L’innovation a besoin d’un leader influent et influençable

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Paul Gimet lors de sa masterclass.
Paul Gimet lors de sa masterclass. (Crédits : Agence Appa)
Enseignant-chercheur à Kedge Business School, à Talence, en charge d’un mastère sur l’innovation dans la santé, Paul Gimet a déroulé ce jeudi le tableau des éléments clés nécessaires pour réussir à innover. Une passionnante quête du Graal qui ne s’achève ni au sommet d’une montagne sacrée ni dans le coffre oublié d’un vieux château. Une conférence donnée dans le cadre de la soirée organisée par La Tribune à l’occasion de la présentation du Book Eco 2019.

L'édition 2019 du Book Eco Nouvelle-Aquitaine, conçue et éditée par La Tribune en collaboration avec le cabinet Altarès, qui recense 3.500 entreprises classées par chiffre d'affaires, avec noms du secteur d'activité, du dirigeant et contacts téléphoniques (162 pages// 19,50 €), a été présentée ce jeudi 31 janvier dans les locaux de Kedge Business School, à Talence (Bordeaux Métropole). Cette soirée, également organisée en partenariat avec la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique (BPACA), était placée sous le thème générique "Responsabilité sociétale des entreprises et management, accélérateurs de performance de l'entreprise ?".

Elle a été amorcée par Christophe Mouysset, directeur des relations entreprises du groupe Kedge Business School et c'est Mikaël Lozano, rédacteur en chef de La Tribune, à Bordeaux, qui l'a animée. Paul Gimet (en particulier docteur en gestion et maître en biochimie, avec un Master 2), enseignant-chercheur à Kedge Business School, où il dirige un mastère spécialisé sur l'innovation, tout en intervenant notamment dans les programmes de formations initiale et continue, a ouvert le bal avec une masterclass intitulée : "Innover, une nécessité pour se différencier : quels modèles de gouvernance et de leadership ?"

Ce à quoi sert l'innovation

Le conférencier a précisé qu'il est passionné par l'innovation tout en étant "un tout petit chercheur" qui a à son actif la publication d'un seul article scientifique, "le premier et le dernier" a-t-il observé. Un petit mystère qui s'explique facilement quand on sait que Paul Gimet n'a pas fait carrière dans la recherche mais dans le management d'entreprises et sociétés holding appartenant principalement à l'industrie de l'équipement et du dispositif médical. La plupart des échanges se font sur la base du prix le plus bas et (contrairement à ce que le marketing essaie de nous faire croire - NDLR) le marché différencié, qui repose sur un produit vraiment nouveau, "est exceptionnel, rare" a prévenu le conférencier.

Porteur d'une valeur d'usage sans équivalent, le produit différencié se négocie au prix fort. Et puis graduellement son marché va se banaliser et perdre de la valeur, déclenchant un mécanisme potentiellement mortel.

"La banalisation est la première branche de l'effet ciseau auquel va être confronté ce produit, la lassitude des clients en constitue la deuxième branche. L'effet Waouw ! a disparu. Alors comment faire pour retrouver de la distinction dans le produit ? Ce levier c'est l'innovation. Pour contrer la lassitude du consommateur d'un côté et la course aux volumes de l'autre, il est nécessaire d'innover", a déroulé en substance le conférencier.

D'où la question à mille milliards d'euros : "c'est quoi une innovation ?".

La rencontre du marché : un impératif vital

Si la réponse était facile tout le monde la connaîtrait, a laissé entendre le conférencier en posant la question à plusieurs auditeurs. L'innovation n'est pas simplement une nouveauté et même une invention géniale "n'est que potentiellement une innovation". Car le produit innovant doit rencontrer son marché. La scrupuleuse application de cet impératif est une nécessité vitale pour réussir à innover. Quand on finit par exemple par mettre au point une colle qui ne colle pas et que cet échec se transforme en triomphe grâce à l'invention du "Post it" (par 3M) ou qu'un laboratoire pharmaceutique invente par mégarde un hypotenseur qui, au lieu de faire baisser la tension se met à la faire monter dans un organe masculin stratégique : ce sera l'invention du Viagra.

La combinaison pour mener avec efficacité cette quête du Graal est plus complexe que la recette du cocktail vodka-martini de James Bond. Comme l'a souligné Paul Gimet il faut tout à la fois "faire de façon excellente ce que je sais bien faire, exploiter au maximum ce que j'ai" mais aussi "savoir s'ouvrir, avoir une capacité d'exploration, l'aptitude à gérer des paradoxes, à ne pas rester bloqué sur ce que je sais bien faire" a rajouté le conférencier.

Savoir amplifier les déviations, l'expression

Puis Paul Gimet a dévoilé les points communs à toutes les structures en capacité d'innover. Ces dernières génèrent tout d'abord des "connexions entre les savoirs", a commencé Paul Gimet, puis ensuite elles amplifient "les déviations", autrement-dit elles laissent les gens s'exprimer, avant de recombiner les savoirs puis de les stabiliser.

"Je venais du monde de la holding, où les membres de l'organisation sont d'autres organisations, c'est le monde de la holding pure et dure, et j'ai lu un article qui m'a secoué", a rembobiné le conférencier.

Cet article indiquait qu'il fallait tout d'abord orchestrer les savoirs, tout en faisant évoluer en continu la stratégie de l'entreprise, et puis s'adapter, en faisant évoluer les normes.

"J'ai lu et je me suis dit : il manque quelque chose, un truc qui m'échappe. Et j'ai compris que ce truc manquant c'était ce qui orchestre, qui fait la stratégie. Ce truc c'était le management ! J'en ai fait l'objet de ma thèse, publiée en 2014, puis de mon article en 2018. Et dans ce domaine le premier levier c'est le leadership. Les entreprises qui innovent ont un leader", a éclairé Paul Gimet.

Un leader charismatique ou de bon sens ?

Le leader en question doit être à la fois capable de dicter ses instructions depuis le sommet de la pyramide du pouvoir jusqu'à sa base, mais aussi de faire remonter les informations de la base jusqu'au sommet. En d'autres termes il s'agit d'un leader capable d'influencer et d'être influencé à son tour.

Un leader à la démarche que certains pourraient sans doute considérer comme bouddhique, au service du collectif, "capable aussi de s'effacer face à des leaders horizontaux, des spécialistes d'un domaine particulier, à qui il va donner la main : cette posture-là c'est du bon sens" a décrypté l'orateur, au terme de sa présentation "du leadership mixte". Parce que finalement le leadership adapté à l'époque et aux contraintes de l'innovation doit "faire accepter, sans souffrances, que l'équilibre c'est le déséquilibre permanent", a conclu Paul Gimet.

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