Intelligence artificielle et connectivité : Thales Avionics esquisse l'aéronautique de demain

A quoi ressemblera l'aviation civile et militaire de demain ? Quelle sera la place de l'intelligence artificielle aux côtés du pilote ? Comment fonctionne l'usine-campus de Mérignac ? C'est pour répondre à toutes ces questions que deux dirigeants de Thales Avionics, Gil Michielin et Bruno Nouzille, étaient invités par La Tribune Bordeaux lors d'un Petit déjeuner organisé en partenariat avec le Crédit Agricole Aquitaine.

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Les dirigeants de Thales Avionics, Bruno Nouzille, directeur technique avionique, et Gil Michielin, DGA des activités avioniques de Thales, étaient les invités du petit-déjeuner de La Tribune Bordeaux organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, jeudi 1er mars 2018.
Les dirigeants de Thales Avionics, Bruno Nouzille, directeur technique avionique, et Gil Michielin, DGA des activités avioniques de Thales, étaient les invités du petit-déjeuner de La Tribune Bordeaux organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, jeudi 1er mars 2018. (Crédits : Agence APPA)

64.000 salariés dans 52 pays pour un chiffre d'affaires de près de 15 Md€ en 2016 : le groupe Thales est un géant mondial de l'aéronautique. Sa division avionique, forte de 11.500 employés, est implantée en Gironde depuis 40 ans et son nouveau site de Mérignac, opérationnel depuis 2016, rassemble désormais 2.600 collaborateurs.

Connectivité permanente entre le cockpit et son écosystème

"Le cœur de notre métier est d'apporter des solutions techniques et technologiques à nos clients, civils et militaires, pour leur permettre de prendre les bonnes décisions dans des situations complexes, souvent critiques, sur terre, dans les airs, sur mer, sous les océans et dans l'espace et le cyberespace", résume Gil Michielin, DGA des activités avioniques de Thales, bordelais depuis toujours. Avec son collègue Bruno Nouzille, directeur technique avionique, il était invité, jeudi 1er mars, du petit déjeuner La Tribune Bordeaux, animé par Jean-Philippe Déjean, organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel.

L'occasion de revenir sur les profondes transformations de l'aéronautique liées à la révolution numérique :

"En trente ans, on est passé d'un poste de pilotage bardé d'instruments conventionnels avec des aiguilles à des écrans numériques tactiles, témoigne Gil Michielin.

Aujourd'hui, il y a une connectivité permanente entre le cockpit, ses multiples capteurs, et tout son écosystème via des communications sécurisées. Cela concerne les données de pilotage et de maintenance mais aussi les services en ligne désormais proposés aux passagers qui permettent aux compagnies aériennes de générer des revenus supplémentaires."

Le pilote, seul maître à bord

Mais, malgré toutes les informations mises à disposition en temps réel grâce à l'électronique embarquée, le dirigeant de Thales Avionics insiste : "C'est le pilote qui doit rester le seul maître à bord !"

"L'un des défis technologiques actuels est en effet d'améliorer encore nos systèmes d'informations pour optimiser l'interface homme-machine. L'objectif est de faire converger l'information de tous les capteurs vers un écran unique facilement compréhensible par le pilote qui, lui, n'a qu'un seul cerveau", détaille Bruno Nouzille.

C'est aussi le principe des dispositifs "tête haute" qui permettent de superposer des informations synthétiques sur le paysage réel dans les phases critiques. Des outils utilisés dans les avions militaires depuis les années 1960/1970 et aujourd'hui diffusés dans le civil. "Cela se fait aujourd'hui via une lame de verre et ça se fera demain via des lunettes optiques de type Google glass", précise son collègue. Les interfaces digitales et la reconnaissance vocale ont également pris place aux côtés du pilote.

Quelle place pour l'intelligence artificielle ?

Les évolutions du pilotage seront encore renforcées demain par les outils relevant de l'intelligence artificielle (IA). Une IA pourrait-elle piloter, seule, un avion ? Un sujet qui occupe activement les équipes de Thales Avionics tant les enjeux sont complexes au regard de l'impératif de garantir la sécurité des vols via le respect de certifications et de normes très précises et durcies régulièrement.

"La difficulté de l'IA dans l'aéronautique, c'est qu'un système d'information intelligent - aussi doué et apprenant qu'il soit, y compris avec des millions de cas de figure - est d'abord efficace pour exécuter une tâche précise et réagir à ce qui est prévu mais pas à ce qui est imprévu. Or, l'aéronautique c'est justement une somme de situations imprévues !", détaille Bruno Nouzille. "Par conséquent, l'IA pose un problème clair vis-à-vis des certifications de sécurité qui voudront être certaines que tel système d'IA aura telle réaction déterministe en fonction de telle situation. Il faudra donc probablement imaginer de nouvelles procédures de certifications de sureté."

