Apprentissage : Alain Rousset s'inquiète

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Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Le président socialiste du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, a tiré ce jeudi matin la sonnette d'alarme au sujet de la réforme de l'apprentissage, qui est en cours de discussion. Sa crainte : que les Régions soient dépossédées du pilotage du sujet au profit des branches professionnelles et que les territoires en souffrent. Sur le volet transport, un syndicat mixte des mobilités pourrait voir le jour dès le mois de mai.

Contrairement à Alain Juppé, qui ne renouvellera pas sa cotisation aux Républicains, Alain Rousset a honoré la sienne en faveur du Parti socialiste. Mais cela n'empêche pas le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine de souhaiter "le retour du débat public, du débat d'idées", loin des querelles politiques, comme par exemple celles qui agitent la course à la présidence du PS. S'il n'est pas candidat, Alain Rousset a bien en tête une trame qui tient en quelques points : réconcilier le monde politique et celui de l'entreprise, mieux comprendre cette dernière, y compris pour pouvoir la challenger. Lutter contre la pauvreté et la précarité. Reprendre, dans les territoires, l'idée d'une décentralisation qu'il estime toujours insuffisante, obérant de fait toute velléité de réforme profonde.

Lors de ses vœux à la presse, ce mercredi matin, le président de la Région a, tour à tour, listé ses priorités, chargé les médias nationaux jugés trop impliqués dans un entre-soi élitiste parisien et pas assez tournés vers les territoires, démonté la théorie du ruissellement économique entre les métropoles et leurs hinterlands et fait le point sur les principaux sujets qui annoncent 2018. Deux le préoccupent particulièrement.

Non au pilotage de l'apprentissage par les branches professionnelles

Le premier point d'inquiétude est la réforme de l'apprentissage. Le gouvernement aimerait présenter un projet de loi au printemps sur le sujet et espère faire décoller ce système alliant cours théoriques et pratique dans les entreprises, alors que la France est en retard sur le sujet et qu'aucun gouvernement n'a réussi à y remédier. Parmi les sujets évoqués par le gouvernement lors de la concertation figure le projet de confier aux branches professionnelles le pilotage de l'apprentissage, au détriment des conseils régionaux qui en sont les actuels chefs de file. Une idée poussée par le patron du Medef, Pierre Gattaz, qui demande depuis plusieurs mois que les centres de formation des apprentis (CFA) soient gérés directement par les branches, et la taxe d'apprentissage perçue par ces mêmes branches. Une "Gattazerie" selon le mot d'Alain Rousset, qui a invité les journalistes présents à demander à Pierre Gattaz combien d'apprentis accueille l'entreprise du président du Medef et à mettre le chiffre en rapport avec les effectifs totaux.

Pour le président de Région, le problème est que seuls les artisans et TPE ont recours à l'apprentissage, et que les entreprises plus importantes ne se sont jamais emparées du sujet. Le 29 janvier, il réunira les chambres de commerce et d'industrie, les chambres de métiers... de Nouvelle-Aquitaine pour explorer le dossier. Mais déjà, il alerte :

"Si on confie aux branches professionnelles la gestion de l'apprentissage, derrière ce sera la fin des CFA à Châtellerault, à Mauléon... Elles ne joueront pas le jeu."

Bordeaux asphyxiée

Deuxième point d'inquiétude pour Alain Rousset : la question des transports. Notamment "l'enclavement de Limoges" pour lequel il attend un signe de l'Etat : "Il appartient au gouvernement de se positionner. Autoroute ou TGV, ce ne sera pas dans les moyens de la Région même si nous sommes prêts à renforcer notre aide." Mais aussi "l'asphyxie de Bordeaux et les conséquences en matière de pollution".

Fervent défenseur du ferroutage, Alain Rousset met régulièrement en avant le retard français en la matière et pointe le nombre de camions qui empruntent quotidiennement l'axe Bayonne-Bordeaux avant de s'y arrêter ou de poursuivre vers Poitou-Charentes. Mettre les camions sur des trains fait partie des priorités, mais aussi mettre moins de voitures sur la route, et donc trouver une solution pour financer les deux branches de la LGV, Bordeaux-Espagne et Bordeaux-Toulouse.

Sur ce sujet, Alain Rousset continue à combattre l'idée d'un réaménagement des voies existantes et refuse d'opposer trains du quotidien et grande vitesse - sauf sur le plan économique. Peu séduit par le retour de l'idée de barreaux reliant les autoroutes autour de Bordeaux ("Sous quel délai ? Et comment, structurellement, je sors les camions de la route ?"), Alain Rousset veut boucler rapidement la mise en place d'un syndicat mixte des mobilités, milite pour la création d'un bus à haut niveau de service entre la gare de Pessac Alouette et la zone aéroportuaire à l'Ouest de l'agglomération, et ambitionne de créer rapidement un titre de transport qui sera valable à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine, que l'on emprunte le TER, le réseau TBC dans la métropole ou que l'on prenne le bus à Agen ou Poitiers.

S'agissant du syndicat mixte des mobilités à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine, le conseil régional devrait approuver les statuts lors de sa prochaine séance plénière le 26 mars 2018. Sous réserve de l'adoption de ces statuts par les autres collectivités concernées, le syndicat pourrait être créé au début du mois de mai 2018 et sa première réunion est programmée pour le 4 juin. La vision régionale sera déclinée à l'échelle de 28 autorités organisatrices correspondant à des bassins de vie. Les départements, dont la Gironde, ne pourront adhérer au syndicat mais devraient y être associés à titre consultatif au regard de leur compétence sur le réseau routier.

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