Cité numérique : où en est-on à deux gros mois de l'ouverture des premiers espaces ?

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(Crédits : Chemetoff_CollectionPaysage)
La Cité numérique, destinée à devenir à Bègles le "totem de l'économie numérique de Nouvelle-Aquitaine", ouvrira ses portes aux premières structures qui l'occuperont autour du 4 juin prochain. La première tranche devrait se remplir au cours de l'été et une seconde tranche sera livrée au 2e trimestre 2019. Il reste que le pilotage des différents espaces peut surprendre.

Parfois qualifié de serpent de mer, le dossier de la Cité numérique semble cette fois vouloir déboucher. Après une succession de retards repoussant la livraison de deux ans par rapport au plan initial, une première tranche de 3.500 m2 sera livrée tout début juin, autour du 4 ou du 5. Elle accueillera quelques structures qui ont très rapidement besoin de bureaux, avant une 2e vague d'entrées dans le courant de l'été. La 2e tranche de la Cité numérique sera livrée plus tard, au 2e trimestre 2019.

Née de la reconversion d'un ancien centre de tri postal, la Cité numérique est destinée à devenir sur 27.000 m2 le "totem" de l'économie numérique de Nouvelle-Aquitaine, en y accueillant des entreprises plus ou moins matures, des écoles... Installée à Bègles, voisinant Bordeaux, elle est située sur le périmètre de l'opération d'intérêt national Bordeaux Euratlantique, gigantesque mécano urbain de 738 hectares à cheval sur 3 communes, Bordeaux, Bègles et Floirac, qui vise à refondre tout le périmètre situé autour de la gare Saint-Jean. Le dossier est entre les mains de l'établissement public d'aménagement (EPA) Bordeaux Euratlantique, présidé par Virginie Calmels, première adjointe au maire de Bordeaux et vice-présidente de Bordeaux Métropole, et dirigé par Stéphan de Faÿ. L'EPA en est le maître d'ouvrage et le promoteur, ayant pour mission de céder en blocs les différents espaces avant de s'en retirer. 41 millions d'euros y ont été injectés.

Le nom du repreneur de l'ensemble a déjà été dévoilé par La Tribune : il s'agit de la société d'investissement immobilier Foncière des régions. Propriétaire des lieux dès qu'ils seront livrés, Foncière des régions ne souhaite pas prendre la parole sur le sujet avant 2019 mais a annoncé récemment aux parties prenantes sa volonté d'y créer un espace de coworking de 3.000 m2 sous la marque qu'elle vient de lancer, Wellio.

"Le peuplement de la Cité va réellement démarrer dans le courant de l'été et en septembre, indique Stéphan de Faÿ, le directeur de l'EPA. Nous pouvons déjà compter sur un grand propriétaire, Foncière des régions, ainsi que sur plusieurs entreprises, Axys, Interaction Healthcare, Betomorrow / Dronisos... qui ont annoncé de longue date leur envie de venir s'y installer et qui sont dans une logique patrimoniale. Les deux grands locataires que sont la Région et la Métropole prennent chacun environ 2.500 m2. Le Conservatoire national des arts et métiers va aussi bénéficier d'une surface, Sanofi sera une première locomotive et va y délocaliser son site de Floirac et ses 145 salariés. Nous discutons également avec des écoles et des entreprises de formation continue et avec beaucoup de petites entreprises. Au final, le modèle économique se décompose en quatre parties : les entreprises propriétaires de leurs locaux ; les institutionnels qui se sont engagés sur 12 ans ferme ; les grosses entités qui sont sécurisantes pour un investisseur ; et les startups et PME innovantes qui pourront s'installer dans les espaces dédiés pour un tarif de 140 €/m2 sans engagement de durée."

Lire aussi : Sanofi, première locomotive de la Cité numérique bordelaise

Qui sera le capitaine du navire ?

Très concrètement, "l'offre d'accueil des entreprises sera assez large, depuis le bureau nomade jusqu'aux salles fermées, poursuit Stéphan de Faÿ. Deux rues ont été pensées pour que les gens se croisent. Le restaurant de 400 m2 sera la porte d'entrée de la Cité et sera connecté à l'espace de coworking de Foncière des régions, qui sera propriétaire des deux. Le lieu se veut ouvert à tous." Une gamme de services allant de la crèche (opérée par La Maison bleue) à la conciergerie sera également déployée. "A ce jour environ 70 % des espaces destinés aux différentes entreprises sont commercialisés", ajoute Stéphan de Faÿ, pas inquiet. "Il nous reste deux grosses surfaces que nous n'avons pas divisées pour pouvoir répondre à des demandes importantes en m2, et quelques petites coques."

Au moment de savoir qui sera le vrai "patron" de la Cité et quel en sera son pilotage assurant la lisibilité de l'ensemble, les choses se compliquent un tantinet. Les tensions ont déjà été fortes dans le passé autour de French Tech Bordeaux entre la Région et la Métropole, encore accentuée par la période des élections régionales qui ont opposé Virginie Calmels et Alain Rousset fin 2015. Le risque, pointé par de nombreux observateurs, est de voir l'histoire se répéter à la Cité numérique. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a annoncé de longue date avoir confié à la technopole Unitec - qui vient de fusionner au 1er janvier dernier avec l'AEC, l'ex-Agence Europe Communication - l'animation de ses mètres carrés ainsi que l'installation de sa pépinière de startups, l'Auberge numérique. Unitec est en quelque sorte le "bébé" d'Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. Il en a d'ailleurs longtemps été le président. De son côté, la Métropole songe, selon nos informations, à missionner l'autre technopole locale, Bordeaux Technowest, pour intervenir sur ses propres mètres carrés. Avec le risque que les deux acteurs entrent en concurrence au moment de chercher à attirer les meilleures startups, alors même qu'ils entretiennent de bonnes relations depuis longtemps et travaillent ensemble. Contactées pour s'exprimer sur le sujet, tant Unitec que Technowest ont préféré s'abstenir pour le moment. Signe que personne n'est très à l'aise avec le sujet.

