La startup NFC-I, plus proche des compagnies ferroviaires, se lance dans les drones

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Lors de la soirée anniversaire des cinq ans.
Lors de la soirée anniversaire des cinq ans. (Crédits : NFC-I)
Spécialiste de la collecte et du traitement de données en vue de produire des analyses prédictives, notamment sur les risques d’incidents ferroviaires, la startup bordelaise NFC-I élargit la palette de secteurs où elle va intervenir.

NFC-I, à Bordeaux, a fêté son cinquième anniversaire cet été dans un restaurant de bord de Garonne. Pour une entreprise, la célébration d'un cinquième anniversaire a toujours un petit peu l'allure d'un passage réussi du redoutable cap Horn. Puisqu'à l'issue de cette période quinquennale 40 % des entreprises (hors auto-entrepreneurs) ont disparu (Insee - génération des entreprises créées en 2010). Ce qui vaut globalement pour les startups, qui n'ont pas d'existence légale au sens strict puisqu'elles ne relèvent d'aucun statut juridique spécifique.

Ce concept toujours très tendance de startup, qui combine innovation et fort potentiel de croissance, ne semble pas séduire plus que ça Nicolas Bournet, cofondateur de NFC-I (near field communication pour communication en champ proche : sur quelques centimètres de longueur hors ligne - NDLR) avec Serge Chaumette, professeur au Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri) et spécialiste des drones, dont NFC-I porte une innovation. Sans doute parce que cet ancien directeur administratif et financier de la télévision bordelaise TV7 (groupe Sud Ouest) n'est pas très emballé par un modèle d'entreprise qui se caractérise généralement par une absence de chiffre d'affaires associée à une consommation élevée de capitaux.

En cinq ans un seul impayé de 4.000 euros

"Nous avons toujours eu un chiffre d'affaires. La première année il était de 50.000 euros et lors de notre dernier exercice, en 2018, il a atteint 500.000 euros, avec 15 personnes. D'un autre côté, les fonds propres de l'entreprise, qui se montaient à 20.000 euros en 2014, avec l'apport des associés ont atteint le montant de 500.000 euros l'an dernier" déroule Nicolas Bournet.

Avant de reprendre son ode au fonctionnement de l'entreprise un peu à l'ancienne.

"En 2019 nous aurons contracté un emprunt de 300.000 euros auprès de BNP Paribas, en attendant 200.000 euros de financement de la part de Bpifrance. Autrement-dit je lâche zéro pourcent de capital, c'est-à-dire que j'évite la levée de fonds. Au titre de l'exercice 2018 NFC-I a réalisé 30 % de résultat net. En cinq ans nous avons eu un seul impayé, de 4.000 euros" détaille le dirigeant.

Repérer instantanément les pannes électriques

NFC-I, qui se définit désormais comme un éditeur de solutions d'analyse prédictive pour les transports, l'aéronautique et la logistique évolue au cœur de l'Internet des objets (IdO), et a à son actif de prometteuses réussites. Alors que cette PME emploie 15 personnes, elle a réussi à susciter l'intérêt de la SNCF, qui a très vite compris l'intérêt de développer un réseau de communication automatisé. NFC-I commercialise une innovation développée par le Labri et qui permet notamment d'optimiser la collecte hors ligne et en temps réel de données sur le fonctionnement des centres techniques.

De petits bâtiments disséminés le long des voies, où sont contrôlés en mode automatique les feux régulant le passage des trains ou encore le fonctionnement des passages à niveau. L'application de NFC-I permet de savoir instantanément s'il y a un échappement électrique de l'un de ces centres techniques. Autrement-dit de contrôler que tous les câbles électriques sont en état de fonctionner, qu'aucun n'a été attaqué par les rongeurs.

De nouveaux projets avec la SNCF...

"Nous développons désormais la collecte de données par le biais de drones. Nous avons signé deux affaires de ce type, dont le financement est en cours avec l'appui de la Région Nouvelle-Aquitaine. Nous conservons et développons bien entendu le volet historique de notre activité, qui repose sur les capteurs" éclaire Nicolas Bournet.

Le président de NFC-I recadre ensuite le fonctionnement de la startup de façon panoramique.

