Générations Y, Z... Que se cache-t-il derrière le marketing ?

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Les jeunes générations, allergiques aux entreprises traditionnelles et aux grands groupes ? Pas si sûr...
Les jeunes générations, allergiques aux entreprises traditionnelles et aux grands groupes ? Pas si sûr... (Crédits : DR)
Tantôt diabolisées pour une hypothétique allergie aux entreprises traditionnelles, tantôt portées aux nues pour leur esprit d'initiative, les jeunes générations sont plus complexes que cela. Quelle que soit la lettre dont on les affuble, elles sont bien plus la résultante d'une variété de contextes qu'une catégorie de salariés rassemblés par une date de naissance.

Les baby-boomers, la catégorie la plus connue, est née entre la fin de la Seconde guerre mondiale et le milieu des années 60. Eux ont pour artiste de référence les Beatles. Vient ensuite la génération X, dite désabusée ou sacrifiée, née entre le milieu des années 60 et la fin des années 70. Sa référence, c'est David Bowie. Place ensuite à la génération Y, dite aussi celle des Millenials, la première à grandir avec Internet, née entre le début des années 80 et le milieu des années 90, bercée - si l'on peut dire - par le hip-hop d'Eminem. La génération Z est apparue depuis 1995 et c'est elle qui arrive maintenant sur le marché du travail. Un Z qui veut dire non pas Zorro, mais Zappeur. C'est la génération des smartphones et des réseaux sociaux qui écoute Rihanna. Sans oublier la petite dernière, qui vient d'être conceptualisée : les Xennials, entre 1973 et 1983, la génération fan des walkmans, de Star Wars et de Michael Jackson. Derrière ces jolis concepts souvent inventés par des professionnels du marketing, que se cache-t-il vraiment ? Le sujet était au menu d'une table ronde organisée dans le cadre de l'événement dédié aux solutions de gestion Défis Expo 2018, en partenariat avec La Tribune, à la Cité du vin à Bordeaux.

D'emblée, en introduction, Alexandre Pachulski, spécialiste des ressources humaines, cofondateur de la success-story Talentsoft, blogueur et écrivain, a balayé quelques lieux communs communément admis. Pour le dirigeant, "il y a une totale confusion et des contextes sociologiques, technologiques, économiques, numériques, très différents". 43 ans au compteur, Alexandre Pachulski prend sa trajectoire en exemple :

"Je suis un musicien raté. A l'époque, quand j'avais 20 ans, je voulais signer dans une maison de disques. Aujourd'hui, tout est différent. La révolution des "amateurs professionnels" montre qu'il n'y a plus besoin d'autorisation pour diffuser sa musique au plus grand nombre. Les plus jeunes générations sont nées avec cette idée de liberté en tête, et également avec une volonté de comprendre."

L'âge est moins important que l'environnement

Pour le spécialiste, ce n'est donc pas tant une question d'âge que de contextes, au pluriel :

"L'éducation que l'on reçoit est primordiale. La technologie fait qu'il est maintenant beaucoup plus facile de monter une startup, une connexion haut-débit suffit alors qu'il y a 30 ans il fallait investir dans des moyens industriels et avoir réalisé de hautes études. Le climat économique joue son rôle : les générations les plus jeunes constatent qu'avoir un bac + 5 ne suffit pas à avoir un emploi et sont peut-être plus enclines à créer le leur. Le rapport à l'entrepreneuriat, au pouvoir, à l'argent est différent et il est moins lié à l'âge qu'à l'environnement. Je vois des gens de 50 ou 60 ans qui ont une mentalité de millenial. Joël de Rosnay, c'est un gamin !"