Cité numérique

Crédit Chemetoff_CollectionPaysage

Tête de pont régionale

"Collectivement, nous devons faire en sorte que la Cité numérique soit un totem pour la ville, la métropole et la région. C'est ce qui est attendu, c'est l'ADN du projet : elle doit irriguer les territoires et servir de lieu d'accueil temporaire pour les entreprises de Nouvelle-Aquitaine lors de leurs passages à Bordeaux, affirme Mathieu Hazouard, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du numérique et du très haut débit. Jusqu'à présent le travail s'est fait en bonne intelligence. Il a fallu gérer les retards dans les travaux, des entreprises ont prévu des baux précaires et, pour certaines, elles manifestent la volonté de s'installer à la Cité depuis 5 ans. Il faut continuer à tirer dans le même sens. Le fait que Foncière des régions veuille créer un espace de coworking est plutôt intéressant. Le coworking ce n'est pas juste des box, c'est de l'accompagnement, de la mise en réseau, du mélange de profils. Regardons comment la mayonnaise prend. La présence d'Unitec est acquise depuis le début, le pôle Digital Aquitaine y sera aussi, French Tech également. Ce n'est pas la gouvernance qui m'intéresse, c'est le fait que les lieux s'hybrident, se challengent, se mettent en réseau."

Sur le fait que les deux technopoles s'impliquent dans la Cité, Mathieu Hazouard se montre clair :

"Lors du comité de pilotage du 29 mai 2017, il a clairement été dit que la Région animerait ses mètres carrés comme elle le souhaite et que la Métropole ferait de même. La « porte d'entrée » de la Cité en matière d'accompagnement a été confiée à Unitec, qui sera en quelque sorte le chef d'orchestre et qui se chargera de la partie macro, de l'animation, de la visibilité de l'accompagnement proposé à la Cité. J'ai lu que Technowest animerait les mètres carrés métropolitains, donc acte. Ça me va s'il n'y a pas de bataille entre les différentes structures. Nous avons prévu des rendez-vous ponctuels pour vérifier que tout aille bien, faisons confiance à notre intelligence collective. D'autant plus que la Métropole veut thématiser ses mètres carrés autour de l'économie créative, et que l'action régionale est plus généraliste."

Renverser la hype des Bassins à flot

Desservie par le tramway, à 10 minutes de la gare, la Cité numérique va pourtant devoir jouer des coudes pour exister, peut-être plus qu'attendu initialement. A mesure que le projet prenait du retard, le quartier des Bassins à flot, au nord de la ville, prenait du poids en matière de numérique. Les arrivées successives des écoles de Digital Campus, du spécialiste des paris sportifs en ligne Betclic, du studio de jeux vidéo Ubisoft... s'y sont toutes produites, combinées à la présence du géant de l'e-commerce Cdiscount, à mesure que la zone s'aménageait, que les immeubles finissaient de sortir de terre et les commerces fleurissaient. A Bègles, la Cité numérique n'est pas encore capable, et c'est normal, de proposer ni de tels voisins, ni un tel environnement.

"Au-delà du retard pris, je suis gêné par l'absence de grand moteur économique ou d'écoles, confie un dirigeant d'entreprise bordelais qui souhaite garder l'anonymat. Les tarifs proposés sont sympathiques, on avait prévu de s'y installer mais plus ça va et plus on s'organise sans, au point de se poser de vraies questions sur notre projet. Je viens de me faire débaucher une partie de mon équipe par des nouveaux arrivants qui arrivent en proposant des salaires parisiens. Je me bats déjà pour recruter, les compétences sont rares et disputées. Si j'éloigne mes ingénieurs dans un lieu excentré, où tout l'environnement reste à construire, je risque de rencontrer encore davantage de difficultés."

Cité numérique Bordeaux

Archives photos Agence Appa

Mathieu Hazouard pense, lui, que la Cité numérique a les atouts pour "renverser la hype autour des Bassins à flot. Les choses vont s'équilibrer entre les deux territoires. Pour l'instant, nos interlocuteurs nous disaient : "Vous me vantez la Cité mais j'ai besoin de mètres carrés maintenant, ce que nous ne pouvions pas offrir." Avec l'ouverture, la donne change. Et si les petites entreprises qui s'y installent grossissent, ce qui est le but, elles auront besoin de place."

Foncière des régions semble du même avis : "Elle a acheté un terrain sur lequel elle pourra développer un immeuble de 8.000 m2, ce qui lui permet de maîtriser l'environnement de la Cité mais aussi de créer une extension ultérieure", esquisse Stéphan de Faÿ.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2018 à 16:14 :
Et dire qu'en 2010 on disait aux postiers que leurs locaux étaient "insalubres" ????

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