Selon Champeil, les marchés financiers ne vont pas craquer

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Avant leur fermeture, les banques grecques ont été le premier témoin d'un début de panique de la population
Avant leur fermeture, les banques grecques ont été le premier témoin d'un début de panique de la population (Crédits : Reuters Alkis Konstantinidis)
Axel Champeil, PDG de la société de gestion de portefeuille Champeil Asset Management (CAM), à Bordeaux, revient avec La Tribune –Objectif Aquitaine sur le risque d’une sortie de la Grèce (Grexit) de la zone euro : vraiment sans danger pour la Bourse ?

L'hypothèse d'une exclusion de la Grèce de la zone euro ne fait officiellement plus peur aux responsables de l'Union européenne et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, est même allé jusqu'à évoquer une sortie de l'Union européenne. Au-delà d'un impact potentiellement dévastateur pour la vie sociale, politique et diplomatique de la Grèce, cette éventuelle sortie de la zone euro ne risque-t-elle pas de semer la panique chez les financiers, de retourner les investisseurs contre les autres pays européens endettés ? Nous avons posé la question à un spécialiste des marchés financiers, le Bordelais Axel Champeil.

"Malgré tout ce que l'on peut dire sur la Bourse, les dernières baisses du CAC 40 nous ont ramené hier 30 juin au niveau de la mi-juin. Autrement-dit le marché boursier, qui a gagné 15 % depuis le début de l'année, est solide. Malgré la volatilité, qui va se poursuivre, la tendance haussière est là. Je ne crois pas en une nouvelle crise systémique car les banques centrales ont pris le relais" résume Axel Champeil.

Un gouvernement révolutionnaire

La politique de quantitative easing (assouplissement quantitatif), qui consiste pour les banques centrales à racheter en particulier des dettes souveraines (comme des bons de trésor), permet d'accroître la masse monétaire en circulation, et de maintenir les taux d'intérêt à un bas niveau. Cette politique, surtout testée au Japon puis aux Etats-Unis, a été adoptée plus récemment par la BCE (Banque centrale européenne) et doit permettre de relancer la croissance économique à la manivelle. Ce type de politique, dite non conventionnelle car réservée aux périodes de crise, ne peut pas suffire à elle seule à relancer la croissance de pays fortement endettés. C'est le raisonnement qu'applique Axel Champeil à la situation de la Grèce.

"Effacer la dette grecque ça serait le mieux pour la Grèce. Mais pas pour tous les pays qui ont dû se serrer la ceinture. Les Grecs ont déjà fait beaucoup, oui c'est vrai, le train de vie de leur Etat a vraiment diminué tandis que les recettes du budget ont progressé, mais le gouvernement Tsipras veut arrêter de rembourser. On commence à s'apercevoir que c'est un gouvernement révolutionnaire, pas forcément pro-européen. Son message subliminal c'est de dire aux autres pays de l'Union qu'ils sont sans pouvoir, soumis à Bruxelles" analyse le patron de CAM.

Bricolage sous le bouclier de la BCE


Axel Champeil reconnait que la dette a atteint un poids record, non seulement pour la Grèce mais aussi pour beaucoup d'autres pays européens. Il estime cependant qu'Athènes a déjà eu droit à deux réductions de son endettement et qu'elle doit maintenir ses réformes de structure. "Le scénario d'un défaut grec, même partiel, serait plus facile à analyser que ce moment très politique que nous vivons, où tout est sujet à négociation. Jusqu'au référendum grec du 5 juillet il sera difficile de se repérer, juge Axel Champeil. Plus généralement, poursuit-il, quels qu'ils soient, les pays européens concernés n'ont pas les moyens de supporter leurs dettes. Il est par exemple très difficile de savoir où en sont exactement l'Espagne, le Portugal et l'Italie. Je retiens simplement que la BCE a des moyens d'action qu'elle a décidé de mettre en œuvre, ce qui nous protège d'une nouvelle crise financière systémique. Mais concernant la croissance, rien n'est réglé, on bricole et les réformes de structure restent nécessaires".

La crise grecque ne devrait pas pousser les investisseurs financiers à se retourner contre les pays endettés, dont la France fait partie. Mais au-delà de l'Europe et malgré les différences, le patron de CAM s'intéresse aussi aux Etats-Unis. "C'est le modèle à étudier. Avant on ne faisait pas d'assouplissement quantitatif par peur de l'inflation, aujourd'hui tout le monde en fait à cause de la dette. Mais il faut savoir comment en sortir et la Fed n'ose pas encore s'y mettre" regrette Axel Champeil, selon qui cette hausse de la masse monétaire en circulation dans l'économie américaine agit comme une drogue.


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