Gérard César : "La métropole bordelaise n'est pas auto-suffisante ! "

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Gérard César préside l'Association des maires de Gironde depuis 2011.
Gérard César préside l'Association des maires de Gironde depuis 2011. (Crédits : AMG)
Hégémonie de la métropole, rocade et grand contournement, déprime des maires, fusions de communes : Gérard César, qui préside l'Association des maires de Gironde depuis 2011, revient sur les grands dossiers du moment. Porte-parole des "petits" maires, il veut notamment rééquilibrer les rapports avec l'agglomération centrale et ne veut pas entendre parler de fusion entre Bordeaux Métropole et le Département.

A 83 ans, Gérard César (LR) affiche 24 ans cumulés de mandats parlementaires et 16 ans de maire de Rauzan, commune de 1.200 habitants au sud-est de Libourne. Président de l'Association des maires de Gironde depuis 2001, il relaye "la grande inquiétude" de ses collègues du département par rapport à leurs moyens financiers mais aussi vis-à-vis du poids croissant de la métropole bordelaise. "Nous avons besoin d'elle mais elle a aussi besoin de nous !", rappelle-t-il avant de prendre clairement position en faveur du grand contournement autoroutier.

Comment vos collègues maires vivent leur mandat aujourd'hui ?

Gérard César : "Il y a une grande inquiétude à plusieurs niveaux. La fin des contrats aidés entraîne des difficultés pour les associations mais aussi pour le fonctionnement des écoles. L'encadrement des dépenses et la suppression de la taxe d'habitation ajoutent à la confusion et brouillent les perspectives financières. L'Etat nous dit qu'il compensera le montant de la taxe d'habitation à l'euro près mais beaucoup n'y croient pas et ça rompt le lien de l'impôt local entre l'habitant et sa commune.

Le mandat de maire est devenu très difficile. Je crains qu'en 2020 beaucoup de maires ne se représentent pas, préférant jeter l'éponge. D'habitude, c'est environ 40 % des maires mais j'ai peur que ce soit beaucoup plus important la prochaine fois. Certains claqueront même la porte avant 2020 pour laisser la place à un adjoint."

Pourtant, malgré les discours ambiants, beaucoup de communes ont encore des marges de manœuvre pour investir...

GC : "C'est vrai et il est important de continuer à investir, notamment sur l'entretien des routes. Il est aussi possible d'aller chercher des financements auprès du mécénat d'entreprises ou de fondations. La Fondation du patrimoine, notamment, est très active pour aider à la rénovation du patrimoine rural : églises, moulins, ponts, etc. Il y a un important travail d'accompagnement et de formation à mener : les maires des petites communes sont en train de passer d'une gestion du quotidien à une gestion pluriannuelle avec des modélisations budgétaires. Il faut une gestion de bon père de famille mais aussi une gestion efficace. Ce n'est pas évident mais nous y travaillons activement !"

Comment les maires des petites communes de Gironde se positionnent face à la métropole de Bordeaux ?

GC : "Notre département est le plus étendu de France, il ne peut se résumer à l'agglomération bordelaise. Le Département présidé par Jean-Luc Gleyze a donc un rôle essentiel auprès des petites communes qui sont plus isolées, dans des territoires ruraux moins dynamiques. La situation est très différente du Rhône, où le département et la métropole de Lyon ont fusionné, qui est un territoire très ramassé. Donc la Gironde doit rester un département à part entière pour maintenir un équilibre avec la métropole même s'il peut y avoir des transferts de compétence et des conventions entre les deux pour coordonner et fluidifier l'action publique."

La coopération entre la métropole et le reste du territoire est-elle satisfaisante ?

GC : "Alain Juppé est bien conscient que la métropole n'est pas auto-suffisante et ne peut fonctionner sans ses voisins. En matière d'emploi, d'habitat, d'énergie ou d'alimentation : nous avons besoin d'elle mais elle a aussi besoin de nous ! Je crois donc qu'il faut que nous formalisions notre coopération, qui est obligatoire pour l'intérêt des habitants, par le biais d'une convention par exemple. Cela pourrait concerner particulièrement les questions de mobilité, la gestion des problématiques propres au péri-urbain ou les achats groupés entre les communes pour être plus efficace."

Le sujet de la mobilité est très présent en Gironde. Que préconisez-vous ?

GC : "Sur l'élargissement de la rocade, la situation est lamentable et a des répercussions sur tout le département, pas seulement sur la métropole ! Tout le monde - la Métropole, le Département, la Région et l'Etat - doit se mettre au travail et mettre la main à la poche pour boucler le chantier. C'est une question d'intérêt général pour accueillir les 15.000 à 18.000 nouveaux habitants chaque année. Mais cela ne suffira pas à absorber le trafic : il faut réaliser au plus vite le grand contournement autoroutier de Bordeaux !"

Les maires de Gironde sont particulièrement frileux en matière de fusions de communes. Pourquoi ?

GC : "En effet, ça ne marche pas. Il n'y a eu que 3 communes nouvelles et deux projets dans notre département qui compte pourtant 538 communes ! C'est très faible. Les élus municipaux n'y croient pas et préfèrent les intercommunalités qui sont désormais identifiées et fonctionnent bien. Les maires n'ont pas été élus en 2014 pour faire disparaître leur commune mais certains veulent travailler ensemble et envisagent de faire campagne là-dessus en 2020 pour avoir l'aval de leurs électeurs avant de fusionner."

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