Le pivot de VMH Energies face à la toute-puissance asiatique sur le marché photovoltaïque

Désormais incapable de rivaliser avec la concurrence asiatique, le fabricant de panneaux solaires VMH Energies, implanté à Châtellerault, dans la Vienne, s'apprête à stopper sa production de modules photovoltaïques cadrés classiques. La PME de 47 salariés amorce un virage vers des tuiles et des dalles plus sophistiquées et des solutions mobiles, au succès inattendu. Le point avec Jean Donnelly, directeur du développement de l'entreprise.
VMH Energie, implantée à Châtellerault, dans la Vienne, amorce un virage vers des tuiles et des dalles photovoltaïques plus sophistiquées et des solutions mobiles.
VMH Energie, implantée à Châtellerault, dans la Vienne, amorce un virage vers des tuiles et des dalles photovoltaïques plus sophistiquées et des solutions mobiles. (Crédits : VMH Energies)

LA TRIBUNE - Lors d'un récent webinaire sur le futur énergétique à horizon 2050 (1), vous avez assuré que l'Europe avait perdu toute perspective de souveraineté sur les panneaux photovoltaïques classiques. Pourquoi ?

Jean DONNELLY - Parce qu'un module photovoltaïque cadré européen coûte désormais 20 % plus cher qu'un module asiatique, sachant que lui-même a connu une augmentation de 15 % sous l'effet de la crise. La hausse des prix des composants, due notamment à une pénurie de polysilicium, s'est maintenue malgré la reprise, et tout porte à croire qu'il n'y aura pas de retour arrière, au contraire ! Aujourd'hui, tous les fournisseurs de composants sont asiatiques, à de rares exceptions près. En intégrant les taxes et le transport, cela nous coûte plus cher de faire venir ces composants que d'acheter un panneau directement en Chine.

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D'où la nécessité de se diversifier pour tirer son épingle du jeu ?

Oui, avec cette nouvelle donne, notre business model initial ne fonctionne plus. Nous l'avions bâti sur la vente de projets photovoltaïque développés sur appels d'offres de la CRE [Commission de régulation de l'énergie], et équipés de nos modules VMH Energies. Mais l'effort que nous faisions sur l'économie globale des projets pour absorber les surcoûts de nos panneaux - de l'ordre de 10 % plus chers que les modules asiatiques avant la crise - est devenu insurmontable. Nous arrêtons en 2022 la production de modules cadrés classiques.

Alors certes, nous allons continuer à développer des projets "CRE", avec un fournisseur chinois de grande qualité ; mais surtout, nous avons commencé à nous diversifier dès 2020 autour de deux axes : la fabrication de modules spéciaux pour le compte de tiers, et la réalisation de systèmes de production complets, livrés clés en main.

Quels sont ces "modules spéciaux" ?

Ils sont de trois types. Des tuiles photovoltaïques, qui permettent de combiner production et couverture du bâtiment, très esthétiques, et donc garantes d'une plus grande acceptabilité sociale. C'est un segment qui fonctionne plutôt bien, d'autant que ces systèmes bénéficient désormais d'une prime à l'intégration paysagère de l'ordre de 25 centimes d'euros par watt crête installés.

Nous fabriquons aussi les panneaux Wattway, codéveloppés avec Colas et le CEA. Ce sont des dalles photovoltaïque circulables, qui permettent d'équiper des parkings, des pistes cyclables, et pourquoi pas des routes. Nous avons également codéveloppé avec eux les panneaux circulables Flowell, équipés de LED, pour offrir une solution de signalisation lumineuse dynamique de l'espace routier. Pour nous, c'est une technologie extrêmement prometteuse, un marché potentiel important. Nous pourrions par exemple fournir les revêtements pour équiper des pistes d'aéroport.

Et pour finir, nous fabriquons des panneaux "sur mesure", commandés par des architectes. Et sur ce segment, on peut tout imaginer : du bifacial, de l'intégration de LED... La seule limite, c'est le prix.

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Quelle est la part de ces modules spéciaux dans votre chiffre d'affaires actuel ?

Ils pesaient 15 % du chiffre d'affaires en 2020, puis 30 % en 2021. Cette part devrait toutefois diminuer un peu en 2022 parce que le succès de la solution d'autoconsommation mobile que nous avons développée dépasse largement nos espérances. Elle est aujourd'hui notre "fer de lance" et suscite un tel intérêt que nous dépassons d'ores et déjà au mois de mars le chiffre d'affaires prévisionnel de 15 millions d'euros que vous visions pour 2022 !

En quoi consiste cette solution exactement ?

Il s'agit d'une petite unité de production autoportante, 100 % préfabriquée en usine et livrée clé en main. La capacité est de 250 kWc maximum, de sorte qu'elle ne nécessite pas de permis de construire, seulement une déclaration préalable. Les panneaux, qui mesurent moins d'1,2 m sont facilement déplaçables, ils peuvent être posés sur tout type de terrain, et l'installation se fait en trois jours par une équipe de cinq personnes. Donc c'est un système qui permet de répondre aux besoins de collectivités, d'entreprises tertiaires ou industrielles, d'exploitations agricoles, pour effacer partiellement leur consommation.

Une solution portée, donc, par la hausse des prix de l'énergie...

C'est certain : la hausse des prix de l'énergie survenue à l'été a déjà largement raccourci le retour sur investissement, qui est désormais de moins de cinq ans. La solution coûte en moyenne 220.000 euros, et nous évaluons aujourd'hui l'économie moyenne à 50.000 euros annuels (économie que nous chiffrions à 30.000 euros l'été dernier). On est donc sur un délai de retour sur investissement comparable à celui d'une machine industrielle. Et la crise énergétique que Poutine est en train d'engendrer en envahissant l'Ukraine va pousser encore davantage en faveur de l'autoconsommation.

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(1) Webinaire organisé le 21 février 2022 par l'ADI Nouvelle-Aquitaine, le cluster néoaquitain Energies stockage, RTE, France Energie Eolienne et le SER.

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