Cadres : de l'entraide pour trouver du boulot à Bordeaux

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Une vingtaine de bénévoles accompagnent les personnes qui font appel à l'association Cadres Entraide
Une vingtaine de bénévoles accompagnent les personnes qui font appel à l'association Cadres Entraide (Crédits : Agence Appa)
Aider les cadres en détresse à trouver un emploi ou une reconversion. Active depuis 21 ans à Bordeaux, l'association Cadres Entraide œuvre patiemment et déploie des méthodes innovantes pour trouver des solutions au chômage. Elle jette un regard lucide sur les difficultés des cadres de la métropole.

Elle ne survit que par la grâce d'un peu de subventions publiques, des cotisations de ses membres et surtout, par l'opiniâtreté de sa vingtaine de bénévoles, tous cadres ou dirigeants d'entreprise actifs ou retraités donnant de leur temps, de leur énergie et de leur carnet d'adresse. Basée près de Bordeaux, Cadres Entraide agit, comme son nom l'indique, auprès des cadres qu'elle accompagne dans leurs démarches d'emploi ou dans leur reconversion, selon deux méthodes : individuelle ou collective.

"Lorsqu'un cadre vient nous voir pour la première fois, une petite équipe le reçoit pendant une heure afin d'approfondir avec lui ses problématiques professionnelles mais aussi ses problématiques de vie, précise Bernard Barillet, un de ces bénévoles. Nous cherchons à voir en quoi nous pouvons l'aider, si nous pensons qu'on a un réseau personnel ou professionnel susceptible d'être utile. Toute notre démarche passe par l'écoute de la personne. Avant de la conseiller sur son CV ou ses démarches, il faut d'abord la connaître. Débute ensuite un travail de deux à six mois axé sur les réalisations probantes que beaucoup de cadres ont du mal à faire. L'idée est de faire émerger des compétences, pas des affirmations mais des preuves, et d'élaborer ensemble un projet professionnel. Nous sommes sur un taux de retour à l'emploi conforme aux attentes de la personne, en CDD ou en CDI, de 70 % environ. Si au bout de six mois elle ne trouve pas d'emploi, nous passons la main."

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Inadaptation

Bernard Barillet et les autres bénévoles voient principalement deux types de populations venir chercher de l'aide : "Nous constatons de l'inadaptation avec des personnes trop rigides dont les compétences ne sont pas en adéquation avec le marché, et voyons des armées de jeunes qui cherchent un job d'assistants en communication ou dans les ressources humaines. Nous accompagnons 150 personnes par an, si elles sont un minimum mobiles physiquement ou dans leur tête nous arrivons à trouver des solutions."

Cadres Entraide propose plusieurs types d'accompagnement. "Nous prenons 12 personnes pendant deux mois et demi pendant trois jours par semaine, accompagnées par 6 bénévoles, illustre Bernard Barillet. Team buiding, travail sur les problématiques de chacun, sur les matrices de compétences, sur les techniques de recherche d'emploi, notamment sur Linkedin que 90 % des gens ne savent pas utiliser comme un réseau social... La moitié des personnes accompagnées sont des profils plutôt seniors assez éloignées de l'emploi."

Autre méthodologie, Cadres Entraide réunit de petits groupes de dix personnes plutôt proactives, aux profils d'entrepreneurs potentiels. L'idée : approcher des dirigeants de PME sous-staffées, dont l'effectif est inférieur à une trentaine de salariés et dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 5 millions d'euros... et où justement, ce dirigeant fait tout. Lors de la prospection téléphonique, le cadre accompagné sollicite un entretien de découverte pour travailler sur un besoin identifié ou un enjeu vital pour l'entreprise, puis propose de réaliser une mission gratuite de 5 à 10 jours. Il ne s'agit pas d'un audit complet mais d'une manière d'identifier des axes de progression, de nouveaux business...

"Une fois sur deux, le dirigeant de l'entreprise propose ensuite une collaboration, travail à temps partagé, portage salarial.... précise Bernard Barillet. Ce sont des missions payantes, régulièrement deux jours par semaine dont il faut pour le demandeur d'emploi trouver une 2e entreprise. Notre difficulté est essentiellement de trouver des profils adaptés pouvant devenir indépendants. Certains ne le restent d'ailleurs pas et finissent par être embauchés, d'autres choisissent de poursuivre avec ce statut qui leur convient bien. L'objectif est de ne plus demander un travail mais de proposer une collaboration après avoir soi-même identifié un sujet important pour l'entreprise sollicitée, dont elle n'est d'ailleurs pas toujours consciente."

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"Faire le deuil de la rémunération et du travail dans le vin"

Depuis son poste de vigie, Bernard Barillet jette un regard lucide sur le marché de l'emploi cadres à Bordeaux et dans sa métropole :

"Il y a un vivier énorme et l'on voit beaucoup de Parisiens arriver sans aucune préparation, et qui se sont mis à chercher un emploi pendant six mois à un an sans rien trouver. Ils se situaient entre 30.000 et 50.000 € à Paris, les choses commencent à s'améliorer à partir du moment où ils font le deuil de cette rémunération et qu'ils acceptent une sous-qualification. Beaucoup doivent aussi faire un autre deuil : celui de trouver un emploi dans la viticulture à Bordeaux. Souvent, il s'agit de personnes qui ont une spécialisation dans le vin et pour qui trouver un job ici dans cette filière tient du fantasme. Sauf que le marché est fermé à double tour, avec beaucoup d'entreprises familiales. Si bien que des gens remontent à Paris au bout de quelques mois. Bordeaux bénéficie d'un développement économique certain mais 7.000 nouveaux emplois nets par an, ce n'est pas beaucoup par rapport aux arrivées de population. La communication, les ressources humaines, le vin... sont des secteurs sinistrés. Et aujourd'hui, pour un cadre de plus de 50 ans sur le marché de l'emploi, c'est mission impossible pour redevenir salarié."

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Bernard Barillet raconte que "beaucoup souffrent d'épuisement professionnel ou sont malheureux d'avoir été dégagés à 50 ans. Derrière le chômage on trouve aussi des problématiques sociétales, des gens qui ont du mal à s'adapter à la révolution technologique permanente. Tous ne sont pas âgés : il y a également des jeunes de 30 ans qui ont des difficultés à s'adapter au marché de l'emploi, qui peinent à changer de posture." Pour leur redonner un peu d'espoir, l'association cherche à recruter des bénévoles cadres ou dirigeants d'entreprise pouvant donner un peu de leur temps.

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