HelloAsso lève 6 M€ pour accompagner les associations dans leur transition numérique

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Fondée par Léa Thomassin et Ismaël Le Mouel (au centre), HelloAsso est installée au cœur de l'écosystème Darwin sur la rive droite de Bordeaux
Fondée par Léa Thomassin et Ismaël Le Mouel (au centre), HelloAsso est installée au cœur de l'écosystème Darwin sur la rive droite de Bordeaux (Crédits : Agence Appa)
La plateforme HelloAsso, basée à Bordeaux, annonce ce jeudi une levée de fonds de 6 M€ réalisée auprès de plusieurs fédérations du Crédit mutuel. L'atypique jeune pousse fournit des outils en ligne aux associations, forme les acteurs de cet univers aux enjeux du numérique et se finance par les dons volontaires laissés par les internautes. Elle s'apprête à recruter plusieurs dizaines de collaborateurs en France.

Née en 2010 à Paris, installée depuis à Bordeaux au cœur de l'écosystème alternatif Darwin qui lui va comme un gant, un pied dans l'économie sociale et solidaire et l'autre dans la technologie, HelloAsso fait figure d'Ovni. Fondée par Ismaël Le Mouel et Léa Thomassin, la société porte en étendard les valeurs du collectif et s'adresse à un public bien trop ignoré par les startups : le monde associatif.

HelloAsso propose aux associations des outils intégralement gratuits : collecte des paiements (dons et adhésions), campagnes de financement participatif, billetterie... Son modèle économique repose exclusivement sur les dons laissés de manière libre par les internautes qui utilisent la plateforme. Mais sa philosophie va au-delà puisqu'HelloAsso œuvre à l'accompagnement des acteurs en lien direct avec les associations, en les formant aux enjeux et outils du numérique à travers des sessions sur le terrain, un Mooc sur le crowdfunding (formation en ligne ouverte à tous sur le financement participatif)...

"La moyenne d'âge du dirigeant associatif tourne autour de 60 ans, pas forcément digital friendly, analysait Ismaël Le Mouël dans un long portrait d'HelloAsso réalisé par La Tribune en mai dernier. Il y a souvent un fossé entre leurs connaissances en matière de numérique et celles des membres de l'association."

Poursuivant une logique strictement inverse à l'ubérisation, l'entreprise ne forme pas directement ces dirigeants d'associations mais bien les acteurs du tissu local avec lesquels ils sont en contact, comme les maisons des associations par exemple.

Lire aussi : HelloAsso, cas d'école de l'économie sociale et solidaire

35.000 associations utilisatrices

Depuis sa création et à travers ses outils, HelloAsso a collecté plus de 58 millions d'euros, dont 24 lors de l'année qui vient de s'écouler, au bénéfice de 35.000 associations. Le pourboire moyen déposé par les internautes qui utilisent la plateforme tourne autour de 70 €, un chiffre qui recouvre des montants très différents selon la nature de la transaction réalisée en ligne et la taille de l'association concernée. Mais l'heure est désormais d'aller encore plus loin.

"La question de la levée de fonds était en toile de fond depuis un moment, précise Ismaël Le Mouel à la Tribune. Lors des Universités d'été que nous avons organisées cette année à Bordeaux, nous avons pu constater que le monde associatif progressait et que les besoins en matière d'accompagnement à la transition numérique étaient logiquement plus forts. Nous avons fait le constat qu'il nous manquait un maillage territorial fort pour cela. Notre plateforme est utilisée par 35.000 associations mais c'est une goutte d'eau : la France en compte 1,3 million ! Il nous fallait investir dans l'action locale."

La levée de fonds de 6 millions d'euros, réalisée auprès de plusieurs fédérations du Crédit mutuel, va donc lui permettre de concrétiser ses ambitions. Un acteur bancaire avec qui le courant est rapidement passé. Ismaël Le Mouel toujours :

"Nous sommes assez raccords sur notre vision de l'économie sociale et solidaire et c'est une banque qui connaît bien le secteur associatif. Le modèle du pourboire que nous développons est finalement une version digitale du mutualisme et donc, lui parle. De notre côté, nous ne voulions pas à nos côtés d'un acteur qui touche à notre modèle économique autour duquel nous avons tout construit."

Etoffer les équipes et la gamme d'outils

HelloAsso espère doubler de taille dans les 12 prochains mois, en passant de 25 à une cinquantaine de salariés.

"Nous travaillons aujourd'hui avec près de 250 experts que nous avons formés et qui nous servent de points d'appui contribuant à la transition numérique du monde associatif, explique Ismaël Le Mouel. Il n'est toujours pas question pour nous de former en direct les associations, qui sont bien trop nombreuses, mais de les aider à travers ces experts qui sont déjà présents sur le terrain. Dans une logique d'essaimage, nous allons donc ouvrir des antennes dans les différentes régions, pour être au plus près et encourager les rapprochements entre les tissus tech et associatifs locaux."

Au-delà de ce maillage territorial, l'équipe va aussi se renforcer fortement à Bordeaux où une quinzaine de postes vont être ouverts : technologie, produit, réseau...

"La R&D et la co-construction font partie de notre ADN. Nous allons renforcer l'équipe aussi bien en matière de technique que de relations aux utilisateurs afin de poursuivre une dynamique d'innovation participative à fort impact pour les associations", explique Léa Thomassin, directrice générale de la plateforme.

Il faudra donc pousser les murs pour qu'HelloAsso puisse rester au sein de l'écosystème Darwin. Des discussions dans ce sens ont débuté entre les parties. La seule ombre dans le tableau est finalement très politique : Ismaël Le Mouel et son équipe ne cachent pas leur inquiétude devant "la politique gouvernementale qui fait bien peu de cas du monde associatif".

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