Giel Michielin Bruno Nouzille

Gil Michielin, Jean-Philippe Déjean et Bruno Nouzille (Crédit : APPA)

Néanmoins, dans un futur plus proche, les systèmes d'IA, utilisés notamment dans le secteur des drones, permettent déjà "d'alléger la tâche de l'équipage lors de certains phases du vol et d'imaginer, par exemple, des vols avec un seul pilote au lieu de deux, à condition que ce dernier puisse reprendre les commandes à tout moment", complète Gil Michielin.

Il rappelle que Thales a investi un milliard d'euros ces dernières années dans le digital et l'IA. Cela s'est notamment traduit par les acquisitions récentes des entreprises LiveTV (2014, connectivité), Vormetric (2015, sécurisation des transaction), Guavus (2017, big data), Cortaix (2017, IA) et le rapprochement, officialisé fin 2017, avec Gemalto en matière de sécurisation des objets connectés dans le domaine industriel. "Nous investissons également 150 M€ en trois ans dans notre digital factory en Ile-de-France et nous sommes un sponsor actif de la Station F, à Paris, sur l'activité de cybersécurité. Cela nous permet de repérer et d'accompagner les startups françaises et internationales innovantes dans ce domaine", ajoute Gil Michielin. La cybersécurité est en effet un axe stratégique pour Thales qui revendique "la sécurisation de 80 % des transactions financières dans le monde et du cloud de Microsoft."

Une usine-campus à Mérignac

L'innovation est aussi l'un des principes qui ont présidé à l'investissement de 200 M€ consentis par Thales Avionics pour l'installation de son siège à Mérignac en 2016. "L'objectif était de renforcer notre ancrage en Nouvelle-Aquitaine et au sein de l'écosystème aéronautique très riche de la région bordelaise", note le DGA, qui souligne que "36.000 avions volent aujourd'hui.avec des équipements produits par Thales à Bordeaux". Le site de Mérignac, présenté comme un "campus", réunit 2.600 salariés dans quinze métiers très différents : ingénieurs et chercheurs, ingénieurs R&D, chimistes, opticiens, électroniciens, mécaniciens, informaticiens, cogniticiens et médecins, etc. "On a embauché 80 personnes sur le site en 2017 et on devrait rester sur un rythme comparable cette année", ajoute Bruno Nouzille.

Thales Avionics

L'espace de travail lui-même fait la part belle aux procédures dématérialisées et aux espaces collectifs plutôt qu'individuels, pour favoriser le travail collaboratif et l'innovation. "Nous avons des espaces communs avec certains de nos clients, tels que Dassault ou Airbus, pour développer le co-design, la co-conception, la co-certification", détaille le directeur technique. 1.500 m2 sont ainsi dédiés à un "hub innovation" avec les partenaires et clients civils et militaires, y compris des PME et ETI locales. S'y ajoute un "design center" pour encourager et faciliter la créativité et l'innovation. Un "fab lab" vient compléter le dispositif : "Concrètement, c'est notre capacité de prototypage rapide pour savoir s'il faut continuer ou au contraire abandonner telle idée ou tel concept innovant", traduit Gil Michielin.

Campus Thales, Mérignac, Groupe GA

Le siège de Thales Avionics, à Mérignac (Crédits : Thales Group).

Le site de Mérignac se distingue aussi sur ses activités de défense puisque le radar qui équipe les Rafales y est entièrement produit. "L'industrie aéronautique militaire sert bien souvent de précurseur à l'industrie civile et les ponts entre les deux sont nombreux", note le dirigeant.

Thales, n°2 mondial du divertissement à bord

Le DGA des activités avioniques de Thales revient aussi sur l'impact de la connectivité sur les possibilités offertes en termes de services proposés aux clients des compagnies aériennes, notamment pour la clientèle premium et fidélisées :

"Avant, il y avait un écran standardisé avec des contenus audio et vidéo. Aujourd'hui, nous proposons des écrans connectés et personnalisables, via les programmes de fidélité, en fonction des préférences, des habitudes et des besoins d'information du client. Les achats en temps réel sont aussi possibles. L'idée est d'assurer au client une continuité d'expérience personnalisée entre le départ et le retour à son domicile que ce soit dans les transports, à l'aéroport ou en vol."

Autant de possibilités, aussi enthousiasmantes pour les uns qu'inquiétantes pour les autres, qui sont évidemment potentiellement payantes, offrant une nouvelle source de revenus non négligeables aux compagnies aériennes.

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Commentaires 3
à écrit le 15/03/2018 à 18:16
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Vraiment un excellent article qui m'a fait un peu découvrir THALES .

à écrit le 05/03/2018 à 9:12
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L’intelligence artificielle, c’est également la capacité de pouvoir capitaliser, analyser et anticiper les conséquences d’une situation imprévue à partir des retours d’expérience du terrain afin de réagir au mieux à un tel évènement lorsqu’il arrive ...

le 06/03/2018 à 14:13
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Que l'IA, c'est du bullshit d'un point de vue systèmes temps réels embarqués critiques. Et pourtant c'est passionnant d'un point de vue technique. 1- Tout le monde en parle, personne ne définit ce que c'est. A mon sens, c'est une caractéristique i...

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