qu'on a collé trop vite cette étiquette à certains et que c'est lourd à porter. Quand ça va mal, on devient vite le vilain petit canard. Tout ça n'est que du marketing. Une startup, c'est un état transitoire, elle a vocation à grossir et à se transformer en autre chose. Ça doit peut-être nous amener à remarketer ce qui est une PME."

Auriez-vous pu grandir plus vite, plus rapidement ?

"Sans doute. Au moment où Ardian est entré au capital, certains fonds nous ont proposé d'abonder. Mais je n'en avais pas l'envie ni le besoin. J'ai eu l'habitude de sociétés où la levée de fonds n'était pas dans les usages, ma culture entrepreneuriale personnelle a donc peut-être un côté trop « terrien » pour ça. J'ai aussi envie que ça reste ma boîte et je suis pleinement conscient, comme le dit très bien mon ami Marc Simoncini (fondateur de Meetic et de Sensee, NDLR), que lever des fonds, c'est aussi le début des emmerdes."

Quels sont les facteurs qui ont fait que JeChange a réussi à grandir et à passer de startup à scale-up alors que la plupart plafonnent ?

"Le fait d'être présents sur trois sites, Agen, Bordeaux et Paris, avec des équipes pluridisciplinaires. L'internationalisation, un sujet complexe car il n'est pas naturel de franchir ce Rubicon, mais c'est nécessaire pour grandir. Accepter que la vitesse d'exécution est ralentie avec des effectifs plus nombreux. La croissance et le développement ne permettent pas de piloter de la même manière qu'aux débuts, ce n'est pas vrai."

Quels ont été les échecs les plus cuisants ?

"Rater des rachats qui nous auraient permis d'atteindre une taille critique. Je regrette aussi ne pas être allé assez vite sur le sujet de l'assurance auto. On n'a pas été assez bons et le marché s'est durci avec des acteurs rapidement trop gros pour être sérieusement challengés."

Comment s'est faite la connexion avec l'architecte-star Jean Nouvel, à qui vous avez confié la conception de votre futur siège social sur le Technopole Agen Garonne ?

"Je n'ai aucun talent d'architecte mais j'adore ça. C'est un hasard mais Jean Nouvel a toujours été un fil rouge dans mon histoire. La visite de son Institut du monde arabe a été un choc quand j'étais enfant. Quand j'ai vendu ma 1re boîte, j'ai atterri dans un immeuble de Jean Nouvel, et ainsi de suite. Quand j'ai su, par hasard, qu'il était né à 3km de là où l'on va s'installer, je lui ai envoyé un mail, un simple mail, où je lui ai raconté ma vie, ce que fait JeChange, et pourquoi c'était important à mes yeux qu'il s'implique dans notre projet. J'ai découvert après qu'il était, lui, en pleine réflexion sur un projet similaire mais réfléchi à l'échelle chinoise. Moi, j'arrive avec un bête mail et je lui parle de son lieu de naissance... Il faut savoir que Jean Nouvel a écrit des choses sur les villes il y a 30 ans qui sont très justes aujourd'hui, sur les mutations, les espaces polyformes, l'adaptabilité des locaux, le déploiement d'activités économiques partout sur le territoire... Bordeaux - Agen, en termes de taille, c'est 70 km, soit deux quartiers à l'échelle des mégalopoles chinoises. Notre problématique lui a parlé."

Quel est le rôle de JeChange au plan local ?

"On soutient le projet de Campus numérique 47 porté par le Conseil départemental de Lot-et-Garonne, on soutient le cluster de croissance par le numérique Inoo, et globalement nous souhaitons apporter notre expérience et peut-être une vision pragmatique éloignée des démêlés politiques. Il y a quelques temps, on avait fait venir le Conseil national du numérique à Agen. C'est aussi important pour nous d'attirer l'attention sur des villes moyennes comme Agen qui ont tendance à ne pas être dans le radar des instances nationales. Et je le dis d'autant plus facilement que je suis un Parisien pur jus et que je siégeais au CNNum ! Dire qu'on a les mêmes problématiques à Agen qu'une startup parisienne, c'est faux. L'offre en termes d'écoles, d'universités, n'est évidemment pas la même. L'idée qui sous-tend notre futur siège social est d'ailleurs de devenir un espace où les PME qui ont envie d'utiliser le digital pour survivre et croître, les indépendants, les étudiants qui veulent monter leur entreprise... pourront trouver des compétences et des ressources."

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Commentaires
a écrit le 14/03/2018 à 5:54 :
La petite et moyenne entreprise, la cible preferee de Bercy. La vache a lait. Pour ma part, j'ai choisi de mettre bcp de distance avec cette entite prevaricatrice, tout comme le merdef.
Réponse de le 14/03/2018 à 8:28 :
C'est pour votre bien que Bercy agit....mais vous ne me savez pas! 😎

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