"Schématiquement nous collectons des données, qui sont ensuite centralisées dans une base, un entrepôt, où elles sont structurées afin d'être rendues visualisables. Une fois que ce premier travail est fait, les données sont soumises à un puissant traitement statistique qui va nous permettre d'en extraire une analyse prédictive" déroule le dirigeant.

NFC-I continue à travailler avec la SNCF avec laquelle quatre projets sont en cours de développement. La publication cet été d'un rapport de sécurité défavorable pour la SNCF établi par l'Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF) et divulgué par "Le Parisien" a visiblement joué un rôle d'accélérateur puisque la Société nationale de chemins de fer français a signé mi-août un nouveau de dossier de partenariat avec NFC-I pour traiter "les défauts de signalisation constatés sur les voies suite à des problèmes d'isolation" cite Nicolas Bournet. Sachant que la plupart du temps les rats, qui raffolent des câbles électriques, n'y sont pas pour rien.

... Sans oublier Mesea, GT Logitics et l'aéronautique

La jeune entreprise bordelaise a également signé un contrat-cadre avec Mesea, qui gère pour le groupe Vinci, la maintenance de la ligne de TGV Bordeaux-Tours. Il s'agit en l'occurrence d'une nouvelle application destinée à améliorer le traitement des "incidents constatés sur la ligne". En clair il s'agit de réduire au maximum le temps d'arrêt et la fréquence des pannes de trains sur cette ligne, qui se traduisent pour Mesea par le paiement de pénalités salées à la SNCF. Là aussi l'analyse prédictive du fonctionnement de la ligne est en première ligne.

Ce savoir-faire a également permis à NFC-I de se rapprocher de la RATP et d'Infrabel, équivalent en Belgique de SNCF Réseau (gestionnaire de l'infrastructure). Déjà très pointue dans le suivi de ses véhicules en France et parmi les leaders nationaux de l'externalisation de la fonction logistique, la société GT Logistics, à Bassens (Gironde/Bordeaux Métropole), dirigée par Eric Sarrat, fait également appel à NFC-I pour assurer une traçabilité maximale au transport de matières sensibles qu'elle assure pour ses clients. Depuis avril dernier NFC-I a rejoint le cluster Aerospace Valley, qui rayonne sur les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, pour se rapprocher des opérateurs de cette filière.

Quelques déconvenues mais un futur plus ouvert

"Nous avons été référencés cet été par Bercy dans le cadre du volet économique de la stratégie nationale en IA (intelligence artificielle -NDLR), avec les 530 startups recensées en France par Bpifrance. C'est très intéressant parce que cela va nous permettre de nous rapprocher de la Direction générale à l'armement (DGA) et de la Direction générale des entreprises (DGE) et nous ouvrir à des programmes financés spécifiques à l'intelligence artificielle" déroule Nicolas Bournet.

La PME qui devrait recruter cinq personnes d'ici la fin de l'année reste sur de bons rails, ce qui ne l''empêche pas d'avoir enregistré quelques déconvenues. C'est ainsi que son rapprochement avec Rhoban System, unité dédiée à la robotique et née elle aussi dans le giron du Labri, a échoué pour des raisons de divergences d'analyse. Dirigée par Olivier Ly et Hugo Gimbert, Rhoban System s'est fait en particulier un nom à l'échelle internationale avec ses quatre titres de champion du monde de football pour robots humanoïdes. Sachant que la Coupe du monde Robocup 2020 sera organisée à Bordeaux. L'autre déconvenue concerne l'implantation de NFC-I à Montréal où l'entreprise bordelaise comptait ouvrir un bureau.

"De septembre à décembre 2018 nous avons suivi un intéressant programme de mentoring sans arriver à conclure la moindre affaire. Notre marketing n'était pas adapté. Nous avons désormais décidé de ne pas nous implanter sur place avant d'avoir vendu la moindre prestation. Nous sommes en train de négocier pour recruter un agent sur place" réactualise Nicolas Bournet.

A plus court terme NFC-I cherche à déménager de ses locaux du triangle d'or bordelais pour faire face à la hausse de son effectif. Mais déménager tout en restant à Bordeaux n'est pas si facile. C'est pourquoi NFC-I étudie plusieurs pistes, dont une option place Ravezies. Sans qu'aucune décision n'ait été encore calée par la direction.

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