Budget : la Nouvelle-Aquitaine joue la stabilité

 |   |  1028  mots
Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine (Crédits : Agence Appa)
A 3,1 Md€, le budget primitif de Nouvelle-Aquitaine cuvée 2018 ne fait pas de folie sans pour autant sombrer dans la rigueur, avertit Alain Rousset, président de la Région. Jeunesse, aménagement du territoire, économie et emploi sont les trois premiers postes budgétaires.

Le budget primitif du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, adopté hier lundi en assemblée plénière, est d'une très grande stabilité puisqu'il s'établit à 3,1 Md€ contre 3 Md€ l'an dernier (+3,3 %). Lors de la présentation du budget, avant cette plénière, Alain Rousset, président (PS) de la Région, a dénoncé la politique du gouvernement qu'il a accusé de vouloir enterrer la décentralisation, avec la décision prise par le Premier ministre Edouard Philippe de contraindre 319 grandes collectivités du pays à s'engager par contrat auprès de l'Etat sur l'évolution de leurs dépenses.

"La contractualisation Etat-collectivités pose un vrai problème constitutionnel puisque la Constitution garantit la libre administration des collectivités locales. Avec cette contractualisation nous changeons symboliquement de système. Jusqu'à présent les collectivités pouvaient décider de leurs dépenses. Mais là c'est désormais le préfet qui va regarder les dépenses. Cette mesure de contractualisation nous fait faire un bond en arrière qui nous ramène avant 1982, date du vote de la loi de décentralisation. Gaston Deferre doit se retourner dans sa tombe" a déclaré Alain Rousset.

"500 PME qui ne seront pas aidées"

Que le préfet de Région pose un œil scrutateur sur les dépenses du conseil régional ne peut qu'ulcérer Alain Rousset, qui ne supporte déjà pas que, malgré les prérogatives des conseils régionaux en matière de formation et d'emploi, l'Etat ait maintenu les Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), qui selon l'élu doublonnent avec l'action de la Région et devraient être supprimées. Alain Rousset s'est rendu dans le Lot, où le gouvernement vient de tenir sa deuxième Conférence des territoires, et a pu s'adresser directement au Premier ministre Edouard Philippe.

"Pour la première fois le gouvernement s'attaque aux compétences de la Région, ce qui est le cas avec l'apprentissage. Une compétence régionale que le gouvernement met à l'encan en la cédant aux branches professionnelles... A un moment donné, a relevé avec une touche d'indignation Alain Rousset, nous étions soupçonnés par le gouvernement de faire une pelote avec l'apprentissage ! Alors que notre région dépensait 500.000 euros de plus que prévu dans ce domaine. La modernisation des CFA (centre de formation d'apprentis-NDLR), a-t-il poursuivi, c'est un plan pluriannuel. Quand on décide de la construction d'un nouveau centre de formation d'apprentis il faut cinq ans pour mener le projet à bien. C'est pourquoi j'ai dit au Premier ministre : vous déstabilisez le pays".

Aérocampus

Tout d'abord centré sur la formation à la maintenance aérienne, l'Aérocampus Aquitaine, lancé par la Région, est en plein développement (photo Aérocampus Aquitaine).

L'Etat va priver les conseils régionaux de 450 M€, "ce qui représente une perte de 50 M€ pour la Nouvelle-Aquitaine, soit 500 PME qui ne seront pas aidées" a martelé Alain Rousset.

306,5 M€ d'investissement pour la jeunesse

Ce budget primitif régional 2018, Andréa Brouille (maire de Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne), vice-présidente en charge des finances, l'a synthétisé en un chiffre. "Dans ce budget, l'investissement est à 30 %" a observé l'élue. Avant que le président ne donne la couleur de cette cuvée budgétaire 2018. "Ce n'est pas un budget de rigueur, c'est un budget rigoureux" a-t-il ainsi indiqué. Le volet investissement représente 891 M€ auxquels s'ajoutent 196 M€ pour les lycées, dont le conseil régional a la responsabilité. Soit un peu plus de 1 Md€ en crédits d'investissements.

"Hors dette les dépenses globales sont en retrait de -0,21 %, ce qui nous permet de continuer à avoir un plan d'investissement ambitieux tout en restant raisonnable" observe Andréa Brouille. La Région défend quatre domaines d'action principaux qui ciblent la jeunesse (306,5 M€ de crédits d'investissement et 932,2 M€ de crédits de fonctionnement), l'aménagement du territoire (252,1 M€ et 329,8 M€), le développement économique-emploi (173,8 M€ et 363,2 M€) et la transition énergétique et écologique (78,3 M€ et 345,8 M€). A ces quatre lignes budgétaires s'ajoutent la gestion des fonds européens (62,2 M€ et 38,9 M€) et l'administration générale (254,9 M€ et 262,2 M€).

Statut des agents : 18 M€ sur quatre ans

Alain Rousset a notamment souligné le gros effort fait par la Région dans le déploiement du très haut débit, avec une enveloppe qui passe de 20 M€ à 88 M€ dans le budget 2018. Il a confirmé sa volonté de continuer à "réinventer une politique d'aménagement du territoire" en passant un nouveau cap pour que les acteurs des territoires puissent faire remonter des projets. Il a appelé aussi à "rebâtir un cadre contractuel sur la formation entre les CFA et la Région, qui assure 46 % du budget de fonctionnement" de ces centres de formation a-t-il éclairé, soit un budget d'investissement de 48 M€.

Alain Rousset, toujours partisan de la création d'un service régional de l'emploi, a regretté que ce sujet central soit éparpillé entre 173 organismes différents en Nouvelle-Aquitaine, sachant que "Pôle emploi ne traite que 10 % des demandes". Rappelant que l'Aérocampus, à Latresne (Gironde), désormais en pleine expansion, est aussi un produit de la Région, qui a pris "le risque de mettre 25 M€ sur la table pour lancer ce projet", Alain Rousset a souligné que si l'Aquitaine était devenue attractive sur les plans industriel et économique, avec quatre ans d'avance dans les batteries électriques, c'était grâce à l'action du conseil régional.

La fusion des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes se décline aussi sur le plan social puisque les agents des trois anciens territoires n'avaient pas les mêmes statuts. Même si Alain Rousset défend sa stratégie sur ce plan, qui a consisté à "harmoniser les contions de travail des agents par le haut, tout en veillant à ce que le temps travaillé soit respecté" les syndicats manifestent leur mécontentement. Alain Rousset, de son côté, explique que cet alignement par le haut représente un investissement de 18 M€ sur quatre ans pour la Région, dont 6 M€ versés tout de suite.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/01/2018 à 15:04 :
le Budget + 3.3% la baise des impôts ne sont pas pour demain. Les pensions des retraités sont bloquées depuis 5 ans, le coût de la vie grimpe de 1.2 %, etc....Un budget contraint.....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :