Attractivité : Invest in Bordeaux façonne une stratégie plus girondine et qualitative

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William Ballue, directeur général par intérim, et Gérard Frut, président, ont présenté la logique poursuivie par la nouvelle feuille de route d'Invest in Bordeaux.
William Ballue, directeur général par intérim, et Gérard Frut, président, ont présenté la logique poursuivie par la nouvelle feuille de route d'Invest in Bordeaux. (Crédits : PC / La Tribune)
EXCLUSIF. Gérard Frut et William Ballue, les nouveaux pilotes de l'agence d'attractivité économique Invest In Bordeaux, dévoilent à La Tribune leur nouvelle feuille de route. Au menu : le rééquilibrage territorial de l'agence en Gironde et la redéfinition de ses missions comme de ses critères d'évaluation des projets. Le tout avec des moyens resserrés. Explications.

Il y a encore quelques années l'agence de développement et attractivité économique s'appelait BGI pour Bordeaux Gironde Investissement avant que l'appellation Invest in Bordeaux, jugée plus efficace au plan national et international, ne prenne le dessus à partir de 2016. Cinq ans plus tard, ses membres et financeurs que sont la Région Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux Métropole, la mairie de Bordeaux et la CCI Bordeaux Gironde entendent remettre en avant cet ancrage départemental. C'est tout le sens de la feuille de route fixée au nouveau binôme de dirigeants nommé fin décembre 2020 pour prendre le relais de Lionel Lepouder : Gérard Frut, président, et William Ballue, directeur général par intérim.

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Ces derniers ont présenté, ce jeudi 1er avril, lors de l'assemblée générale annuelle, ces nouvelles orientations ainsi que les résultats de l'année 2020. Un exercice inévitablement marqué à la fois par le Covid-19, des élections municipales à rallonge et une alternance politique à Bordeaux et à la Métropole qui a entraîné de vifs débats sur le devenir de l'agence. Dans ce contexte, Invest in Bordeaux affiche seulement 57 implantations d'entreprises et 1.667 emplois annoncés à trois ans, en repli respectivement de -36 % et de -45 % par rapport au cru record de 2019. En termes d'emplois, cela équivaut à un retour aux chiffres de 2016.

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"Proposer prioritairement des implantations hors métropole"

En revanche, 24 % des emplois annoncés en 2020 sont situés hors métropole, soit près du double des 13 % affichés en 2019. Une tendance encourageante pour la nouvelle équipe et qui montre le travail déjà mené en ce sens par ses prédécesseurs. "Le travail accompli sous la houlette de Lionel Lepouder a conduit à d'excellents résultats mais aujourd'hui, la demande des élus est autre et il est normal d'en tenir compte et de s'y adapter. Il n'y a pas pour autant d'orientations chiffrées, seulement une volonté de mieux valoriser les autres territoires girondins en proposant aux entreprises de s'y installer", explique Gérard Frut, qui présentera la feuille de route définitive au mois de juin 2021.

Invest in Bordeaux travaille déjà avec la communauté d'agglomération du libournais (Cali), et les communautés de communes du Grand Cubzaguais, de Montesquieu et de l'Estuaire mais l'objectif est d'aller plus loin. "L'enjeu est d'identifier des opportunités, notamment des friches industrielles, pour proposer prioritairement ces implantations dès lors qu'elles sont pertinentes pour l'entreprise en termes d'attractivité, de mobilités, de logements et de logique d'écosystème. Même si c'est évident que c'est l'entreprise qui a le dernier mot", ajoute William Ballue. Une logique qui vise à enrayer l'effet boule de neige de la concentration des activités économiques et des emplois sur la métropole avec les conséquences que l'on connaît sur la mobilité et le marché immobilier. D'autant que, parallèlement, la ville de Bordeaux qui truste encore la moitié des projets d'implantation du département, entend se montrer plus sélective sur la nature des activités accueillies.

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De nouveaux critères d'évaluation...

Et c'est d'ailleurs à l'aune de nouveaux critères que l'agence s'apprête à évaluer les 300 dossiers d'implantations figurant dans ses registres.

"Invest était à l'origine une agence d'attractivité économique chargé de vendre la destination Bordeaux. Aujourd'hui, chacun reconnaît que l'attractivité économique naturelle de Bordeaux est là et qu'on n'a pas besoin d'aller la vendre dans les grands salons. Nous voulons donc devenir une vraie agence de développement économique, responsable et durable pour accompagner les territoires et les acteurs locaux", détaille Gérard Frut.

Concrètement, cela signifie que le nombre d'emplois créés à trois ans, indicateur longtemps érigé comme vertu cardinale du rayonnement économique sous l'impulsion d'Alain Juppé et Virginie Calmels, va être complété par d'autres critères plus qualitatifs et mécaniquement plus subjectifs. "On va regarder de près l'intérêt pour le territoire et l'écosystème immédiat, le bilan carbone de telle ou telle localisation, l'impact sur la mobilité, les possibilités de circuits courts, etc. L'idée est de mettre en balance les avantages et les éventuels inconvénients pour l'entreprise et d'apporter des réponses à ces difficultés s'il y en a", fait valoir le président bénévole d'Invest nommé pour un mandat de deux ans.

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Faire mieux avec moins

Ce dernier revendique, à 70 ans, une approche d'ingénieur et une bonne expérience de structurations de projets que ce soit au sein d'Herakles et du pôle Aerospace Valley ou à la présidence de l'Adera (Association pour le développement de l'enseignement et des recherches en Aquitaine). Gérard Frut veut donc réorganiser les tâches des onze salariés d'Invest, qui seront 10 en septembre après un départ en retraite. Six domaines de compétences ont ainsi été identifiés : l'identification et la qualification des projets ; le conseil immobilier et foncier ; la dimension RH d'accompagnement des mobilités et du conjoint, l'aide à la recherche de financements, les enjeux administratifs et l'animation de l'écosystème des 311 entreprises adhérentes.

Le tout avec un budget de 1,52 million d'euros, en baisse de -9,5 % par rapport à 2020, dont 1,3 million d'euros de masse salariale. "On va travailler avec une masse salariale stable. Il n'y a pas de licenciements ni de départs contraints mais des propositions de départs en retraite anticipée ou de temps partiel sur la base du volontariat. A terme, cela pourra aussi permettre de recruter des profils plus jeunes aux compétences complémentaires", cadre William Ballue.

Positionner l'agence plus clairement

Avec des moyens en forte baisse par rapport au pic de 2015 (18 salariés et 2,26 millions d'euros de budget), Invest in Bordeaux va donc chercher des relais tant opérationnels que financiers du côté de ses adhérents. Leurs cotisations représentent aujourd'hui 10 % du budget et ont vocation à peser autour de 15 % à moyen terme. "Ce réseau d'une grande diversité est extrêmement précieux pour Invest In Bordeaux. Il faut le faire vivre et en préserver la mixité", estime Gérard Frut, qui souhaite aussi positionner plus clairement l'agence dans la mosaïque d'acteurs existants (collectivités, technopôles, clusters, EPA, OIM, associations professionnelles, etc.) et travailler très étroitement avec ADI-NA, l'agence de développement et d'innovation de Nouvelle-Aquitaine, dirigée par Vincent Bost.

Dans l'immédiat, Invest in Bordeaux travaille activement sur l'implantation de deux gros projets industriels et d'un projet tertiaire, chacun de plus d'une centaine d'emplois.

Invest in Bordeaux en chiffres :

  • 1,52 million d'euros de budget 2021 (-9,5 % Vs 2020, -33 % Vs 2015) et 11 salariés
  • 57 implantations répertoriées en 2020 représentant 1.667 emplois créés à trois ans (-45 % Vs 2019). Soit 30 emplois par projet contre 38 en 2019. Dans le détail, il s'agit de 47 créations, sept extensions et trois relocalisations
  • 41 % des emplois annoncés sont situés à Bordeaux, 35 % dans les autres communes de Bordeaux Métropole et 24 % dans les autres communes girondines. Il s'agit d'emplois dans le tertiaire (30 %), dans le numérique (28 %), dans l'industrie (22 %) et dans la santé et biotechnologies (20 %)
  • Début 2021, l'association compte 311 membres dont 43 nouveaux adhérents et 43 résiliations, notamment dans le secteur du tourisme.

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