Insuffisance cardiaque : FineHeart lève 5,44 M€ pour préindustrialiser son dispositif

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L'ICOMS, développé par FineHeart, aide le cœur à battre et donc à irriguer correctement le corps
L'ICOMS, développé par FineHeart, aide le cœur à battre et donc à irriguer correctement le corps (Crédits : FineHeart)
La jeune pousse bordelaise FineHeart boucle un second tour de table, de 5,44 M€ cette fois, pour poursuivre ses tests précliniques et la préindustrialisation de son dispositif implantable. Baptisé ICOMS, ce dernier est une innovation de rupture destinée à venir en aide aux personnes souffrant d'insuffisance cardiaque. Un marché gigantesque, particulièrement aux Etats-Unis. Directeur général de FineHeart, Arnaud Mascarell explique à La Tribune sa stratégie de développement.

Après une première levée de fonds de 6,4 M€ en 2016, FineHeart annonce avoir bouclé un second tour de table de 5,44 M€ cette fois. "Les investisseurs historiques ont tous remis au pot, en fonction de leurs moyens respectifs", annonce Arnaud Mascarell, le directeur général de la startup. On retrouve donc IRDInov, Sofimac, Galia Gestion et ACI, NACO, ainsi que la direction de l'entreprise qui reste majoritaire au capital. Arnaud Mascarell insiste également sur le soutien dès le départ d'acteurs institutionnels (Union européenne, Bpifrance, Région Nouvelle-Aquitaine...) et sur l'entrée de deux nouveaux, le fonds d'investissement américain Longview Healthcare Ventures, basé à Boston, et Doliam, holding privée française regroupant plusieurs entreprises de taille très diverses dans l'univers de la science et des technologies, dont la société Vermon, fabricant de sondes et de capteurs ultra sonores. "En 2016, nous avions accueilli au capital le fonds américain Broadview. Ce dernier investit dans des premiers tours mais n'a pas vocation à aller plus loin. La fondation qui l'a créé a construit un second véhicule, Longview, destiné à soutenir plus avant des pépites technologiques. Mais Broadview et Longview ont des organes de décision différents."

Cet apport financier va permettre à FineHeart de poursuivre ses tests précliniques et de préindustrialisation. La startup bordelaise est installée au sein de la plateforme technologique d'innovation biomédicale du CHU de Bordeaux, à l'hôpital Xavier Arnozan, et est rattachée à l'Institut hospitalo-universitaire Lyric. Egalement soutenue par Bordeaux Unitec, elle porte une innovation de rupture. Son dispositif implantable fonctionne comme une mini-turbine destinée aux personnes souffrant d'insuffisance cardiaque. Cette maladie dégénérative, considérée comme étant la 2e cause de mortalité dans les pays du G20, empêche le cœur d'éjecter assez de sang pour subvenir aux besoins du corps, engendrant dégradation de la qualité de vie des patients et mortalité précoce. "Lorsque l'insuffisance cardiaque devient sévère, certains patients se voient proposer l'implantation de dispositifs médicaux pour enrailler la faible capacité de pompage du ventricule gauche du cœur. Du fait d'un taux de complication encore trop élevé, seulement 7 000 patients sont implantés d'un dispositif d'assistance ventriculaire gauche chaque année", relève FineHeart, qui a donc conçu son propre dispositif intraventriculaire, l'ICOMS, rechargeable sans fil et protégé par plusieurs familles de brevets. Après s'être synchronisé au rythme cardiaque grâce à l'électronique embarquée, il aide le cœur à se contracter et permet donc d'accélérer le flux sanguin à travers la valve aortique. Multirécompensé par divers prix prestigieux, l'ICOMS s'avère beaucoup moins contraignant que les pompes filaires classiques et, d'après ce que démontrent les tests récents, plus sûr. La micro-turbine de 75 g est alimentée grâce à une batterie rechargeable par induction implantée également. FineHeart est également installée au Centre d'études et de recherches technologiques en microélectronique (Certem) de Tours.

Un 3e tour de table déjà en préparation

"Depuis notre première levée de fonds, nous avons continué à nous développer en renforçant notamment notre équipe. Nous nous appuyons aujourd'hui sur une équipe interne de R&D de 25 personnes largement internationalisée, mais au total une cinquantaine de personnes travaille sur l'ICOMS. Nous avons fait entrer au board des leaders d'opinion mondiaux, ce qui se fait de mieux dans la chirurgie cardiaque. Aujourd'hui, la phase de preuve de concept et de dérisquage est derrière nous. Nous avons démontré l'innocuité et l'efficacité de l'ICOMS dans le cadre d'études précliniques aigües et nous venons d'initier les premières phases chroniques. Nous entrons maintenant dans une deuxième étape dans le développement de l'ICOMS, celle de validation avec la poursuite des tests pré-cliniques et la préindustrialisation. Elle devrait durer entre 24 et 36 mois. J'ai déjà commencé à plancher sur le prochain tour de table, qui sera cette fois de l'ordre de 15 à 20 M€ et permettra d'initier les premières phases cliniques", confie Arnaud Mascarell.

En 2016, lors de la première levée de fonds, le dirigeant de FineHeart se demandait s'il pourrait continuer à maintenir en France l'entreprise ou si elle serait aspirée aux Etats-Unis.

"Aujourd'hui, on y voit beaucoup plus clair et tout le monde s'accorde à dire qu'il ne faut pas toucher à l'équipe constituée, poursuit Arnaud Mascarell. Par ailleurs l'appétence des investisseurs pour les medtechs (sociétés technologiques et médicales innovantes, NDLR) s'est renforcé, en France en particulier. Pour autant, nos ambitions sont internationales et je commence à travailler sur la création d'une structure aux Etats-Unis qui nous permettrait d'y préparer notre développement. L'objectif est d'être dans les rails de la FDA (Food & drug administration, l'agence américaine qui autorise notamment la commercialisation des médicaments, NDLR), une des plus exigeantes si ce n'est la plus exigeante au monde. Et nous sommes plus visibles là-bas qu'en Europe, probablement parce que c'est aux Etats-Unis que la problématique de l'insuffisance cardiaque est la plus marquée."

FineHeart envisage de commercialiser l'ICOMS en 2025 au mieux. La société bordelaise vise un marché colossal de 200.000 patients éligibles à un dispositif mais n'étant aujourd'hui pas implantés. "Nous fabriquons et assemblons déjà le cœur du dispositif, la partie pompe, et nous avons vocation à conserver en interne ces compétences. Le reste du dispositif pourra être confié à des sous-traitants qui savent très bien le faire", complète Arnaud Mascarell.

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