A Bordeaux Luc Belot recadre le phénomène de la Smart City

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Luc Belot hier à Bordeaux
Luc Belot hier à Bordeaux (Crédits : La Banque des territoires)
Contrairement à la France, peu de villes en Europe contrôlent la gestion de leur eau ou des transports, a souligné hier à Bordeaux l’ancien député Luc Belot, auteur d’un rapport sur les villes intelligentes. Quant au concept de Smart City, qui a initialement impliqué IBM et d’autres grandes firmes, il consistait au départ à prendre purement et simplement le contrôle de la gestion des villes.

Le colloque organisé hier jeudi dans les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde (CCIBG), par la toute nouvelle Banque des Territoires (groupe Caisse des dépôts) en partenariat avec La Tribune, a permis de revisiter les enjeux liés à la ville intelligente (smart city), en particulier avec Luc Belot, ancien député du Maine-et-Loire auteur du rapport "De la smart city au territoire d'intelligences".

Cette journée qui s'est déroulée à guichet fermé, en présence d'élus et de fonctionnaires venus de toute la France, a été lancée par Annabelle Viollet, directrice régionale adjointe de la Banque des territoires pour la Nouvelle-Aquitaine. La représentante de la Banque des Territoires a souligné que ce premier colloque régional dédié à l'innovation dans les villes moyennes allait bien au-delà de la technologie et impliquait aussi les volets économique, juridique, financier et social parce que l'innovation se conjugue pour les décideurs et gestionnaires de la ville sur les plans du développement du numérique, du tourisme, de l'énergie renouvelable ou encore de l'immobilier.

Quartier smart city modèle : une ambiance à la "Walking Dead"

"Répondre aux enjeux des villes moyennes, c'est la grande priorité de la Banque des territoires. Avec deux actions en focus : le soutien à la réforme du logement et la mise en œuvre du plan Action cœur de ville" a observé en substance Annabelle Viollet.

Premier intervenant et spécialiste de la ville intelligente Luc Belot, ancien député du Maine-et-Loire, auteur du rapport "De la Smart City au Territoire d'Intelligence(s)" a joué franc jeu. "Ville intelligente, je n'aime pas beaucoup cette expression. Car elle oppose les smart cities aux stupid villages" a-t-il averti, soulignant au passage une fracture de plus en plus marquée entre métropoles et campagnes à laquelle les Français semblent désormais très sensibles. Luc Belot a voyagé pour aller voir ailleurs ce qui se faisait de mieux en matière de villes intelligentes.

C'est ainsi qu'il s'est rendu près de Séoul, capitale de la Corée du Sud et plus particulièrement dans le quartier de Songdo, le plus abouti au plan du développement durable et de la smart city.

"J'ai été déçu par ce que j'ai vu, par rapport aux annonces. Nous sommes allés à Songdo, quartier ultra pointu en terme de smart city mais je peux vous assurer qu'aucun d'entre vous n'aimerait y vivre", a-t-il lancé aux auditeurs, "tellement ce quartier est déshumanisé et triste. Les boutiques, les restaurants, les commerces sont fermés. Là-bas question ambiance, c'est comme dans la série américaine Walking Dead" s'est amusé Luc Belot pour bien faire passer son message.

En France au moins, les territoires pilotent leur stratégie

Pourtant l'ancien député PS est persuadé qu'au plan mondial on assiste à un alignement très favorable des planètes pour la ville intelligente. Partant du fait que, selon les prévisions, 70 % de la population mondiale habitera dans des villes d'ici 2050, dans un cadre dominé par la question climatique, Luc Belot a précisé en particulier qu'en France les territoires pilotent leur stratégie, "ce qui est assez rare en Europe où les collectivités ne contrôlent pas l'eau ni les transports".

Revenant sur l'extension des connexions Internet à très haut débit en train de se déployer en France, avec encore beaucoup de zones blanches, Luc Belot a précisé que les Français, qui sont à peu près tous équipés de téléphones mobiles, sont tous à la recherche des mêmes services en ligne, qu'ils soient en ville ou à la campagne. Puis l'orateur a précisé que le terme anglo-saxon de smart city avait été forgé par la firme américaine IBM, qui rangeait sous cette appellation tous les outils qui devaient lui permettre de prendre le contrôle des villes...

La ville intelligente implique la gouvernance au plus haut niveau

"L'idée c'était de vendre du matériel qui prendrait en otage le système de pilotage numérique d'une ville. Aujourd'hui c'est très différent puisque nous essayons de mettre ces outils au service des élus et des habitants, a résumé l'orateur. Le cœur, a-t-il poursuivi, c'est la donnée. Nous devons avoir une vraie stratégie sur sa gestion. Avec le développement de services à partir de la gestion des données", a déroulé Luc Belot.

Il a conclu son propos en soulignant que la gestion des données, dans le cadre de la ville intelligente, relevait de la gouvernance au plus haut niveau des territoires. Et que les élus devaient garder en permanence à l'esprit la notion de souveraineté, martelant qu'il ne devait pas être question de livrer les données concernant les administrés à des opérateurs, même français. Et que d'autre part cette stratégie de la ville intelligente ne devait pas se solder par l'abandon d'une politique inclusive, sachant que 7 % des Français n'ont pas une maîtrise suffisante de l'écriture pour pouvoir remplir des documents administratifs. Un handicap qu'Internet ne fait qu'aggraver.

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