Plutôt que de chercher à draguer de nouveaux collaborateurs en installant un baby-foot et autre cosmétique du genre, les dirigeants d'entreprises dites traditionnelles doivent plutôt "changer le rapport au travail", affirme Alexandre Pachulski :"Ce qui compte aujourd'hui et encore plus demain, c'est, dans cet ordre, un salaire, un accompagnement managérial, un environnement de travail et les missions proposées. La première question à poser, c'est celle de la personnalisation : toi, qu'aimerais-tu faire dans la boîte ?" Et si les startups ont tendance à imaginer des espaces de travail différents, "c'est avant tout parce qu'elles n'ont pas les moyens financiers de recréer le monde de l'entreprise qui prédomine depuis des décennies. Donc elles ont des bureaux pourris !"

Startups contre grands groupes et PME ?

Lors de la table ronde qui a suivi, Pauline Trequesser a largement appuyé les propos d'Alexandre Pachulski. Pour la slasheuse bordelaise, à cheval sur plusieurs métiers qu'elle mène parallèlement, fondatrice du collectif d'indépendants Cosme et auteure du blog Vélo Boulot Bordeaux consacré aux lieux de travail hybrides, 16 mois de contrat dans le monde de l'entreprise traditionnelle ont suffi à la "vacciner". En dehors d'une absence de sécurité de l'emploi et de pas mal de nuits blanches, la vie de freelance lui apporte un éventail de situations professionnelles sans cesse renouvelées, des rencontres, du collaboratif... à condition d'avoir l'esprit "rebelle" dont n'ont pas fait preuve ses condisciples à l'école qui ne juraient que par les géants du Cac40. Signe que définitivement, ces comportements actuels liés au travail sont liés à l'environnement, à l'éducation et à l'état d'esprit plus qu'à une simple question d'âge.

Pas question pour autant de diaboliser les grandes entreprises et de les réduire à l'état de repoussoir des jeunes bataillons d'indépendants. Evelyne Platnic-Cohen l'a rappelé avec justesse, rappelant qu'elle avait bénéficié d'opportunités extrêmement enrichissantes au sein de solides structures avant de fonder le réseau national Booster Academy de formation intensive à la vente. Dans un secteur d'activité qui souffre d'une sévère pénurie de profils, la dirigeante a insisté sur l'importance de jouer sur tous les canaux de recrutement, de proposer des perspectives de formation, dont sont très friands les jeunes salariés, ainsi qu'un management présent. Alexandre Pachulski en a témoigné, l'entreprise sans hiérarchie n'est que très rarement une demande de la part des embauchés et peut vite s'avérer très piégeuse. Diagnostic confirmé par Julien Parrou-Duboscq, PDG de la PME du numérique, Actiplay (ex-ConcoursMania), qui identifie un autre écueil : le management intermédiaire, stratégique mais complexe car confié par la force des choses à des profils très jeunes dans ces métiers "neufs" du numérique. En découlent des relations très, parfois trop proches, avec des équipes qui sont du même âge.

Cette frontière de moins en moins claire entre collaborateurs et managers, on la retrouve souvent renforcée chez les startups, souvent assimilée à une bande de copains réunis par une simple idée et dont l'organisation est la plus "plate" possible. Par ailleurs cofondateur de l'accélérateur de startups Héméra, et donc mentor de plusieurs de ces jeunes pousses, Julien Parrou-Duboscq est catégorique : "Les entrepreneurs d'aujourd'hui sont très différents d'il y a 15 ans où les profils était plus matures, avec une première partie de carrière réussie, de l'expérience et du savoir-faire. Les jeunes générations ne s'encombrent pas de vieilles organisations et conçoivent différemment les équipes et les projets." Ce qui pourrait bien être la pointe de l'iceberg "freelance", amené à émerger encore davantage dans les prochaines années.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2018 à 17:25 :
Que ces articles sortant de la pensée binaire font du bien à lire, merci !

"Plutôt que de chercher à draguer de nouveaux collaborateurs en installant un baby-foot et autre cosmétique du genre, les dirigeants d'entreprises dites traditionnelles doivent plutôt "changer le rapport au travail""

Excellent !

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